Chronique

Chronique : De la télévision

Que le temps semble lointain où la télévision offrait ce qu’on faisait de mieux : une fenêtre sur le monde qui permettait de découvrir l’autre et l’ailleurs, une télévision à caractère éducatif, qui interpellait, étonnait, donnait à réfléchir et critiquait.

Minus sélection partisane et forcément non exhaustive, pour rafraîchir les mémoires encombrées des bêtises télévisuelles actuelles :

‐ Des débats avec « Droit de Réponse », émission née en 1981 et décédée en 1987, animée par Michel Polac, en direct s’il vous plaît, avec les dérapages incontrôlés et incontrôlables, des intervenants imprévisibles que cela induisait. Ça polémiquait sec, ça s’invectivait, ça poussait des coups de gueule mémorables, ça s’insultait, ça colérait grave dans une ambiance tabagique du feu de clopes !

Une agora très démocratique avec le droit de poser des questions, les plus embarrassantes, gênantes, délicates et le droit de répondre, en prenant son temps, en ayant la possibilité de développer sa pensée.

Avez‐vous remarqué que, de nos jours, dès que quelqu’un tente de développer sa pensée, il est immédiatement interrompu par Patrick, Pascal, Jean ? Il faut que cela aille vite, il faut exprimer, en peu de mots, des idées complexes qui, le temps étant compté, perdent leur subtilité et deviennent des idées amputées de leur sens.

Des sujets de fond, sociétaux, politiques, économiques étaient abordés et creusés jusqu’au centre de la terre, au cours de ce débat.

Feu « droit de réponse » disparût de l’antenne en 1987, à cause de plaintes de citoyens coincés, déjà très lisses et choqués ‐ oh les pauvres ! il ne leur en fallait pas beaucoup – et de membres du gouvernement de l’époque, engoncés dans la télé à Papa, qui n’ont pas accepté l’incroyable modernité de ce programme trop démocratique pour leur goût, mais avant tout, à cause d’un dessin de Wiaz montré à l’antenne à la suite du rachat de TF1 par Bouygues et qui représentait Francis Bouygues déclarant : « Une maison de maçon… un pont de maçon … une télé de merde ».

Ouille ! La vérité fait mal !

‐ Des documentaires qui feraient réagir toutes les associations de défenses de tout et de rien et les réseauteux surexcités, aptes à s’indigner pour un non et pour un oui, tels « Strip‐Tease», émission Belge née en 1985 et décédée en 2012 avec ses personnages haut en couleurs et décalés dont on montrait un morceau de vie quotidienne, d’où un autre titre donné à cette émission « Strip‐tease une émission qui vous déshabille ».

Le spectateur entrait dans l’intimité de Monsieur et Madame tout le monde pas si tout le monde que cela.

Il y avait Monsieur tout le monde qui construisait, dans son jardin, une soucoupe volante pour aller on ne sait où – aucun plan de vol ‐ et consacrait presque la totalité de son salaire mensuel à cette construction pendant que maman, qui n’y voyait rien à redire, épluchait les oignons dans la cuisine.

Il y avait le truculent Monsieur tout le monde qui avait acheté un ordinateur pour créer son site internet, rien que cela et alors qu’il n’avait jamais utilisé d’ordinateur de sa vie, et tentait de le faire fonctionner après avoir introduit le CDrom d’installation à l’envers et téléphonait à la hot line où s’ensuivait une conversation surréaliste.

Il y avait Ludovic, jeune homme de 25 ans très ambitieux, qui n’avait fait aucune école de cinéma ni ne venait de ce milieu et qui voulait produire, tourner et jouer dans son premier film avec la bagatelle de 1 000 figurants. Pour arriver à ses fins il démarchait, à Cannes, les plus grands réalisateurs et acteurs, sans scénario, et cherchait des financements.

Il y avait cet exclu de la société autoproclamé « Docteur Lulu autodidacte » qui expliquait comment bien vivre avec 45 de tension, avec une clavicule plus longue que l’autre et qui recommandait de prendre ses antibiotiques avec du bon gros rouge – ça passe mieux ainsi mon Lulu ‐ !

Une forme de télé‐réalité avant l’heure.

‐ Des émissions culturelles telles « apostrophes », émission littéraire, née en 1975 et décédée en 1990, animée par Bernard Pivot. Les plus grandissimes écrivains sont passés dans cette émission : Alexandre Soljenitsyne, Vladimir Nabokov, Milan Kundera, William Styron, Umberto Eco, le sulfureux Charles Bukowski, …

On découvrait des livres et on se sentait plus riche intellectuellement grâce aux passionnants échanges entre Pivot et ses invités.

‐ On se régalait des « Deschiens », des « Inconnus », du « Petit Rapporteur », qui assénaient des vérités sociétales et qui croquaient les travers de cette même société en nous faisant rire.

‐ Des programmes tels « Nulle Part Ailleurs », NPA pour les intimes, sur Banal +, avec Philippe Gildas, émission née en 1987 et décédée en 2001.

On a vécu de très grands moments avec l’équipe des Nuls, Antoine de Caunes, José Garcia, Karl Zéro, Philippe Vandel et les Guignols au caoutchouc désormais très mou, et qui ne font plus rire personne.

Ca délirait un max, ça fusait de toute part, ça osait tout.

Probablement l’émission la plus déjantée du PAF…

Une époque d’une richesse télévisuelle inconcevable aujourd’hui.

Cela s’est délité lentement mais sûrement.

En 2018, il subsiste quelques bonnes émissions : « Cash Investigation », qui je le crains, tant cette émission est dérangeante, ne durera pas autant que la taxe télévisuelle mariée à la taxe d’habitation que je paie annuellement, « C’dans l’air », les superbes documentaires de National Geographic pour ne citer qu’eux.

Globalement, il n’y a plus de vrais débats, le consensus mou étant la règle, plus de véritables émissions culturelles, le formatage étant de mise, plus rien qui provoque intérêt et curiosité. Aujourd’hui, les âneries déversées par toutes les chaînes‐voix de son maître sont légion.

Exemples choisis :

 Chez la télé de merde du maçon, que je ne regarde jamais, des programmes débilitants :

« Secret Story », émission de télé‐réalité de secrets de polichinelles dont on se contre‐fiche avec des candidats affligeants et incapables de faire une phrase qui teint le chemin

« la méthode Cauet » et sa beauferie, sa vulgarité, son machiste, très bas de gamme

J’ai été obligée de surmonter mon dégoût pour la télé de merde du maçon et il m’en a coûté, à un point que vous ne pouvez mesurer, de regarder ces 2 émissions afin de pouvoir écrire en connaissance de cause sur ces débilités.

J’ai cru que mes lobes frontal et pariétal allaient se dissoudre.

Alors, ne me demandez pas, chers lecteurs et lectrices, de dévoiler contenus détaillés et principes existentiels de ces émissions.

Je refuse de perdre mon lobe temporal dans un exercice descriptif inutile !

 Chez C8, l’émission « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, les mots me manquent tant c’est …………………………….. – grand blanc – Joker ! Joker !

 Chez la 3, « Poubelle la vie » la série XXL ‐n’allez pas imaginer des choses déplacées –XXL parce qu’avec un nombre d’épisodes que plus personne ne peut compter, avec des situations grotesques et des acteurs si mauvais qu’on aimerait les envoyer fissa dans une école d’art dramatique.

Et chez tout le monde, pléthore de séries aux scénarios indigents qui finissent par tous se ressembler, débitées ‐ les séries pas les scénarios – vous suivez ? ‐ en un nombre de saisons et d’épisodes tels qu’il faut sacrément s’accrocher pour mémoriser l’histoire, quand il y en a réellement une, et ne pas avoir de trous de mémoire du type, c’est qui déjà celui‐là, qui fait quoi ?.

Je ne regarde aucune série à cause de cette dérive saisonnière et épisodiaire et je pleure ‐allez, un peu de patos, ça ne coûte rien ‐ les séries d’avant parce que c’était mieux AAAAAvant, avec des histoires différentes à chaque épisode.

Il n’y avait pas besoin de suivre assidûment les séries d’antan : « les envahisseurs », « les mystères de l’ouest », « amicalement vôtre », « le prisonnier », « chapeau melon et boîtes de cuir », « x files », « le fugitif », on pouvait manquer moulte épisodes sans perdre le fil.

Et je vous épargnerai la longue liste rébarbative des films passés plus de 100 fois sur l’écran de votre poste parce que cela ne coûte plus rien, les droits étant tombés dans le domaine public. Certains de ces films sont des chefs d’œuvre mais quand on les a vu 20 fois, basta !

L’immense paradoxe est qu’il existe une multitude de chaînes et de programmes à toutes heures du jour et de la nuit par rapport à cette époque révolue – vous rendez‐vous compte qu’avec une box d’un opérateur ZYX, on a accès à plus de 100 chaînes et dans toutes les langues parlées sur cette bonne vieille terre – mais chaînes et programmes sont, sauf exception, aussi nuls les uns que les autres avec leur talk‐show où personne n’a rien à dire et où tout le monde ricane bêtement, leurs dessins animés moches comme tout, leurs bêtisiers sauce salsa, armoricaine, bechamel, et j’en passe.

