John Mauricio

100 mètres plus haut de John Mauricio

 I

– Et une petite signature là, en bas de page… Merrrci cher Monsieur.

Patati et patata. On a l’impression de se faire couillonner dans les grandes largeurs, même d’être pris pour un con, mais poliment, avec les formes !

            Si je n’avais pas tant besoin de cet argent, vous verriez avec quelle joie je lui ferais bouffer ses papiers à ce petit merdeux !

Bon, calme-toi Félix. Il ne fait que son boulot, et toi en entrant dans cette banque, tu savais ce que tu faisais.

Il est vrai que je m’énerve facilement ces temps-ci. Je n’ai jamais aimé être juste, en liquidités. Mais là, c’est le bouquet ! Pourquoi ai-je accepté ce voyage ?

            Bon sang ! Je n’étais pas bien chez moi ? Deux hectares en plein ex-centre de la France, calme verdure tranquillité et le nouveau rivage atlantique à moins de cent cinquante kilomètres. Je m’étais bien juré de passer ce Noël 2115 sur les rives de mon cher Massif Central décentré depuis quelques décennies, à regarder passer la nouvelle régate solaire-voile Aix-la-Chapelle Toulouse Port, avec escale au festival de la mer d’Orléans. Une vraie merveille , paraît-il ces maxi-catamarans solaires !

            Et puis Rachel s’est pointée.

«  Salut mon chou, tu te souviens de moi j’espère, oh mais dis donc tu fais du lard. Allez, prends tes affaires. J’ai besoin d’un guide pour une rando-survie en mer Amazone. »

Tout cela débité avec force effets de cils, bâillements de corsage et frôlements de mains. Punaise ! Où est passée ma soi-disant expérience ?

            Il faut dire à ma décharge qu’elle a toujours été craquante la miss. Blonde parfois, brune souvent, rousse à ses heures les yeux variant dans la même étendue de gamme, mirette en amande, nez taquin et une bouche ourlée des plus belles lèvres que je n’ai jamais vues. Et mordues ! Pour mon bonheur et mon malheur. Pourquoi n’ai-je jamais su résister ? A cause de sa taille ? De ses épaules ? La zone intermédiaire ? Stop ! Stop !

            Ok. Tu n’as jamais su résister. Bien trop content d’ailleurs . Pas la peine de te la jouer martyre. De toute façon, pour l’instant le vin est tiré et je n’ai pas l’intention de laisser quelqu’un d’autre le boire. D’où ma présence dans cette banque, d’où mon coup de gueule intérieur.

            Bon, le problème de menue monnaie étant réglé par la magie d’un paraphe apposé sur la bonne page, je décidai de me faire une toile pour occuper les quelques heures restant à passer dans cette belle ville de Lyon avant le départ du solar-train pour ma cambrousse adorée.

            Et coté films minute, rien ne me faisait plus plaisir qu’un bon documentaire sur la vie et les mœurs de mes ancêtres. Je choisis, dans cette vieille cinémathèque du quartier des Broteaux , les années avant réchauffement, autrement dit antérieures à 2050 en gros.

            En pénétrant dans la salle faiblement éclairée, je pus voir qu’une vingtaine de spectateurs à peine s’éparpillaient dans les box ouverts du cinéma. J’aimais retrouver cette ambiance rétro recréant les bistrots des années cinquante du second millénaire, succession d’espaces entourant une table permettant à quatre ou six convives de s’installer. De partout le regard pouvait courir par dessus les minuscules cloisons de séparation permettant de jouer avec l’intimité. J’ai lu quelque part que ce style avait déjà été de nombreuses fois adopté par le passé dans les boites d’informatique entre autres, mais plutôt pour limiter l’intimité. Ici une lumière tamisée augmentait encore l’effet, mais le coté poétique en prenait un sacré coup dès que l’on observait un peu plus le décor. Si les fauteuils très confortables avaient remplacé les banquettes avec bonheur coté fessier, par contre coté chalan, l’humanoïde ressemblait plutôt à un extra-terrestre sur-cérébré avec son casque de vision relié au plafond par de nombreux tubes vrillés sur eux-mêmes apportant images et sons mais surtout odeurs et purificateurs ! Certains de ces E.T. riaient, d’autres paraissaient tendus, un me fit l’impression d’avoir le diable en personne à ses basques. Bref, chacune et chacun équipé de son casque s’immergeait dans son propre film sans gêner ses voisins. Sans partager non plus… sauf dans les jeux en ligne où l’on peut retrouver sa voisine dans son casque ! Miracle de l’individualisme à l’époque de l’explosion des réseaux sociaux !!

            Je savais par le biais d’une revue trouvée chez un boutiquier qu’au vingt et unième siècle, tous les spectateurs d’une même salle visionnait le même film sur un écran placé le long d’un des murs. J’avais alors essayé d’imaginer le plus apporté sans parvenir à me faire une réelle idée de cette bizarrerie.

            Je visai un fauteuil libre à l’opposé de l’entrée des gogues et le fit tourner face à une superbe créature brune qui, à tout le moins ne devait pas visionner le vieux ‘Autant en emporte le vent’ tant semblait grande sa joie. Je fixai le matos de projection sur mon chef et me laissai aller devant les spectacles incroyables de ces régions des Landes à la Bretagne, ces anciennes rives atlantiques de la France de l’Ouest maintenant recouvertes par une centaine de mètres d’eau. Incroyable oui que les hommes des siècles de l’égoïsme aient laissé s’installer le réchauffement à ce point, alors qu’il paraît que dès avant 2000 tous les écologistes de l’époque avaient tiré la sonnette d’alarme. Mais baste ! Ce qui est fait est fait et je n’ai qu’à me louer d’avoir un de mes ancêtres qui a eu la bonne idée de venir habiter sur les hauteurs du Massif Central. Le plateau des Millevaches ! Quel nom !

            Sur l’écran, j’appris pourquoi et comment les hommes sur à peu près toute la surface du globe en passe d’être submergé, avaient dès le début de la montée des eaux construit d’immenses villes flottantes ancrées sur les anciens rivages . Je vis disparaître petit à petit les plaines littorales, l’eau noyant les villages, les vergers, les vignes ! A cette vue mon sang se mit à bouillir ! Les vignobles bordelais perdus à jamais ! Sacrilège ! De l’eau dans le vin ! De l’eau de mer qui plus est !

            Cette idée saugrenue autant qu’attristante ne me quitta plus et me rendit plus morose que ne put le faire Paris pris sous les eaux.

            Cela explique sans doute pourquoi je me retrouvai rapidement à la terrasse d’un café, un verre de Beaujolais à la main, tentant d’expliquer à la jolie brune que j’avais guidée chemin faisant, les vertus thérapeutiques de cet excellent cépage.

            A moitié convaincue, ma charmante co-bistrotière, italienne par sa mère et bavaroise coté père tenta de me montrer preuve à l’appui, qu’une savante alternance de Chianti et de blonde à la pression, avait  parfois des résultats surprenants sur les états tristounets d’un individu convenablement constitué.

            Cette petite, son bagout et ses yeux me plaisaient. Nous finîmes la soirée en tirant des bords difficiles dans la ruelle qui menait à son havre de paix. Le temps de jeter l’ancre sur le trottoir adéquat et nous continuâmes sur le thème du bonheur de vivre quand on a reçu le don de savoir profiter de l’instant présent tout en ayant depuis longtemps relégué le mot stress et tout ce qui en découle au rayon des farces et attrapes.

            La conversation roula doucement sur la mer et les voiliers pour s’éteindre en même temps que les bougies. Je jette un voile pudique sur l’ordonnancement tout allemand de ma co-équipière en ce qui concerne le coté sportif de la chose mais je dois bien reconnaître les qualités italiennes d’un bon mouillage lorsqu’il s’est agit de faire monter une napolitaine au mat. Dieu merci nous n’avions pas de foc. Au moins, je ne risquai pas la censure papale.

            Avant que les premières lueurs de jour nouveau ne soient assez musclées pour s’immiscer sous mes paupières, je me laissai doucement envahir par le murmure de la rue, par cette ambiance laborieuse et fébrile du quidam travailleur matinal qui rejoint à petits pas rapides, qui son bureau, qui son usine, qui son chantier, petits pas pressés mais petits tout de même, comme si de trop grandes enjambées l’eussent éloigné trop rapidement du lit déjà refroidi.

            Ah, le plaisir de cette musique quand on ne fait pas parti de l’orchestre ! Traînez des pieds, claquez des talons, bruissez vestes, pantalons et robes, valsez poignées de mains : moi je dors, mais en vous entendant ! Je ne veux pas louper une miette de ce spectacle qui ne fait que commencer. Voilà maintenant les lumières qui entrent dans la danse. D’abord soupirs des premiers rayons solaires hachés menus par les persiennes entrebâillées, le chœur se fait plus puissant et perce enfin les défenses de mes paupières.

            Je m’étire, je la vois, je souris.

            Elle aussi sourit. La soirée fut belle. Elle voit la vie comme je la perçois. Nonchalante mais parfois pimentée. Observatrice sans dédaigner l’action. Mais jamais de stress. Jamais.

            Je souris à nouveau en repensant qu’elle met parfaitement ces préceptes en pratique dans tous les domaines. Quelle nuit !