Toutes les chaînes ou presque se repaissent des malheurs du monde, des catastrophes en tous genres, et on sent nos journaleux à l’affût de la « news » croustillante qui attirera le chaland lobotomisé devant sa smart TV. Il faut du sensationnel à tout prix, il faut faire pleurer dans les bicoques.

Place à l’émotion et à la sensiblerie, l’information quelle qu’elle soit, n’est plus traitée sur le fond et rarement dans la durée, elle n’est jamais mise en perspective ou rarement, seul compte l’instant présent et la « sur‐émotion » générée par le bruit du monde.

Mais soyez rassurés chères lectrices et chers lecteurs, il y a SYSTEMATIQUEMENT la cellule psy pour éponger l’émotion dégoulinante. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Enfin, il y a les reportages récurrents, ressassés à l’envie, dès fois que nous n’aurions pas tout compris :

 Le bac, avec les angoisses de nos bacheliers boutonneux puis les résultats, avec une partie des boutonneux pleurant leur échec, vite la cellule psy, la cellule psy !

 La rentrée des classes, avec les angoisses des tieutins et tieutines qui pleurent de quitter les jupettes de ManMan

 Les achats de fourniture, pour la rentrée des classes, et le sacro‐saint panier moyen dont le prix augmente d’années en années

 Les embouteillages et chassez‐croisés des vacances d’été avec des micro, non pas trottoirs, mais des « micro‐airesdestationnement » où on voit le citoyen, béat d’être interviewé, ravi à l’idée de passer sur l’écran plat – on a les plaisirs qu’on peut ‐ et ensuqué par la chaleur du bitume, expliquer qu’il s’arrête, parce qu’il faut se reposer avant de repartir affronter, de plus belle, la queue leu leu autoroutière. Il y a 4 000 km de bouchons, il fait 50° mais tout va bien, je vous l’assure !

 Les jouets de Noël et le « micro‐magasin » où le chaland se plaint des ruptures de stock du jouet convoité sur lequel des petits malins se sont rués, dès potron‐minet

 Les soldes, on voit des fous furieux se bousculer, prêts à tuer pour être les premiers à se jeter sur la marchandise qui restera ad vitam aeternam au fond du placard

A bon entendeur ‐ bon programme !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 1 commentaire

De l’absurdité et de la perte du sens

Auriez‐vous, par hasard, chers lecteurs et chères lectrices, remarqué à quel point l’absurdité et la perte du sens font partie intégrante de nos vies au point d’être devenues notre lot quotidien ?

Et qu’au fil du temps, c’est de pire en pire ?

Perte du bon sens, de la logique et d’une certaine rationalité envahissent désormais nos esprits conditionnés et formatés.

Rien de très grave, ni de mortel ou de dangereux, l’absurde, seulement l’absurde, conséquence de la bêtise et de la stupidité généralisées ?

Il y a 30 ans, les absurdités restaient relativement cadrées et cantonnées à l’Administration.

Le citoyen était confronté aux absurdités du merveilleux et immense monde de l’Administration avec ses fonctionnaires en nombre pléthorique, qui avaient tout pouvoir de vie et de mort, qui étaient obtus et avec qui nous ne partagions pas le même langage.

L’Administration soviético‐chinoise, version française dans toute sa splendeur et dans ses nombreuses composantes : préfecture et sous‐préfecture; sécurité sociale ‐ probablement les champions des situations ubuesques, kafkaiennes et surréalistes; allocations familiales;les décédées ANPE et ASSEDIC refondues en « Polo »; services administratifs des mairies; feu les PTT devenus La Poste; les services des impôts. Nous étions malmenés et nous vivions de grands moments d’une absurdité sans fond et de solitude devant tant d’incompréhension, du type : impossible d’obtenir ceci tant que cela n’a pas été réglé mais pour régler cela il faut obtenir ceci.

De quoi être interné en psychiatrie illico ou de quoi avoir des envies de meurtre ou les deux mon capitaine !

Nous recevions également des courriers abscons de cette formidable Administration qui vivait en circuit fermé et en vase clos et auxquels nous ne comprenions rien, tant le langage figé et tordu ne correspondait à aucune de nos réalités.

Nous nous demandions, premièrement, si la langue française était bien en vigueur là‐bas et, deuxièmement, sur quelle planète vivaient nos chers fonctionnaires pour former des phrases dont les mots alignés les uns derrière les autres n’avaient aucun sens et qui plus est, relevaient plus de la réponse automatique que de la réponse personnalisée.

Il y avait, ainsi, deux mondes séparés qui ne se comprenaient pas et dont les rapports étaient tendus et difficiles.

Cela pouvait déclencher chez le citoyen des colères noires, de l’énervement, un sentiment de combat perdu d’avance, l’histoire du pot de terre contre le pot de fer et il fallait mener bataille courageusement et avec une infinie patience pour obtenir ce que de droit ou plus simplement, pour se faire comprendre.

Force est d’admettre, si on souhaite être un peu objectif, que depuis quelques années, l’Administration a progressé, ne serait‐ce que parce qu’il est désormais possible de résoudre la majorité des démarches sur internet, sans se déplacer, sans ne plus subir d’interminables queues et ne plus avoir à prendre un ticket avec un numéro d’attente.

Les rares courriers que nous recevons sont bien plus compréhensibles et l’absurdité des situations que nous vivions dans le meilleur des mondes de l’Administration, si elle n’a pas totalement été éradiquée, a très nettement diminuée.

Le bonheur. La félicité. Le pied !

Enfin et pour clore les absurdités du passé, qui décidément, me font l’impression d’être devenue un théropode, l’Administration ne dispose plus que de 3 mois pour répondre faute de quoi la demande est acquise, autant dire que cela contraint nos chers fonctionnaires à se manier le popotin ! Terminé les délais de réponse qui pouvaient parfois être chiffrés en années.

Les absurdités d’aujourd’hui sont plus éparpillées, moins facilement repérables car on les observe dans tout et dans rien, au hasard d’une pub, d’un événement, au cours d’un achat, en déplacement, ….

Je vous soumets, chères lectrices et chers lecteurs, quelques absurdités relevées :

1) Je connaissais le « Lapin agile », pittoresque cabaret du XIXème siècle situé à Paris 18ème, reconnaissable entre tous grâce à sa façade rose et à ses volets verts, mais le MEDEF a frappé fort avec le « contrat agile ».

Quelle formule intéressante ! Quelle inventivité ! Le MEDEF a bien de l’imagination.

Et cette formulation d’être aussi sec adoptée par tous : « Europe 1 », les chaînes de téloche, le « JDD », « Challenge », « RTL », « Les Echos » et même « Le Monde » censé être plus intellectuel que les précédents et pour ne citer que ces médias, sans qu’à aucun moment, personne ne se pose la question de cette formulation hasardeuse qui ne veut rien dire.

Je suggère que, sans tarder, les salariés du « Lapin agile » bénéficient d’un contrat agile,afin de ne pas être dépaysés !

2) Le transfèrement du terroriste machin chouette chose d’un point A à un point B.

Quel joli mot que transfèrement qui sonne si doucement à mes oreilles !

Il s’agit, certes, du terme juridique qui correspond au mot transfert mais était‐il vraiment nécessaire d’utiliser ce terme affreux et méconnu de la majorité des citoyens alors qu’il y a encore peu de temps, tous les médias auraient employé le mot transfert ?

Et les médias de reprendre ce mot sans se poser aucune question ni ne donner aucune explication juridique, de véritables moutons, un instinct grégaire à faire pâlir n’importe quel dictateur !

3) Connaissez‐vous le soutien‐gorge Playtex à 360° ? J’ai entendu parler de cet extraordinaire soutien‐gorge sans qu’à aucun moment, il n’en soit montré un seul exemplaire sur Madame télévision, avec une curiosité sans nom, une avidité sans borne, grâce à Madame pub sans qui je resterais ignare jusqu’à la fin de mes jours.

Autant dire que je serais bien incapable d’expliquer ce qu’est un soutien‐gorge à 360° et en quoi il est différent d’un soutien‐ gorge à 0°.

Je m’engage à inviter n’importe lequel d’entre vous à boire un café s’il me livre une explication rationnelle, plausible et débarrassée de toute absurdité sur ce soutien‐gorge à 360°.

Cette pub était si absurde qu’elle a très vite disparu de nos écrans et je soupçonne que d’autres personnes de mon acabit soient intervenues en coulisse pour dire à quel point cette pub était dénuée de sens.

4) La matrice de matérialité

Voilà probablement le plus beau concept totalement absurde inventé il y a peu.

Dans les grands groupes et grandes entreprises, on publie de nombreux rapports : rapport de développement durable; rapport éthique; rapport de confidentialité; rapport financier; rapport RSE; rapport de contrôle interne; rapport sur la diversité; rapport d’audit; rapport de mobilité; rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, euh excusez‐moi, les touches de mon clavier se sont coincées.

Ces nombreux rapports, rassemblés dans un document intégré, portent désormais le nom de « matrice de matérialité ».

L’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît et je n’entrerai pas dans les détails de ce concept qui vient du monde anglo‐saxon.

Sachez que ce document intégré est établi après consultations des : collaborateurs de l’entreprise; fournisseurs; clients; actionnaires; société civile; secteur public; institutions; associations; partenaires en tous genres … Un travail de TITAN !

Ne vous méprenez pas chères lectrices et chers lecteurs, je n’ai rien contre la conception d’un seul et unique document rassemblant les nombreux rapports existants. Bien au contraire, un seul document et s’il est réellement synthétique, semble bien suffisant à ingurgiter et à digérer.

Je m’étonne de ce nom pompeux et prétentieux s’il en est, « matrice de matérialité », peu parlant et dénué de sens pour la majorité des citoyens de ce beau pays.

5) Vous aimez voyager ? Vous voulez voyager à moindre coût ?

Bienvenue dans le monde merveilleux des compagnies low cost ou de l’absurdité des voyages avec les compagnies low cost et avec Vueling airlines.

Je suis parfois atteinte d’une horrible maladie, le snobisme, et je refuse de voyager sur les compagnies low cost. Je préfère me serrer la ceinture pour financer un billet d’avion sur une compagnie que je juge normale et régulière.

En effet, les compagnies low cost sont bien moins low cost que ce qui est annoncé une fois que vous avez payé un grand nombre de suppléments pour :

Vous rendre à l’aéroport au milieu de la pampa, aéroport qui n’est desservi par aucune charrette, pousse‐pousse ou tuk‐tuk

Faire transporter votre bagage en soute qui n’est pas inclus dans le prix initial et comme si vous ne voyagiez qu’avec votre brosse à dent dans la poche de votre veste pour passer 15 jours sur l’île de Rhodes

Poser votre fessier sur un siège dur comme de la pierre et très étroit – personnes ensurpoids ou obèses s’abstenir ‐ ou sur un siège un peu plus confortable et plus large et avec plus de place pour les gambettes, histoire de ne pas avoir les genoux sous le menton si vous avez plus de sous

Acheter une boisson en vol, les boissons n’étant jamais gratuites avec ces compagnies, l’air pressurisé des avions ayant desséché vos muqueuses et les bouteilles d’eau étant interdites de vol

Au final, vous pouvez ajouter de 30% à 40% sur le prix de départ du billet ce qui le met à un tarif quasi identique à celui d’une compagnie régulière.

Le low cost est, par conséquent, une illusion totalement absurde.

Cependant, il arrive que certaines destinations ne soient desservies sans escale que par une compagnie low cost et qu’il n’y ait pas le choix sauf à faire escale dans un aéroport où on s’ennuie ferme pendant les 2 heures minimum qui sépareront les deux vols.

J’ai donc déjà été contrainte de ravaler mon snobisme et de voyager, à mon immense désespoir, sur plusieurs de ces compagnies low cost afin de bénéficier d’un vol direct.

Je n’en suis pas morte me direz‐vous à juste titre. Je le confirme.

Toutefois, vous devez savoir que la compagnie Easyjet par exemple, dès lors qu’elle ne remplit pas suffisamment ses vols, les annulent purement et simplement et à la dernière minute, c’est à dire une fois que vous êtes déjà à l’aéroport avec armes (merde pas d’armes, c’est interdit) et bagages déjà enregistrés !

Vous n’avez plus alors qu’à râler pour obtenir, avec grande difficulté, non pas un remboursement mais un bon de voyage qui vous oblige dans l’année qui suit à voyager avec cette compagnie que vous maudissez déjà et que vous incriminez de tous les maux aériens.

Mais je m’égare ….

Lors d’un trajet sur une compagnie normale et régulière, j’ai vécu, dans la salle d’embarquement d’un aéroport parisien, une situation de la plus haute absurdité lors de l’appel des passagers pour embarquer sur un vol de la compagnie Vuelig airlines, qui sachez‐le, est la compagnie version low cost d’Iberia.

De sa voix suave, feutrée et sensuelle, l’hôtesse au sol commence à appeler les passagers.

Comme je n’avais rien d’autre de spécial à faire ‐ quoi de plus chiant qu’une salle d’embarquement ‐ je décidais d’écouter très attentivement l’appel fait aux passagers. Je pressentais la situation burlesque.

L’appel débutât par l’embarquement de la classe A – why not ? – il n’y a certes pas de business et encore moins de 1ère classe sur ce type de compagnie et d’emblée, je supposais dans ma tête de moinelle, que cela s’adressait peu ou prou aux passagers qui avaient un peu plus de sous et qui avaient vaillamment financé un siège un peu plus large et confortable. L’appel fût poursuivi par l’embarquement des classes D à F et des sièges 25 à 36. La classe A avait toujours la possibilité d’embarquer dès fois qu’elle serait retardataire. Je remarquais qu’il n’y avait donc pas de classe B et C sur cette compagnie.

Puis vint le tour de la classe H mais plus d’embarquement possible pour les classes D à F,qui devraient attendre le bon vouloir dont ne sait qui ou quoi pour se rattraper.

Et embarquement également ouvert pour la classe OR mais pas de classe CUIVRE ou ZINC et les sièges 1 à 24. Je me demandais alors quelle différence il pouvait y avoir entre la classe A et la classe OR et remarquais qu’il n’y avait pas de classe G ….

La classe A avait toujours la possibilité d’embarquer. Ce devait être une classe remplie de privilégiés !

Les retardataires des sièges 25 à 36 pouvaient toujours se gratter, il ne leur était plus possible d’embarquer.

Quant à ceux des sièges 1 à 24, l’hôtesse ne les mentionnant plus, j’en concluais qu’elle les avait tous trucidés !

Je commençais à trouver cela un peu compliqué et avais de plus en plus de mal à suivre ce ballet de classes et cette valse de sièges.

J’assistais ensuite à un délire d’annonces de classes et de rangées de sièges numérotés avec des consignes données aux uns et aux autres avec ou sans restriction et je remarquais que la totalité de l’appel avait pris 30 minutes !

Je me demandais comment les passagers s’y retrouvaient dans ce méli‐mélo absurde de classes et de sièges en particulier s’ils n’avaient pas assisté, dès le départ, à l’appel. J’en concluais que pour embarquer avec Vueling il fallait :

Avoir fait au minimum Maths Sup et Maths Spe ou bien voyager avec un ingénieur dont les études ne seraient pas trop lointaines

Ne pas arriver en retard et être donc présent dès le commencement de l’appel

Ne pas être étranger et maîtriser parfaitement la langue française, la seule à être utilisée lors de cet embarquement pour une destination en Espagne – on ne peut pas demander à une hôtesse low cost de parler anglais.

Une grande concentration et aucune distraction possible durant les 30 minutes d’appels tout azimut ….

6) Les dispositifs médicaux

Il n’y a pas si longtemps encore, il y avait des pubs pour divers médicaments : «oscillococcinum » » pour affronter les grippes hivernales, des médocs pour la constipation ou la diarrhée, des pschitt pschitt pour les nez bouchés, enrhumés et patraques, des gouttes homéopathiques pour favoriser l’endormissement, d’autres contre le stress, « Rennie » pour la digestion et les remontées acides …..

Les pubs pour ces médicaments existent toujours, l’offre ayant peu changé, seul le nom a changé, on ne parle plus de médicaments mais de dispositifs médicaux.

Quel nom absurde !

Je vous livre la définition d’un dispositif médical :

«Un dispositif médical (DM) est tout instrument, appareil, équipement, matière ou autre article, utilisé seul ou en association, chez l’homme pour le diagnostic, la prévention, le traitement d’une maladie, d’une blessure ou d’un handicap, ou d’étude ou remplacement ou modification de l’anatomie ou d’un processus physiologique.

Il est destiné par le fabricant à être utilisé chez l’homme à des fins médicales et dont l’action principale voulue n’est pas obtenue par des moyens pharmacologiques, immunologiques, métaboliques, mais dont la fonction peut être assistée par de tels moyens». Si j’ai tout bien compris et que je ne suis pas tombée dans une débilité profonde, un médicament n’est pas à proprement parlé un dispositif médical, puisque, selon cette définition, un médicament est un moyen pharmacologique en opposition à un dispositif médical dont l’action principale n’est pas obtenue par des moyens pharmacologiques.

Vous suivez ?

Un médicament reste un médicament et pourquoi faire simple quand on peut faire tordu ? Je bondis donc sur mon canapé à chaque fois que j’entends parler de dispositifs médicaux à la téloche.

7) Le virus ZIKA

Mais que vient faire ce virus dans cette chronique ?

Je ne peux pas m’empêcher de citer cette fabuleuse et si magnifiquement absurde phrase d’une certaine ministre de la santé qui, pour mettre en garde les femmes, qui auraient un projet de maternité, contre le virus ZIKA explique que : « si elles ont un projet de maternité, il convient d’avoir des rapports protégés en utilisant des préservatifs afin de ne pas attraper ce virus ».

Il me faut fissa la recette pour concevoir un bébé en ayant un rapport protégé par un préservatif.

Et puis j’adore le concept de « projet de maternité ».

Absurdité quand tu nous tiens !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 2 commentaires

Des emmerdeurs – 13 à la douzaine?