            Mais ce que j’ai retenu entre tout, c’est l’information qu’elle a jetée entre deux bouchées au dîner. Elle a déjà une grande pratique de la randonnée-survie terre et mer ! Et je me prend à réfléchir à une possibilité de la mêler au projet à venir. Voilà qui jetterait un éclairage nouveau dans les relations que Rachel a voulu faire mine de ré-instaurer. A voir. Ne pas s’emballer. Sachant pas expérience les emm.. que génère immanquablement une femme, il n’est pas sûr qu’avec deux cela ne se retourne pas contre moi.

            Mais pour l’instant je sens son regard. Je tourne la tête.  Elle me scrute. Joli visage, corps musclé, la quarantaine bien dans sa peau. Qu’elle est séduisante ma rencontre !

« – Tu es beau …

Si tu commences notre premier réveil par un mensonge, notre vie de couple risque d’être courte !

– Premier est un mot que l’on n’utilise que si second est en vue. Avant de voir trop loin, déjeunons !

– Tu es la sagesse même, Isabeau. Habillons-nous et allons prendre un café ou autre boisson susceptible d’être accompagnée de croissants, de toasts au bacon et de miel du pays au bistrot du Centre. Je veux terminer cette nuit en beauté !

– Joyeuse idée en vérité. Allons étaler notre disponibilité et notre joie de vivre à la face du troupeau consommateur de gadgets et de programmes TV abrutissants.

–         Décidément, Isabeauté, tu me plais !

En éclatant de rire, elle s’engouffra dans un Jean – T-shirt qui ne dépareillait pas mon propre habillement. Pourtant l’effet n’était pas le même ! La belle et la bête sortaient !

      Et lorsque les personnes croisées se retournaient sur nous, je profitai de mes soixante et quelques années d’expérience pour bien me dire que ce n’était pas moi qui provoquait tout cet émoi.

      Le café du Centre…

Prenez une mauvaise chaise du style de ces tape-culs de jardin, métallique à souhait et joyeusement orné sur l’arrière du dossier d’une sorte de rail de sécurité vertical qui vous sécurise pile poil la colonne vertébrale mais pas plus. Si en plus ce meuble champêtre avait séjourné à l’ombre matutinale juste avant sa prise en main de vos fesses préférées, elle sera gelée à point, voire un rien humide et engluée de bave d’escargots bien fraîche .

Et bien cette chaise sera d’un confort inégalé si, sirotant votre café tout en y trempant voluptueusement d’un doigt paresseux un croissant chaud, si tout autour de vous s’agitent les laborieux, tristes de leur sort, gris de leurs soucis, pressés de leurs pas et anxieux de leur prime annuellement hypothétique.

Seule un quatrième pied trop court peut éventuellement mettre un bémol à cette berceuse matinale. Je parle du pied de la chaise, bien sûr !

Tous ceux qui ne ressentent pas cette sensation ineffable de profond bien-être risquent fort de faire partie des agités.

Et j’ai pu remarquer qu’Isabeau, la belle, se rangeait bien du bon coté. Quel plaisir peut surpasser un plaisir partagé ?

XXX

 II

–         Napo, Sarko, restez tranquilles ! Couchés !

Cela faisait bien une demi-heure que mes deux bâtards me faisaient la fête.

–         Hé ! Pardi ! Tu as disparu une semaine alors que tu avais prévu deux jours ! Ils n’ont plus l’habitude d’être abandonnés depuis que tu as passé la main .

Roland, ami de toujours, compagnon des jours gris ou ensoleillés, co-habitant de ma grande bâtisse parlait, parlait,  aussi heureux de mon retour que moi de le retrouver. Nous étions comme deux frères.

–         Dis-moi, Roland, tu as encore abusé de la bonne chaire ! T’as vu la bedaine que tu te payes !

         Oh papy ! Mais tu as mis des lentilles grossissantes pour arriver à distinguer les petits détails ! Ca te rajeunit !

Il est vrai qu’on aurait pu chercher longtemps un surplus de graisse sur mon ami. Mais tant que l’on s’accueillait mutuellement ainsi, c’est que tout allait bien.

–         Au fait, reprit Roland après une dernière vacherie sur la couleur de plus en plus claire de mes cheveux, Rachel a téléphoné sur mon réseau. Elle n’arrivait pas à te joindre.

–         Hum ! Je crois que j’ai un peu repoussé mon I-tel vers le fond du sac.

–         Oh, toi, tu n’as pas la conscience tranquille ! Raconte. Jolie ?

–         Holà, Roland laisse-moi rêver encore un peu. Parle-moi plutôt de ce qui hume si joliment en provenance de notre cuisine !

Soirée en touche d’amitié, quelques traits de rigolade sans retenue, pastel réussi par sa clarté, son innocence offrant aux deux amis une ambiance de connivence des plus agréables.

XXX

–         Salut Félix, c’est Rachel. Où étais-tu encore passé ? Tu n’as pas oublié ? Tu te souviens que tu as accepté de t’occuper du prochain stage-survie ?

Comment veut-elle que je l’oublie ? C’est la seule qui serait capable de convaincre le diable en personne d’installer une rôtissoire dans sa boutique ! Et la seule suffisamment persuasive pour faire venir Roland sur le faîte du toit où je reprends quelques tuiles déplacées par la dernière tempête. Me voici donc mon I-tel à l’oreille, à califourchon sur le faîtage inconfortable en train d’apprendre que c’est moi qui lui ai proposé de prendre en main cette épuration de futurs cadres qu’elle appelle pudiquement stage-survie !

En temps normal, une intrusion pareille dans une de mes occupation de délassement favorite- la restauration tranquille de ma ferme – me met dans une fureur que seuls de virulents mouvements de mon bras libre et un départ en trombe style lion en cage me permettent de remettre l’importun à sa place. Pour l’heure, ma position pour haut en couleur et en altitude soit-elle ne me permet pas ces manifestations agressives. L’a-t-elle senti ? Toujours est-il qu’elle enfonce le clou, elle aussi ! Et menace de me faire porter le chapeau si je ne reviens pas à des considérations plus terre à terre ! Quelle tuile !

Hésitant entre clore ce monologue par un vigoureux coup de marteau sur le bouton off ou bien jeter le gadget électronique en pâture aux goélands gloutons toujours affamés et depuis quelques années habitants de ces régions auvergnates, je me rappelai à temps le prix de ce joujou et de toute façon, elle avait déjà raccroché sur un « Je te rappelle bientôt » jovial, pour preuve qu’elle ne me tenait pas rigueur de ma nonchalance, enfin du moins, aimai-je à me le laisser croire.

Le round avait duré trois minutes, et j’étais groggy. En face de moi, Roland était hilare.

–         Attention , tu es en train de parler à ton marteau ! Et arrête de sauter sur place , tu vas dégringoler !

–         Ooooh ! Elle …

Je respirai un grand coup. Il n’ était pas question de gâcher le coq au vin de midi dont l’odeur s’échappait doucement par la cheminée toute proche, par des considérations oiseuses sur la logique féminine. Il y aurait tant à dire !

            De mon perchoir je laissai mes yeux glisser sur la canopée verdoyante de la chênaie proche qui vagabondait en direction du sud. Quelques vallons plus sombres rythmaient  le camaïeu de verdure bienfaisante. A l’est et à l’ouest, les chênes cédaient la place à un joyeux patchwork de marronniers, noyers et frênes aéré par de nombreux pâturages tirant sur le jaune en cet été bien plus sec qu’il n’aurait du l’être.

            Je pouvais, sans tourner la tête, sentir dans mon dos, au nord, la douce mais efficace barrière naturelle de cet allongement granitique qui courait sur plusieurs kilomètres de l’orient vers l’occident. Vieux massif, vieille histoire, mais depuis quelques décennies, refuge de drôles d’habitants. Les mouettes et les goélands semblaient faire bon ménage avec les hirondelles peu farouches, locataires des premiers ages.

             J’étais conscient de la chance que j’avais que cette région n’ait pas encore subit les flux migratoires imposés par la montée des eaux et le recouvrement de nombreuses terres. Sans doute cela était-il du au fait que la plupart des côtiers, comme on les appelle encore, aient choisi de vivre sur ces villes flottantes incroyablement bien structurées, aménagées avec de nombreux points de verdure rendant ces fausses îles bien plus agréables à vivre que les vieilles cités dortoirs du siècle passé.

            Chacune faisait environ trois kilomètres de diamètre. On pouvait y circuler à bicyclette ou autres mono ou bi-roues électriques. Un efficace service de transport en commun assurait des rotations permanentes de six heures du matin à minuit. Tout était très spacieux et néanmoins de nombreuses ruelles piétonnes donnaient un aspect vieux village dans certaines parties de ces aquapoles. Le pourtour était presque entièrement rehaussé sur une trentaine de mètres assurant ainsi une protection bienvenue contre les vents parfois violents qui se levaient dans notre région des anciennes terres immergées de la Vendée au Pays Basque.

            Afin que chacun se sente parfaitement à son aise et puisse s’échapper de cet espace relativement fermé, un petit port était aménagé sur chaque île et une navette circulait entre ces différentes cités marines et le continent.

            J’avais souvent relâché dans ces ports lorsque, prenant mon propre voilier, j’allais rendre visite à des amis. J’avais pu alors réaliser avec quel bonheur ces lieux avaient été conçus. Pour une fois, les architectes avaient été suivis par les pouvoirs politiques et n’avaient pas été obligés de réitérer ces horribles immeubles cages à lapins qui avaient tant fait dans les problèmes de banlieues.

            Le travail à domicile, organisé à grande échelle, avait permis de stabiliser les populations, si souvent déracinées lors de la Grande Crise qui avait débuté par le remous bancaire de 2008.