Il est de la plus haute importance que vous sachiez que, quelque part dans le monde, vous attend l’emmerdeur. L’emmerdeur, et son corollaire féminin, l’emmerdeuse, est une espèce, dans le monde répandue, mais plus encore en France.

Une question me torture depuis longtemps : la capacité à emmerder l’autre est‐elle un sport national franco‐gaulois ?

Le profil de l’emmerdeur est sensiblement toujours le même : un être irrationnel qui vous pètera la rondelle jusqu’à temps que vous craquiez ou que vous cédiez alors que vous êtes la zénitude et la politesse incarnées.

Vous avez immanquablement, dans votre douce vie, eu à faire aux :

‐ Mec ou à la gonzesse qui raconte sa vie pendant des heures avec son téléphone portable dans le TGV où vous aviez pourtant pris la précaution de réserver une place en 1ère classe, réputée plus silencieuse et moins peuplée, qui vous a coûté une blinde et afin de piquer un roupillon que vous aviez imaginé réparateur

Si vous osez demander à la pie de la boucler en précisant que sa vie n’intéresse personne, vous serez insulté et vous deviendrez le fauteur de trouble.

Comble de l’injustice ferroviaire …

‐ Chefton, qui vous casse les bonbons en pinaillant et en finaudant sur des détails insignifiants dont personne n’a cure, qui ne font guère avancer le schmilblick, qui mettent en péril votre légendaire efficacité et votre business, qui vous font perdre un temps précieux, bouffant votre énergie, vous obligeant à travailler un nombre d’heures inconsidéré. Et cela au prétexte que le chefton n’a pas trouvé d’autres moyens pour asseoir son autorité, se prouver à lui‐même sa valeur et s’assurer que sa place, que dis‐je, son rang dans l’entreprise sont justifiés. Ce qui bien entendu n’est pas le cas parce que, l’incompétence va de pair avec l’emmerdement maximal. Vous devez composer avec sinon vous pouvez dire adieu à toute promotion financière et professionnelle.

Comble de l’injustice salariale …

‐ L’acheteuse, avec qui vous avez effectué quelque transaction mineure du type vente d’un DVD à 1€ sur le market place de Price Minister, et qui vous accuse de malhonnêteté, de mensonge et de tous les maux de la galaxie parce qu’elle a attendu l’article 7 jours et vous rend responsable de la dégradation des services postaux. Vous vous évertuez à lui expliquer que vous n’êtes pas responsable des délais parfois anormalement longs des acheminements postaux et que vous ne voyez pas en quoi il y a mensonge ou malhonnêteté dès lors qu’aucun délai de livraison n’a été annoncé lors de la vente. Elle réplique, parce que les emmerdeurs ont la « compréhensive » très difficile, que son DVD aurait dû arriver le lendemain de l’achat effectué sur internet. Dépité, vous répondez que vous n’avez pas de drone livreur de colis, et vous vous demandez si elle a fumé de la moquette. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle vous ait énervé tant et si bien que les insultes fusent au bout d’un nombre incalculable d’échanges épuisants qui vous ont presque rendu fou.

Comble de l’injustice commerciale …

‐ Client qui, sur une planète de plus de 7 milliards d’êtres humains, se croit seul au monde et qui, bien qu’une file d’attente de 150 kilomètres se soit formée, demande et redemande les mêmes informations sur la configuration de la salle de spectacle où il veut acheter des places à la FNAC. Le vendeur, effaré de constater qu’il devra faire des heures sup non rémunérées pour éponger la file d’attente, a déjà tout expliqué et réexpliqué, ce dont vous pouvez témoigner. Au final, le client n’achètera aucune place de spectacle et les personnes de la file d’attente, survoltées d’avoir attendu si longtemps, reportent leur mauvaise humeur sur le pauvre vendeur qui pense que : « ce n’est pas mon jour, j’aurais mieux fait de rester sous la couette ».

Comble de l’injustice tout court !

‐ Duo, trio ou quatuor, plantés à la mi‐temps, bloquant ainsi la sortie ou l’entrée de ceci ou de cela, et alors qu’il y a pléthore de place pour raconter les « areu areu » de bébé et qui ne comprennent pas que vous lanciez un timide « pardon » pour passer et vous lancent un regard outré.

Comble de l’injustice civique …

‐ Copropriétaires qui, un pied dedans, un pied dehors, bloquent l’ascenseur pour jouer à la concierge pendant que vous attendez au rez‐de‐chaussée avec, dans une main, les courses, et dans l’autre, la poussette du petit dernier. Vous ruminez dans votre menton qu’il est hors de question que vous montiez avec un tel chargement les 5 étages où vous perchez. Vous vous époumonez afin de vous faire entendre des bavards égoïstes, en vain. Vous tambourinez sur la porte de l’ascenseur pour faire comprendre que cela fait déjà 20 minutes que vous attendez ce carrosse électrifié, on vous ignore royalement.

Comble de l’injustice de la vie en communauté …

‐ Le vacancier qui, par instinct grégaire, allonge sa serviette de plage pile à côté de vous alors que la plage, en long et en large, est immense et absolument déserte – si, si, cela existe. Cela faisait 6 mois que vous rêviez de faire le crocodile sur la plage et que vous vous réjouissiez de ne pas voir un être humain pendant 1 semaine, …

Comble de l’injustice vacancière …

‐ La passagère du TGV en face de qui vous êtes assis qui veut à tout prix engager la conversation. Vous déclinez poliment, faites comprendre que vous souhaitez écouter de la musique mais elle a des questions existentielles à poser sur le trajet, les arrêts et les heures d’arrivée. Vous avez envie de lui dire qu’il n’y a pas écrit « SNCF » sur votre front et que ces questions, prétextes à conversation imposée, sont une méthode digne de la maternelle et vous finissez par être désagréable face à l’incapacité de cette passagère à comprendre que vous n’avez pas envie de parler.

Merde alors !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 4 commentaires

Toniachka – Révolte en culotte courte (5)

De la religion, je ne vais pas me faire que des copains et des copines !

Autant annoncer la couleur de suite : je suis une brebis très égarée.

Et j’entends les cris d’effroi de certains qui diront que cette chronique est blasphématoire, pas drôle du tout et qu’on ne peut pas rire de tout.

A ceux‐là, je réponds qu’il est impératif de rire de tout et de respecter la liberté d’expression, de dessins et de croquis ! Le jour où nous ne pourrons plus faire cela, nous aurons un gros souci.

Comme d’habitude, je m’égare …

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de croire.

J’ai été baptisée contre mon gré, je n’étais pas en âge d’exprimer ma désapprobation ni de me révolter ce jour‐là et je dois mes essais en croyance, à ma mère, qui militait pour une éducation religieuse que mon père refusait ardemment.

Comme dans les couples, il faut faire des compromis, décision fût prise que je suivrais des cours d’éducation religieuse, que je chanterais dans la chorale de la paroisse de la petite ville où nous demeurions et que je ferais ma communion solennelle.

Après ces divins efforts, je serais libre de faire ce que je voulais de la religion.

En échange de quoi, mon père obtenait de ma mère que j’échappe à une scolarité religieuse dans un institut catholique du département, très réputé et très cher.

Ouf, je ne m’en suis pas trop mal sortie.

Je ne crois pas que j’aurais supporté les cours dispensés par des bonnes sœurs et des bons frères psycho rigides, tatillons et pointilleux, dénués d’humour et très coincés avec les plaisirs de la vie. Je n’aurais pas mieux accepté les petits camarades de classe issus de familles catho où madame s’empressait de donner naissance à 10 gosses parce que prendre la pilule eût été considéré comme un crime.

Et, bien que je me sois trop souvent ennuyée à l’école publique, je la préférais, de loin, à l’école catholique.

Suivant les préceptes du deal parental, je fus inscrite à la chorale et ce fût, depuis le baptême

imposé, mon premier contact lucide avec la religion.

J’étais en âge de me faire une opinion, de m’exprimer et de me révolter.

La paroisse était composée d’un curé bougon d’une cinquantaine d’années mais, au fond, brave homme, que j’aimais bien et qui, néanmoins, me faisait un peu peur à cause d’une prognathie maxillaire inférieure, et de chenapans, tous du sexe masculin qui n’avaient pas plus que moi choisi de chanter dans la chorale à l’occasion de la messe dominicale.

Étant la seule représentante féminine de ce chœur, je bénéficiais d’emblée de la sympathie de tous : du curé, des chenapans, de la femme de ménage de la charmante église du XIIIè siècle qui traînait ses pantoufles sur le froid carrelage lorsque nous répétions et qui fricotait probablement avec le brave curé, de la Vierge Marie, de Jésus et de ses apôtres et de Dieu lui‐même ainsi que des clients de la paroisse qui s’entassaient le dimanche pour entendre de petits anges blonds chanter Dieu.

Je profitais honteusement de ce statut privilégié en introduisant régulièrement des mots, dans les chants liturgiques du dimanche, qui ne faisaient pas partie des textes.

Des bananes, croissants, canards et mainates surgissaient au beau milieu des gloires à mon Dieu, des Jésus me voici devant toi et des Ave Maria.