–         On attend de voir si le coq va se remettre à chanter ou on se met à table pour lire ses entrailles refroidies ?

Roland n’aimait pas que l’on plaisante avec ses chef-d’œuvres culinaires. Fin cuisinier en tout ce qui touche le salé, il était un bonheur à lui tout seul. Equilibré, rigolard, sachant tout faire, s’il avait été une femme, je l’aurais épousé depuis longtemps. N’ayant jamais été tenté par la vapeur, j’en restai sagement à la voile. Ce qui ne m’empêchait pas de déguster avec toujours autant de plaisir ses préparations et son humour gaulois.

–         J’hésite un peu, réplique-je. Tu n’as pas oublié de le plumer, j’espère ?

–         Oh ! Sacré cochon, tu peux parler, toi qui es capable de faire le café avec l’eau des pâtes.

–         Saligaud ! Tu ne vas quand même pas me ressortir cette erreur de jeunesse toute ma vie !

Laissant là les outils, nous rejoignîmes en douceur la grande table de chêne qui avait déjà régalé plusieurs générations depuis que ma famille s’était installée sur ces hauteurs limousines.

–         J’ouvre un Juliénas ?

–         Ouais ! Ça devrait aller. Sachons rester léger. A propos de vin, tu te rends compte que si ça continue à monter, les générations futures n’auront pas le plaisir de connaître les Champagnes ! Le val de Brie s’étend encore. Montargis est en train de construire un port !

–         Je sais. Le bordelais a disparu, la Champagne suit. Remarque qu’avec l’augmentation des températures, d’autres vignobles apparaissent ! Les crus du Plomb du Cantal commencent à être acceptable !

–         Allez, te bile pas. Passe-moi ton assiette, on attaque la salade.

–         Tu as raison ! Et il n’est pas venu le jour où les pissenlits manqueront dans la région.

–         Ni les noix, ni le lard !

–         Qu’est-ce qu’elle voulait, Rachel ? Ca faisait une paye qu’on n’avait plus de nouvelles !

–         Tu sais Roland, je me demande si j’ai pas fait une connerie. Elle a réussi à me persuader de reprendre la mer.

–         Toujours en mer Amazone ?

–         Ouais. Idéal pour allier galère sur terre et sur mer.

–         Assez parlé femme et boulots. Place au coq !

Roland et moi nous étions connus dans ce genre de navigation aux limites des dangers de la forêt Amazonienne, animaux en tout genre, tous plus dangereux les uns que les autres et des pièges de la navigation côtière. Il savait donc de quoi je parlais. Et savait rester sobre en la matière. Pas de mots inutiles. Retour au coq !

      Chaque fois que je me retrouvais à table, détendu et comblé de la panse, après une sympathique heure passée à apprécier tranquillement les traditions culinaires des pays où je me trouvais, je ne pouvais m’empêcher de penser à mes premières années de labeur destinée à enrichir un patron invisible d’abord puis moi-même ensuite, et à la grosse demi-heure qui m’était généreusement allouée pour me restaurer. Les jours fastes, je prenais alors le temps de m’asseoir, ce qui me permettait d’ingurgiter plus vite et sans risque pour mes bas de pantalon, ma dose de lipides poly et mono saturés ou non, et autres cochonneries me saturant jusqu’à plus faim. Et je ne parle pas des laitages soit disant essentiels à la vie mais qui, je l’apprendrai plus tard sont surtout essentiels à une bonne grosse maladie mortelle plus souvent qu’à son heure !

      Heureusement, Roland et moi avions compris depuis longtemps que si le coq au vin et autres plats gastronomiques sont excellents pour le moral, ils ne sont utiles qu’une à deux fois par semaine et encore ! Et toujours accompagnés de force salades crues et fruits à volonté.

      Ce qui nous laissait dans une forme éclatante.

–         Je propose, me dit Roland qui semblait avoir suivi le cours de mes pensées, une halte sieste avant que tu remontes sur le toit. Ce sera plus confortable ici que sur le faîte bancal de la toiture ou pour moi sur le manche de la bêche au milieu du carré de salade !

–         Pensée du juste vaut mise en pratique immédiate ! Le temps de tout ranger et on y va.

–         Regarde Napo et Sarko. Apparemment ils ont bien assimilé la sagesse dont tu parles. Ils en écrasent déjà ! Au fait, repris Roland, depuis le temps que tu me rebats les oreilles avec ton Isabeau, comment se fait-il que tu ne l’aies pas encore invitée ici.

–         Ah, mon cher ami, puisque tu en parles, et je te remercie de m’en donner l’idée, je passerai donc ce soir la prendre à Limoges au train de dix-huit heures !

–         Bon, j’ai compris, tu l’as déjà invitée. Je propose à Juliette de venir. Elle m’a dit qu’elle terminait une sculpture et avait besoin de se changer les idées. Une présence féminine ici permettra à ton Isabeau de ne pas trop saturer avec ton sale caractère.