Personne ne pouvait manquer ces incursions lexicales, reflet de mon monde d’enfant rempli de petites préoccupations : « aurais‐je assez d’argent de poche pour acheter un croissant en sortant de la chorale ? », « il faut que j’apprenne à mon mainate à dire merde, tu me fais chier », « j’ai envie d’une banane », « Cloco et comme d’habitude me pincera les gambettes avec son bec pour fêter mon retour » ….. Cloco était le nom dont était affublé mon canard blanc avec un bec orange qui connût un funeste destin, des années plus tard, en se faisant manger par un renard.

… et tout le monde faisait semblant de ne rien avoir entendu.

Seul, le curé bougon me jetait un œil noir mais, son sens de la compassion, l’empêchait, à la fin de la messe, de me gronder. De plus, il ne voulait pas perdre la seule et unique voix de soprano colorature qui retentissait dans l’église parmi les voix des garnements ténors et contre‐ténors.

Sur le chemin qui me ramenait chez moi, je riais à gorge déployée de mes forfaitures. J’avais réussi à rendre ludique la corvée du dimanche : chanter des textes auxquels je ne croyais pas un instant et dont les paroles me paraissaient ridicules en introduisant des mots ou des mini‐phrases tout ce qu’il y a de plus païen.

Il y eût ensuite la communion solennelle qui se préparait longtemps à l’avance sous la forme de cours hebdomadaires d’éducation religieuse effroyablement ennuyeux et, juste avant l’événement, sous la forme d’un séminaire, seul moment un tant soit peu rigolo.

Il s’agissait de rassembler, pendant 4 jours, dans la campagne environnante, sous des tentes et en pique‐niquant, les futurs communié(e)s pour prier ensemble, tous ensemble, tous ensemble.

Pour moi, c’était banco : je manquais 4 jours d’école dont j’avais une sainte horreur et j’avais l’occasion de rencontrer des enfants que je ne connaissais pas, de tester mon pouvoir de séduction, de faire ma belle, de balancer des conneries, de jouer à la squaw et à la Robinsonne.

Le grand jour arriva et je portais la robe de communion de ma mère, qui croyait me faire un immense honneur en me la prêtant.

Sa robe s’apparentait à une espèce de crème chantilly démodée et compliquée à enfiler avec des volants partout et d’un blanc immaculé, dans laquelle j’empêtrais mes guiboles d’un blanc tout aussi immaculé et mes petons 31 fillette.

Pour cette grande occasion, on avait également monté mon épaisse et longue chevelure sur ma tête en un genre de choucroute qui tenait grâce à de nombreuses barrettes‐saucisses.

Je ressemblais à un mets Alsacien au‐dessus des épaules et à une célèbre crème à partir des épaules. Un mélange improbable salé‐sucré.

Après la cérémonie, et durant le repas de fête qui suivit, je m’empressais de tâcher cette robe dans une réaction vengeresse inconsciente et me faisais copieusement enguirlander par une mère furibonde.

A la suite de cette communion solennelle et, ayant rempli ma part du contrat familio‐religieux, je mis immédiatement en application la dernière prescription de la décision parentale et je m’ex-communiais de toute religion.

Jeune adulte, je lisais le coran, le talmud et la bible, non par accès mystique ou révélation divine mais afin de parfaire mon éducation générale et dans un but purement intellectuel.

Je m’informais également sur Luther et les évangélistes, sur les Orthodoxes, sur Bouddha et ses dérivés.

J’en concluais que ‐ et je revendique le droit de penser que – n’en déplaise à tous les culs bénis de la terre :

– La religion catholique est une secte qui a réussi

– Le Vatican est une entreprise dont le meilleur chef d’entreprise, si j’en crois les adeptes, a été un Polonais, béatifié et canonisé il y a quelque temps, qui avait un si grand sens du show business qu’il était surnommé « pape star » et qui circulait dans une papa mobile !

– Jésus et les apôtres étaient une bande de potes qui aimaient festoyer autour d’une grande table. Jésus était le meneur de la bande parce qu’il y a toujours un meneur dans les bandes. Malheureusement, il y eu un salaud parmi les potes. Mais qui n’a pas été trahi au moins une fois dans sa vie par ce qu’il croyait être un ami ? Pour Jésus cela s’est très mal terminé

– Continuer à dire vierge Marie après avoir donné naissance à Jésus et la conception virginale de Jésus relèvent du foutage de gueule et il faudrait arrêter de nous prendre pour des cons

– Les textes religieux sont des contes tantôt merveilleux tantôt atroces et cruels

– La religion, quelle qu’elle soit, n’avait, avant l’apparition des sciences, qu’un seul but : expliquer les phénomènes inexplicables qui faisaient flipper l’humanité depuis son existence et rassurer cette humanité ignare, grâce à des croyances surnaturelles

– Depuis que la science fournit des explications rationnelles aux orages, aux comètes et autres bizarreries climatico‐spatio‐existentielles‐temporelles qui inquiétaient l’Homo Sapiens depuis des siècles, il n’y a plus aucune raison de croire en quelque divinité que ce soit

– Au nom de la religion, depuis des siècles, l’homme peut tout aussi bien tuer à tout va que construire des merveilles architecturales et jamais, je ne participerai de quelque manière que ce soit à cette ambivalence digne d’un traitement psychiatrique

– Sans un monde totalitaire où il serait obligatoire d’adhérer à une croyance religieuse, et si tant est que ce monde totalitaire permette de choisir, je choisirais, par défaut, le bouddhisme car ce n’est pas une religion mais une science de l’esprit et les bouddhistes, contrairement aux autres pratiquants des grandes religions, n’exercent aucun prosélytisme et ne tuent pas au nom de leurs croyances. Les athées non plus n’exercent aucun prosélytisme et n’emmerdent pas les autres avec leur athéisme

– Les protestants sont bien trop rigides pour mon goût, le meilleur exemple que je connais fût un premier ministre démissionnaire qui était vraiment très coincé et pas rigolard du tout

– Croiser des belphégores dans les rues me mets extrêmement mal à l’aise et il faut arrêter les conneries, soit les hommes se déguisent également en belphégor au nom de l’égalité, soit femmes et hommes circulent à visages et têtes découverts et habillés sans signe distinctif de religion. Il ne devrait pas y avoir d’autre choix possible

– On vit parfaitement bien sans religion et il n’est pas nécessaire de croire au divin pour respecter l’autre, être attentif, ne pas se comporter comme un abruti et aider l’autre quand l’occasion se présente

– Il est scandaleux que la messe du dimanche soit diffusée sur une chaîne publique alors que nous vivons dans un pays laïc et que mes impôts servent, en partie, à rémunérer les écoles privées catholiques sous contrat d’association avec l’Etat

– La religion a, dans l’histoire de l’humanité, généré plus d’obscurantisme que de progrès

– Les fanatiques, intégristes religieux et autres fous des dieux existent dans toutes les religions

Amen !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 4 commentaires

Chronique parisienne de Toniachka (4)

Des gourous du développement durable 

Que s’est‐il passé, en si peu de temps, pour que notre monde fût autant affecté par le CO2 ?

Ce gaz inoffensif aux faibles concentrations, présent dans notre atmosphère, est devenu, en
quelques années, le guide suprême de nos existences, le dictateur absolu, le Duce, le Führer
bref, le nouveau Néron.

En  effet,  sa  nature  gazeuse  et  donc  insaisissable,  l’apparenterait  plutôt  à  une  créature
mystique plus proche du Dieu vengeur punissant les hommes de leurs péchés que du tyran
ordinaire.

Bien  entendu,  comme  toute  créature  divine,  il  n’est  rien  sans  ses  disciples  ou  ceux  qui
prétendent  l’être  :  j’ai  nommé  les  écologistes,  pas  les  vrais,  pas  ceux  qui  étudient
sérieusement les problèmes réels, non, je veux parler de ceux qui passent à la télé.

Mon premier contact avec l’un de ces individus fût fortuit. Un de mes amis, avait reçu en
cadeau un bouquin aux photos assez jolies et appelé « La terre vue du ciel ».

Poussée par la curiosité, je m’informais sur cet ouvrage et découvrit le nom de l’auteur : Yann
Arthus Bertrand.

Palsambleu ! Pour être affublé d’un nom pareil, la famille ne devait pas se prendre pour de la
merde en sachet !

Trois clics de souris sur internet me confortèrent : la famille était dans la joaillerie, j’avais vu
juste.

J’appris ainsi qu’après une brève carrière d’acteur dont il ne me paraît pas être sorti de joyaux
impérissables, il avait voué sa carrière à la photo après avoir géré une réserve naturelle. Fort
bien.

Par la suite, j’oubliais le personnage jusqu’à sa réapparition écologique il y a quelques années.

Le ton avait changé.

L’heure était grave et la mise en accusation sérieuse. Cet homme m’avait déclarée coupable
de tous les maux simplement parce que je prenais une douche tous les jours, deux fois par
jour même parfois, que je générais trop d’emballages en carton, que j’avais une voiture que
j’entendais utiliser (au prix qu’elle m’a coûté !) et que de temps à autre, je jetais dans la
poubelle le reste de pâtes que je n’avais pas mangé.

Je replongeais dans la biographie de ce personnage afin de m’informer depuis quand il avait
repris ses études pour posséder une aussi admirable analyse du problème et des solutions à
apporter.

Que nenni ! Il avait passé son temps à survoler la planète en long et en large, ses mois de
janvier à couvrir le rallye Paris Dakar, bullé à Roland Garros au mois de juin et arpenté les
allées du salon de l’agriculture en février. Diantre ! Que d’empreinte carbone et le gars de me
reprocher de me laver tous les jours !

J’espère qu’il n’avait pas fait de mauvaise rencontre au salon de l’agriculture car il m’avait été
rapporté qu’avait circulé un sinistre individu qui disait « casses toi  pauv’con » à  ceux qui
refusaient de le saluer. Mais ce sont vraisemblablement des fables dans le genre de celles
qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur.

Pour revenir à notre YAB, nous avons maintenant une bonne vision de l’application qu’il peut
faire à lui‐même de ses préconisations pour les autres.

Bon, on peut au moins lui accorder le mérite de s’être farci durant dix ans de suite sur le Dakar,
un crétin patenté du calibre de GH (je vous laisse deviner qui est GH) ce qui lui accorde toute
ma compassion.

Mais la cerise sur le gâteau en ce qui concerne notre grand homme, arriva tout à fait par
hasard sous la forme d’une conversation avec une copine qui avait assisté à une conférence
organisée par son entreprise. Il devait intervenir en fin de journée pour un cachet que la
confidentialité et surtout la décence m’interdit de dévoiler mais très largement supérieur à
mon salaire annuel.

Il prit la parole cinq minutes environ avant de prétexter un rendez‐vous important (un truc
mieux payé ailleurs) et de laisser la parole à l’un de ses sous‐fifres qui enfonça des portes
ouvertes pendant l’heure que dura son intervention.

Le type le mieux payé du monde n’est pas Bill Gates. Au tarif horaire, il est enfoncé par YAB !

Mon enquête aurait été bien incomplète si je ne m’étais point intéressée au second donneur
de leçon qui squattait abondamment nos écrans à une époque, plats si vous avez les moyens,
je veux bien sûr parler de Nicolas Hulot.

Le nom est plus sympathique, plus peuple, et on se dit que ce personnage devrait moins nous
prendre de haut. Je connaissais évidemment la partie émergée de l’iceberg sous la forme de
ses reportages au nom totalement imprononçable d’une contrée reculée d’Amérique du sud,
où je ne poserai jamais mon 36 fillette et diffusés par une chaîne nationale. Une rapide lecture
de sa biographie m’informa qu’il avait pour point commun avec le précédent d’avoir, lui aussi,
fait un Paris Dakar.

Décidément cette course poussiéreuse suscite les vocations, à moins qu’il n’y ait un micro
climat.

J’appris également qu’il animait une chronique motocycliste sur France Inter dont le titre
évocateur était : « la poignée dans le coin ». Fichtre, un titre pareil aujourd’hui lui vaudrait à
minima 48 heures de garde à vue.

Cet ex « rejeteur de CO2 » converti à l’écologie, me valut deux grandioses crises de rire.

La première lorsqu’il se mit en tête de faire un petit tour dans un avion de chasse pour un
reportage dont il devait assurer le commentaire. Au bout d’une minute de vol environ, notre
athlète avait gerbé dans son casque avant de préférer s’évanouir pour ne pas voir la suite.

De là doit lui venir son aversion pour les transports peu économes en énergie et son amour
du pousse‐pousse.

La seconde fut l’inénarrable blague téléphonique de Lafesse qui réussit à faire croire à une
brave dame que Nicolas Hulot remontait par les canalisations et apparaîtrait bientôt dans sa
cuvette de WC. Ce que peut faire la notoriété ! Je ne sais pas si le droit de vote pour tous est
une bonne chose, il devrait y avoir un permis de vote.

De petits détails m’interpellaient sur la cohérence du personnage. La chaîne qui diffusait son
émission  fétiche  vivant  exclusivement  des  recettes  publicitaires  procurées  par  ses
annonceurs. Je m’interrogeais alors sur son degré d’indépendance au cas, fort improbable je
vous l’accorde, où son propos aurait été contraire aux intérêts de ces derniers.

L’émission devant être onéreuse du fait de voyages lointains, et de l’utilisation de moyens de
transport parfaitement écologiques du type avions, hélicoptères et volumineux 4×4, cette
chaîne avait besoin de sponsors pour arrondir ses fins de mois. C’est d’abord Rhône Poulenc
qui  s’y  colla,  ancêtre  commun  d’Aventis,  spécialisé  dans  la  chimie  pharmaceutique,  et  de
Rhodia œuvrant dans une chimie plus lourde avant que le flambeau ne soit repris par EDF et
L’Oréal. Rien que de grands philanthropes ! Ce mélange des genres me laissait perplexe.

L’écologie  médiatique  d’aujourd’hui  a  ceci  d’étonnant  qu’elle  est  portée  presque
exclusivement par de gros pollueurs repentis ou par des entreprises désireuses de repeindre,
en vert, leurs activités, un peu comme si pour devenir flic il fallait absolument passer par la
case malfrat. Il est certain, qu’après avoir fait fortune en exploitant la crédulité et le sentiment
de culpabilité du citoyen moyen pendant vingt ans, certaines mises en application de leurs
préceptes deviennent plus faciles. Il est, ainsi, plus aisé d’aller bosser à TF1 en vélo si on habite
un hôtel particulier dans le 16ème que si on habite une tour HLM à Sarcelles.

J’allais oublier le dernier écolo médiatico‐drôlatique, un des plus emblématiques, qui voulait
faire la révolution en 68, changer le monde et nous faire vivre à la cubaine. Le voilà aujourd’hui
qui vient nous donner de nouvelles leçons, quarante ans plus tard, après il est vrai, avoir subi
une assez longue éclipse dans un pays voisin avec qui nous avons une relation du type : « je
t’aime moi non plus ».

Il est venu nous expliquer, sans rire, qu’il était favorable à un péage urbain à Paris au prétexte
que la circulation y était catastrophique. Puis‐je émettre l’opinion que si les élus à la mairie de
Paris ainsi que ceux d’autres villes ne s’étaient pas évertués depuis près de dix ans, à empêcher
toute circulation par des aménagements saugrenus, le problème ne serait peut‐être pas aussi
crucial ?

Cependant, force est de constater que ça marche et, bien pire encore, les décisions les plus
abracadabrantes, que dis‐je, abracadabrantesques, deviennent, pour le grand public, force de
loi.

Ainsi :  :

‐  Il faut acheter des voitures, soutenir nos constructeurs en difficulté pour sauver nos emplois,
mais il est très mal vu de les utiliser. Trop polluantes, trop encombrantes dans nos villes et
trop dangereuses car comme chacun sait, nous sommes tous des irresponsables qui ne savent
pas conduire, leur destin est nécessairement de finir enroulées autour d’un arbre et elles sont
donc à bannir. Ainsi, voyez uniquement dans l’achat de votre prochaine voiture, un acte de
soutien aux actionnaires de Renault ou de PSA

‐  Il faut se chauffer au bois, c’est plus sain. Je ne sais pas si le maire de Paris apprécierait de
me  voir  scier  les  quelques  platanes  maigroulets  situés  devant  mon  immeuble  mais  cela
pourrait être amusant et puis cela éviterait de voir quelques voitures s’enrouler autour. Je
rappelle que la combustion du bois est tout aussi, voire plus polluante que celle du charbon.
Je connais l’argument massue de l’écolo de base qui m’expliquera que, durant sa vie, l’arbre
a absorbé plus de CO2 que durant sa combustion, ce à quoi je rétorquerais : « Et si on le laissait
sur pied ? »

‐ Il faut prendre les transports en commun. A l’heure de l’individualisme forcené, c’est le seul
lieu de collectivisme non seulement toléré mais fermement recommandé. Qu’importe qu’ils
soient  saturés,  puants,  sales,  peu  pratiques  et  peu  fiables,  il  s’agit  d’un  acte  citoyen
incontournable. Allez hop ! Tous dans la bétaillère !
‐ Il faut de la croissance, c’est à‐dire produire plus : plus d’objets inutiles, plus de placebos
pour  lutter  contre  la  vieillesse  et  les  chairs  flasques  (certains  sponsors  précités  ne  vivent
presque  exclusivement  que  de  ce  mirage)  et  de  pseudo  solutions  du  genre  éoliennes,
panneaux  photovoltaïques  ou  bouse  de  vache  à  la  production  poussive  et  inversement
proportionnelle au taux d’aide qui leur sont accordées

Tout cela, bien sûr, financé par un contribuable apathique et des clients d’EDF captifs. Ceux
qui payent des impôts et ne s’éclairent pas à la bougie paieront deux fois.

Ce  ne  sont  que  quelques  exemples  mais  ils  démontrent  à  quel  point  une  immense
schizophrénie s’est emparée de ce monde qui veut tout et son contraire.

Remarquez, cela nous vaut de très grands moments télévisuels.