–         Trop aimable, Roland ! Et bien, bonne sieste.

Et je partis vers mes appartements, arborant un air faussement fâché qui n’eut que le mérite de déclencher un faible jappement réprobateur d’un de mes chiens.

      Juliette et Roland s’étaient mariés pour le meilleur et pour le meilleur comme ils aimaient à le dire. Belle formule qui leur réussissait et que bien des ménages auraient du attraper au vol plutôt que de se perdre dans leur lune de miel trop vite abrégée, les tracas de la vie quotidienne changeant bien vite le miel en fiel. Sculpteur forcenée et passionnée, elle passait plus de temps à son atelier qu’ici, et chacune de leurs rencontres avaient toujours le piment de l’invitation.

XXX

      J’arrivai à la gare avec une bonne demi-heure d’avance, mais me fis discret quand le chuintement électrique du train annonça son arrivée. Je voulais d’abord l’observer de loin. Qui sait si l’empressement et l’excitation de la première rencontre n’avait pas faussé mon jugement ? Maintenant que j’avais retrouvé mon pays, mes occupations, j’étais plus posé, moins aveugle. Qui allai-je trouver ?

      Je la vis de suite au milieu de la vingtaine de voyageurs qui remontait le quai. Un coquelicot égaré dans un champ de blé en herbe, un tournesol rescapé dans un champ de trèfle, un cerisier en fleur au milieu de la place Bellecour !

      J’avais la bouche sèche et devait ressembler à un benêt dégingandé et boutonneux à son premier rendez-vous. Seules soixante et une années de dur labeur sur mon mental m’ont donné la force physique et morale de refermer la bouche, et d’adopter une attitude décontractée. Tenez-vous bien les mômes et admirez le résultat de l’expérience à l’état pur !

–         Salut Félix, en forme ? Tiens, toi aussi ? C’est une coutume auvergnate ? Tu es le deuxième que je vois allumer sa cigarette par le filtre !

J’éclatai de rire ! Que faire d’autre ? J’en profitai pour jeter la clope et tout le paquet sans chercher à me demander comment j’avais ça en poche, moi qui ne fumait que la pipe !

       Adorable Isabeau !

Main dans la main, nous nous dirigeâmes vers la suite de notre vie. Quoi de plus naturel en somme. Cela faisait quarante ans que durait cette vie en pointillé.

Coucou ! Caché !

La vieille comptine enfantine me poursuivait encore, et en attendant de me retrouver éjecté du nid amoureux, je profitai un peu du chant du coucou.

XXX

III

–         Mais tu vas me le frapper comme il faut ce cordage, bon sang !

–         Hissez ferme ! Attention au balan !

Le réarmement de l’Albatros avait commencé il y a déjà plus d’un mois. Voilier de soixante pied de long, quinze pieds de large, il pouvait accueillir seize personnes pendant six mois sans escale. A condition de remplir les cales. Et de ne pas être manchot à la pêche ! Condition essentielle à une ambiance sereine. Car une fois sur place, en mer Amazone, les activités des dix lascars en mal de responsabilité de haut niveau allaient être salées ! Inutile d’y ajouter une nourriture médiocre à chacun de leurs retour sur le navire.

      Cela faisait donc plus d’un mois que je bataillais ferme avec la remise à niveau de ma goélette. Car elle n’avait pas fait grand chose ces trois dernières années. Un peu de côtier pour nantis désœuvrés en direction des îles anglo-saxonnes, un tour de l’Irlande et un peu de musardise dans les fjords norvégiens. Pas de quoi la pousser à bout et j’avais du revoir entièrement le gréement dormant, le jeu de voile et l’hydraulique des deux dérives sabres.

      Pour l’heure je m’attelai à l’avitaillement de sec en attendant le grand départ pour le frais.

      Cela faisait donc six semaines précisément que je n’avais pas revu Isabeau. On avait longuement abordé le sujet de sa présence à bord de l’Albatros pour ce voyage, et d’un commun accord, il avait été décidé que je risquai de ne pas être opérationnel à cent pour cent si elle était avec moi. Nous avions raison, je le savais. Mais je cherchais toujours l’argument massue qui donnerait tort à cette décision.

–         Oh Paulo ! Quand tu auras fini de ranger la soute à voile, viens me voir. On va vérifier le mouillage principal.

–         Ok Félix! D’autant que j’ai cru voir que le barbotin du guindeau a de l’usure !

Paulo, mon second depuis plus de dix ans. Mes deux yeux derrière la tête. Mon deuxième cerveau. Une perle.

Le voilier avait fière allure avec ses deux mâts et son beaupré s’élançant sur l’avant.

Pas toujours la meilleure des configurations dans les abords de la forêt amazonienne, mais quand même fichtrement pratique quand on manœuvrait bien pour s’approcher des grands arbres. Arbres souvent habités par de magnifiques spécimens de serpents et autres gentils locataires pas forcément accueillants.

–         Oh ! le grutier ! C’est quoi cette caisse noire que tu hisses ? Ce n’est pas pour moi, ça !

–         Si Félix. Elle fait partie de ton équipement pour ce voyage, dit une voix dans mon dos.

Je me retournai d’un bloc.

–         Rachel ! Que fais-tu ici ? Que dis-tu ? Qu’y a t il dans cette caisse ? Et que font ces deux cerbères derrière toi ?

–         Ola, ola, Félix. Un peu plus et tu vas me noyer sous tes questions ! C’est plutôt mon rôle d’habitude , non ? Et tu ne me dis pas bonjour ? Que se passe-t-il ? Où sont tes bonnes manières ? Viens, suis moi. Ce que j’ai à te dire ne dois pas être entendu.

Je sentis la fumée me monter aux naseaux. J’avais horreur de me faire manœuvrer. Mais je la suivis, intrigué par la présence des deux armoires à glace qui venaient de rejoindre la voiture noire garée plus loin. Gangsters ou flics ? La différence est souvent tellement minime !

            Du coin de l’œil je vis la caisse noire se poser sur le pont en teck. Paulo, sentant une anomalie venait de poser ses fesses dessus et ne semblait pas disposé à en bouger avant un bon moment. Je lui fis un discret signe de tête.

–         Félix, commença ma rousse amie, ce voyage est un peu spécial. Je n’ ai pas encore osé t’en parler car je te sais impulsif et … parfois têtu.

–         Qu’est-ce que tu …

–         Attends , laisse-moi terminer ce que j’ai à te dire, me coupa-t-elle. Je travaille en ce moment pour une société qui veut finir quelques essais pour mettre au point un nouveau médicament. Mais cela doit rester très secret car des concurrents essaient de sortir le même produit.

–         Mais quel rapport avec les rando-survies ?

–         Aucun, mais ces tests ne peuvent être effectué que dans certaines conditions climatiques et avec des éléments très spécifiques que l’on ne trouve qu’en Amazonie.

–         Rachel, je vais être très clair. Je n’aime pas être mené en bateau même si j’ai fait cela toute ma vie pour les autres. Mais au moins les choses étaient claires. De plus je ne te savais pas intrigante et capable de jeter un ami dans des eaux troubles. Tu as attendu que je me sèche financièrement pour m’annoncer cela. Tu…

–         Ecoute-moi jusqu’au bout, cariño mio, avant de faire le grand fauve. Si j’ai accepté de travailler pour eux, c’est que cela m’a semblé très correct et sans entourloupe. C’est pour cette unique raison que je t’ai contacté. Je savais qu’avec toi le secret serait bien gardé d’une part, et d’autre part, il y a une prime très substantielle à se partager.

–         Ecoute ma belle, n’essaie pas de me faire du charme pour faire passer la pilule. Il me semble que tu aurais tout aussi bien pu m’en parler plus tôt, non ? Tu pourrais trouver un million de raisons à avancer, je crois…

–         Cent cinquante millions.

–         Ne plaisante pas s’il te plait, je disais …

–         D’euros.

–         Bon, tu ne m’as pas habitué à parler par onomatopées ou presque. Explique-toi !

–         Cent cinquante millions d’euros. C’est le montant de la prime.

–         …

–         …

–         Cent cinquante millions d’euros à se partager ! Ffiiiii.

J’en étais resté sans voix. Soixante quinze millions d’euros  représentait le prix de mon voilier que j’avais mis plus de dix ans à payer ! J’en avais la bouche complètement sèche. Mais je savais que l’on n’a rien sans rien, et même ce montant astronomique n’arrivait pas à me cacher que quelque chose de louche se tramait là-dessous.

–         Pas à partager. Ce sera ta part, articula lentement Rachel.

Elle m’avait doucement mené le long d’un muret. Je m’y assis. L’estocade avait été portée. J’étais atteint.

Elle m’expliqua que les ‘stagiaires n’en seraient pas’ et qu’il n’y aurait donc pas de lâcher dans la jungle, mais qu’à part cela, je devais comme d’habitude les conduire au cœur de l’Amazonie et assurer leur déplacement sur l’Albatros.

Comme d’habitude, le séjour durerait environ trois mois sur place. Et comme d’habitude, je devrais les ramener ici. Sauf si message radio contraire de sa part. Elle me dit que le code de contrôle des fréquences radio serait inchangé. Seule la teneur des messages aurait une signification différente selon une grille précise qu’elle me donnerait le jour du départ. Là était la seule différence. Une différence de cent cinquante millions d’euros !