Ainsi cette illuminée ayant subitement décidé de vivre dans une yourte sur des  sommets
enneigés et se lavant à la neige fondue ou ces étudiants bobos stockant leur compost dans la
commode du séjour de leur studette de 18m² en attendant que les vers accomplissent leur
œuvre.  L’idée  que  la  vermine  grouillante  qui  peuple  ce  tiroir  se  développe  dans  mon
appartement me fait frémir.

A bon entendeur salut !

xxx

 

Vous aimez les humeurs de Toniachka? Non? Dans tous les cas, n’hésitez pas à lui laisser un commentaire…

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 0 commentaire

Chronique parisienne de Toniachka (3)

Souvenir, souvenir – D’un concert de Peter Gabriel

En octobre 2013, Peter Gabriel était à l’affiche du POPB.

Pour les quelques provinciaux attardés des territoires reculés pour lesquels je prends mon passeport et demande un visa pour m’y rendre, qui l’ignoreraient, il s’agit du Palais Omnisport de Paris Bercy.

Une espèce de pyramide tronquée avec de la pelouse sur les faces latérales et arrières. Le type qui s’occupe des espaces verts là‐bas est un héros, l’Indiana Jones des paysagistes.

Je ne sais pas qui a eu l’idée du nom Palais Omnisport de Paris Bercy dont la contraction est imprononçable, mais je soupçonne que c’est le même que celui qui a lancé un concours d’idées lors de la création du grand stade pour la coupe du monde de 1998.

Après des mois de cogitations intenses et de consultations internet, il en est sorti le grandissime « Stade de France ». Mais où sont‐ils allés chercher cela ? Il est toujours rassurant de constater que nos élites servent à quelque chose.

Mais je m’égare …

Mon époux et moi avions acheté nos places plusieurs mois à l’avance car de nos jours, à Paris, et quand bien même il se serait agi d’un spectacle de troisième zone, vous devez savoir le 15 septembre ce que vous ferez le 12 avril de l’année suivante.

Je sais, ce n’est pas toujours évident mais c’est la rançon de la concentration urbaine.

Cependant, pour les petits malins organisateurs de spectacles, c’est aussi un bon moyen de piéger quelques gogos dont j’ai malheureusement fait partie ce soir‐là.

En effet, subissant toujours ma tare congénitale « seventies », j’avais gardé en mémoire de ce magnifique musicien la période Genesis de la grande époque et les six premiers albums solos qui avaient suivi, dont l’originalité et la beauté me font encore frissonner aujourd’hui.

Du fait de l’affluence prévisible, il était hors de question d’attendre la sortie du dernier album pour réserver des places et c’est là que se situe le traquenard.

Quelques jours avant la date du concert, j’entends dire, par hasard, que l’intégralité du dernier disque est constituée de reprises de chansons plus ou moins connues de vieilles gloires oubliées dans le genre Paul Simon, Neil Young ou Randy Newman.

Ce fût la consternation.

Comment un musicien à l’originalité légendaire, un créateur de sons et de rythmes de son envergure pouvait‐il se laisser aller à réinterpréter des chansons d’artistes bien moins talentueux que lui ?

Cependant, l’espoir demeurait, ma naturelle confiance dans son talent me disait qu’il avait certainement transformé tous ces vieux morceaux un peu désuets en une splendide explosion sonore.

Un second soupçon s’immisça dans mon esprit lorsque j’appris que l’intégralité du concert serait jouée avec un orchestre symphonique, l’orchestre de Radio France, qui avait trouvé là le moyen d’arrondir les fins de mois difficiles générées par les cachets maigrelets de la radio publique.

Dans ma grande naïveté, mais il était trop tard pour reculer, je me rappelais que Deep Purple et quelques autres s’étaient essayés avec une certaine réussite à l’exercice et que notre surdoué de Peter ferait le reste.

Après le sempiternel passage par la case « sécurité » qui consiste à faire contrôler son billet par un grand gaillard de cent kilos, je m’installais sur un siège particulièrement dur et inconfortable. C’est à ce genre de détail que je constate à quel point les seventies sont loin et que je me suis embourgeoisée.

A l’époque, les concerts c’était : debout dans la fosse pendant quatre heures dans une salle totalement enfumée et dans une bousculade indescriptible. On trouvait ça magique.

Je me souviens d’ailleurs très bien de la première fois où j’ai assisté à un concert de Peter Gabriel. C’était pour la sortie de son troisième album qui reste, à ce jour, un joyau du rock et qui présente la particularité de ne contenir aucun son de cymbale.

Réécoutez‐le, vous verrez que je dis vrai.

A cette époque, en première partie, je découvrais le groupe Simple Minds qui effectuait ses débuts dans la cour des grands. Rassembler autant de talents en un seul concert eût pour moi le même effet que si j’avais dîné le soir même en compagnie de Dostoïevski, Gandhi et Kundera.

Derrière moi, un genre de mi‐punk, mi‐hippy tirait comme un forcené sur un pétard aux dimensions aussi surréalistes que le membre de Rocco Siffredi. Effet garanti, il avait rendu stone la moitié de la salle. Je ne sais si son herbe était de mauvaise qualité ou si sa constitution était un peu trop sensible, toujours est‐il que soudainement, il se mit à vomir abondamment en m’aspergeant copieusement le dos. Au moment où j’allais insulter cet imbécile, le martèlement du rythme d’Intruder commença, ce qui calmât mes ardeurs.

L’entrée sur scène de Peter Gabriel et de ses musiciens se fit par le public ce qui l’obligea à fendre une foule dense et proche de l’hystérie et, accessoirement, de prendre un bon quart d’heure avant que tout le monde ne soit en place.

Un grand moment !

Mais je me suis encore égarée …

Revenons au concert de 2013.

Je me posais sur mon fauteuil et alors que la première partie avait déjà commencé. Sur la scène, j’assistais au dernier morceau d’une blonde un peu rondouillette, seule en piste, le popotin posé sur un tabouret et gratouillant péniblement quatre accords de guitare sèche.

C’est devenu la grande mode, on appelle ça un concert acoustique, et cela a le mérite de ne pas coûter cher. Enfin, passons ‐ mais je ne pense pas que Peter ait découvert la nouvelle Patti Smith ce soir‐là.

La lumière s’étant ensuite rallumée avant l’arrivée de « The Artist », j’avais tout loisir pour observer la salle. Je mesurais la dégringolade. Les esprits moins chagrins diraient l’évolution.

Tout le monde était sagement assis. Pas la moindre volute de fumée, par la moindre tenue vestimentaire déjantée, pas le moindre look expérimental, si ce n’est quelques cinquantenaires jouant à « la garde meurt mais ne se rend pas ».

L’impression générale qui ressort des spectacles auxquels j’assiste est de vivre dans un pays ménopausé. La moyenne d’âge au théâtre frise la soixantaine et bien qu’elle fût un peu inférieure à Bercy en 2013, je dus me rendre à l’évidence que Peter n’arriverait pas à ce concert à travers les allées et que je ne retrouverais pas la magie de la première soirée de 1981.

Un spectateur sur deux ne trouvait rien de mieux à faire que de tapoter frénétiquement sur les touches de son téléphone portable. Si j’avais pu détourner la recette des SMS envoyés durant ces quinze minutes, je crois bien que j’aurais pu prendre ma retraite.

Qu’ont‐ils bien à se raconter ? Mystère ! Je les soupçonne d’écrire par pur emmerdement ou pour faire semblant d’avoir des problèmes importants à traiter. De nos jours, dans notre société, il est mal vu d’attendre à ne rien faire. Ce n’est pas la France qui bouge, ce n’est pas la France qui gagne dirait un nain de ma connaissance. Remuez‐vous, remuez‐vous, ça ne sert à rien mais ça masque l’indigence générale.

J’en étais là de mes réflexions lorsque la lumière s’éteignit et que le rideau se leva. Des applaudissements nourris saluèrent l’entrée de Peter sur scène, ce qui était bien la moindre des choses.

Je pris immédiatement une première claque. Peter avait vieilli. Il faisait même vraiment vieux.

La deuxième fois que je l’avais vu, ce devait être en 1994. Il était fin, élancé et il avait des cheveux. Je sais, ce n’est pas très important pour chanter mais j’ai été bercée toute mon adolescence par les riffs de hard‐rockers chevelus ce qui explique mes perceptions musico‐capillaires.

Il s’était laissé pousser un petit bouc blanchi par l’âge ce qui lui donnait une allure de Sean Connery vieillissant. Et puis il avait grossi. Ce n’était certes pas encore Demis Roussos mais il y avait de l’idée.

Vous direz que, si le physique avait un quelconque rapport avec le talent, il y a longtemps qu’Adriana Karambeu aurait eu le prix Nobel.

Quoique, comme me le faisait remarquer l’homme qui me supporte au quotidien : « Adriana, elle a pris un petit coup de vieux ».

Monsieur Gabriel, lorsqu’on a que cela à faire, s’entretenir pour son public, on fait un petit effort.

Il portait un genre de haut de survêtement avec la capuche qui lui pendait dans le dos, un truc dans le style « petites frappes zivala » du 9.3 qui envahissent le forum des halles à la nuit tombée.