Quand elle me tint l’épaule, j’eus la sensation que pour la première fois, ce n’était pas pour jouer de son charme, mais bien pour m’aider à me tenir ! J’avais les jambes flageolantes. Et je n’avais pas envie de me lever de suite. Son geste était emprunt de gaucherie et je marmonnai un peu plus brutalement que je ne l’aurais voulu :

–         Ca va bien, je ne suis pas impotent.

–         Une dernière chose à te dire, Félix. Assieds-toi.

–         Je suis déjà assis !

–         Voilà… je … tu …

–         Il ?

–         Il … enfin, le …

–         Attends, Rachel ! Assieds-toi aussi. En vingt ans, je ne t’ai jamais vue ânonner de la sorte. Alors écoute-moi. Après le coup fumant, mais lucratif il faut bien le dire, que tu viens de m’annoncer, j’étais prêt à marcher avec toi. Mais vu que ce que tu as à me dire te met dans cet état, moi je prends les devants. Je n’ai pas envie de finir avec une balle dans la peau ou au fond d’une fosse marine. Alors je te le dis tout net, j’arrête. Oui j’arrête. On se quitte bons amis, enfin je crois, je suis maintenant sur la paille,  je perds mon bateau, mais j’arrête. Tu gardes tes affaires fumeuses pour d’autres et …

–         Cela n’a rien à voir avec l’expédition, Félix, mais avec moi, enfin toi, et heu…

–         Ah non ! Tu ne vas pas recommencer, Rachel, dis-moi ce que tu as sur la patate sans faire la gamine intimidée, ça ne te va pas !

–         Je voudrais te demander un service mais je ne sais pas par où commencer et …

–         Par la fin ! On gagnera du temps !

Je ne l’avais jamais vue ainsi ! Elle avait passé vingt années à me mener par le bout du nez et à cet instant la tension qui émanait d’elle était si solide que j’aurais pu m’en tailler une tranche. Elle ..

–         Prends ton fils avec toi.

–         Pardon ?

–         Tu as très bien entendu et c’est toi qui as voulu que je commence par la fin.

–         Prantonfissavectoi. Ca veut dire quoi ?

J’eus soudain une conscience très net de ma stupidité à répéter bêtement ce qu’elle avait dit. Je devais ressembler à un de ces trolls grotesques dont les histoires de mon enfance étaient émaillées. Je hurlai  en bondissant sur mes deux pieds :

–         Quesse ta dis ?

–         Et bien mon cher Félix, on dirait bien que tu ne vas pas vers une amélioration de ton vocabulaire déjà limité, ni de ta diction animalesque.

Je me faisais engueuler !

–         Attends, attends un peu. Il faut qu’on parle. Assieds-toi !

–         Je suis assise !

–         Alors lève-toi et bouge. Et sans s’énerver redit moi douuuucement ce que tu viens de me dire. Excuse-moi, mais parfois je n’entends pas très bien, l’âge sans doute. Et ne t’énerve pas. Attends , voilà je m’assieds. Je suis toute ouie.

–         Mon cher Félix, je vais donc reprendre l’histoire un peu plus loin dans le passé. Tu te souviens sans doute que nous n’avons pas toujours eu que des relations professionnelles, n’est-ce pas ? Tu me quittais souvent mais nous avons été très proches ?

–         Je te quittais ? Mais c’est toi qui me mettais à la porte arguant je ne sais quelles obligations !

–         N’ergotons pas ! Le passé est le passé, mon cher Félix. Et bien maintenant que je l’ai élevé pendant quinze ans, je pense que tu peux prendre le relais, non ?

–         Mais élevé qui , bon sang ?

–         Mais ton fils, voyons ! C’est un ange, tu verras. Un peu turbulent peut-être, mais c’est toi tout craché. Tu sais ce qu’il est allé inventer mercredi dernier , je te le donne en ..

–         Mais je m’en fous moi de ce qu’il a pu faire mardi dern..

–         Mercredi, mais tu as raison. Tu te fous de lui. Je te laisse. Je vais lui passer un coup d’Itel pour lui dire que son père se fout de lui.

–         Mais non, mais non ! Tu ne vas rien faire du tout. Attends un peu.

Je sentais les choses m’échapper. Bien sur je ne suis pas idiot, cela était possible. Nous nous étions aimé et il n’y a pas si longtemps encore.. Mais pourquoi maintenant ?

–         Pourquoi maintenant ?

J’avais prononcé ma question à voix haute.

–         Pourquoi pas ? Donne lui ce que tu es et que j’ai toujours aimé. J’ai confiance en toi.

Elle me caressa le bras et s’éloigna. Après quelques pas, elle se retourna et, tout sourire, ajouta :

–         Il te rejoindra aux MilleVaches d’ici quelques jours. Embarque-le avec toi. Cela lui fera du bien, et puis, vous pourrez mieux faire connaissance, non ?

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Publié par John Mauricio dans Les Écrivains, 2 commentaires