Le concert débuta. L’orchestre était pléthorique. Autant de monde pour faire un peu de musique aurait rendu malade n’importe quel gestionnaire d’entreprise avisé et une réduction drastique des effectifs aurait immédiatement été envisagée.

Les chansons s’enchaînèrent sans aucune interruption, toute sur le même ton monocorde et sans aucun rythme. Je ne distinguais pas les morceaux les uns des autres et tout cela était d’une platitude à endormir un Bernard Tapie chargé à la Wonder.

Le plus surprenant était que le public semblait apprécier le pathétique spectacle. Des applaudissements nourris m’indiquaient que nous allions changer de morceau. Les rares moments où les flasques mélodies prenaient un peu d’amplitude, la réverbération dans la salle transformait la musique orchestrale en une gigantesque cacophonie d’où il était impossible de distinguer quoi que ce fût.

Peter ne bougeait pas d’un pouce sur la scène, il était planté là, sans vie, sans âme. Il me signifiait lui aussi que les belles années étaient derrière moi, que c’était fini la rigolade, la débauche des sens et le frisson du rock.

Enfin, l’arbitre siffla la mi‐temps. Je regardai autour de moi, tout le monde semblait content, mon époux et moi mis à part. Il est comme moi, un peu « mauvais public », ce doit être une des raisons pour laquelle je l’aime.

Je spéculais que tous ces gens n’avaient jamais vu Peter auparavant. Ou alors ils étaient tous frappés du syndrome du voyageur.

Connaissez‐vous le syndrome du voyageur ? C’est une maladie extrêmement répandue en Europe Occidentale et dans les milieux un peu aisés, en tout cas suffisamment aisés pour partir en vacances ce qui je vous l’accorde, se fera de plus en plus rare après le passage de la crise (encore une). Cette affection, le syndrome du voyageur, interdit ceux qui en sont frappés de porter le moindre jugement un tant soit peu objectif, voire négatif, sur leurs vacances. Tout était beau, tout était intéressant, tout était bon, tout le monde était charmant et en plus, on l’a eu sur internet à prix canon.

Dès lors qu’on a payé, et encore plus si c’était cher, cela doit être inoubliable un point c’est tout.

Mais je suis convaincue que vous n’avez jamais entendu de telles sornettes de la part de vos fréquentations.

Toujours est‐il que l’envie de quitter la salle durant l’entracte me taraudait mais comme un ami nous accompagnait, je décidai de ne pas faire honneur à ma réputation de mauvaise coucheuse et je restai sagement à ma place à contempler les torrents de SMS qui s’envolaient sur les ondes.

Le spectacle reprit. Je gardais un secret espoir d’amélioration du fait qu’il allait, enfin, chanter ses propres chansons et qu’on était là pour ça.

Il débuta sur « San Jacinto », morceau emblématique du quatrième et probablement meilleur album de sa carrière. La déception ne tarda pas. Envolées les sonorités de guitares distordues du refrain, évaporé le rythme endiablé de la fin. Il ne restait qu’une immonde, informe et sirupeuse interprétation de ce chef d’œuvre, ânonné par un pseudo orchestre symphonique un peu aphone.

Le moral était au plus bas, la dernière espérance s’était envolée et j’allais devoir subir pendant plus d’une heure le massacre de Peter Gabriel par lui‐même.

J’ai eu, à ce moment‐là, la même impression que lorsque j’avais enduré « Another brick in the wall » joué par un orchestre musette. Je vous l’assure, c’est du vécu.

Je pris mon mal en patience en attendant de pouvoir sortir.

Enfin, la récréation sonna. Je sorti au bras de mon cher et tendre et nous échangeâmes sur le génocide qui venait de se dérouler dans nos oreilles estourbies. Je lui dis que tout cela m’avait donné l’impression d’entendre du Chopin à la cornemuse.

A ce moment, une petite bonne femme boulote se tourna vers moi et d’un ton péremptoire m’asséna : « mais ce n’était pas du Chopin !»

Rideau !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 0 commentaire

Chronique parisienne de Toniachka (2)

De mon enfance politique

Je crois que mon plus vieux souvenir politique fut la mort de Pompidou. J’étais extrêmement triste ce jour‐là. Non pas à cause de Pompidou mais mon hamster était également mort dans la nuit, un fidèle compagnon de route depuis plus de trois ans m’avait quitté et je pleurais toutes les larmes de mon corps.

D’un autre côté, la mort de Pompidou avait du bon. Grâce au Deuil National, appelé ainsi pour nous signifier que l’heure était grave, nous avions une journée de vacances en plus.

J’étais encore enfant et cette double prise de conscience de la fragilité de l’existence m’avait un peu ébranlée.

Plus attristée par la disparition de Mickey, le hamster, que de cet homme, je m’enquerrais tout de même auprès de mes parents de l’importance de la perte que la nation disait‐elle, venait de subir.

Je fus très vite rassurée.

Ils m’expliquèrent que c’était globalement un vilain type, qu’il était de droite et que, dans tous les cas, ce n’était certainement pas lui qui aurait amélioré les conditions de vie des travailleurs, que de nouvelles élections auraient lieu et que peut‐être le grand soir allait enfin arriver. Et que, comme la place était bonne, il y aurait toujours quelqu’un pour la prendre.

C’était ma première expérience d’une donnée physique fondamentale : la nature a horreur du vide.

Vous l’aurez compris, mes parents étaient communistes, pas des fanatiques ou des exaltés, même pas des militants, juste des électeurs convaincus comme vingt pour cent de l’électorat d’alors. Je sais que vous ne me croyez pas mais je vous l’assure, je vous le jurerais même sur la bible si j’étais croyante : à cette époque, le parti communiste récoltait vingt pour cent des suffrages dans notre beau pays.

J’étais une enfant très sage à l’époque, contrairement à ce que vous pourriez penser, et jamais oh grand jamais, je n’aurais pu mettre en doute la clairvoyance de mes parents dans leur vision du monde et de la justice sociale.

Ils m’expliquèrent qu’il fallait que ceux qui travaillent défendent âprement leurs intérêts contre des individus sans scrupules prêts à les mettre en esclavage sous la forme de réformes déguisées les conduisant inéluctablement à des régressions sociales, de contrats de travail à temps « saucissonné », de stages parking à l’ANPE ‐ c’était l’appellation de l’époque, le nom a changé et le nombre des membres du club également ‐, rémunérations indignes, traitements dégradants et licenciements abusifs.

Nous en étions là. Les élections se profilaient et le concept de crise venait de faire son apparition dans cette période où tout semblait fluide, où tout était possible, où même les pauvres pouvaient espérer devenir riche un jour. Bref, un monde à faire pâlir de jalousie les studios Disney.

Cette crise m’inquiétait, c’était une tâche sombre dans mon ciel d’azur. Mon entourage ne parlait que de cela. La pénurie d’essence, le froid des hivers sans chauffage me faisaient frémir et comble de l’horreur, certains affirmaient que les crises s’étaient toujours terminées par la guerre.

Roger Gicquel, qui nous a quittés, ne saura jamais à quel point il a traumatisé l’enfant que j’étais, par les funestes prévisions de son journal télévisé. Je ressassais dans ma jeune tête les récits des bombardements contés par ma grand‐mère, les rutabagas et les topinambours envahissant nos assiettes ‐ légumes remis à la mode par des écolos bobos ‐ et l’ordre en kaki dans les rues. Plus de trente‐cinq ans plus tard, je suis totalement rassurée, on peut vivre trente‐cinq ans en crise sans guerre chez nous.

La crise, qui me poursuivrait jusqu’à aujourd’hui, débutait et l’élection qui s’annonçait revêtait la plus grande importance pour en sortir. C’est à cette occasion que je découvris les vertus du communisme.

Il faut dire qu’à cette période, le parti communiste était porté par l’emblématique Georges Marchais, sorte de Robin des bois politique à l’expression approximative mais à nul autre pareil pour accaparer l’auditoire.

De mes yeux d’enfant, un homme qui se battait pour la justice sociale et voulait prendre aux riches pour donner aux pauvres ne pouvait être mauvais. Il y avait quelques rumeurs faisant état que, dans les pays ayant adopté le système communiste, tout n’était pas si rose, que de fortes têtes auraient pu être « goulaguisées » et qu’il y aurait même des dissidents et des inconscients qui tentaient, à Berlin, de franchir un mur qui les protégeaient des affreux capitalistes américains mais, sur la lancée de mai 68, et le souffle de liberté qui en découlait, ces broutilles étaient balayées d’un revers de la main et, une lutte sans merci s’engagea entre le camp du progrès et l’immobilisme symbolisé par un faux aristocrate dont on ignorait, à l’époque, l’appétit sexuel pour les princesses britanniques.

Il faut rendre à Valery ce qui lui appartient et reconnaître qu’il nous a légué un des plus magistraux slogans de campagne : « le changement dans la continuité » !

A travers cette accroche, on peut, si on fait preuve d’un minimum de perspicacité, deviner les prémices d’un des grands maux de notre époque qui consiste à ne plus rien dire de concret et à promener son interlocuteur dans des circonvolutions faisant perdre tout sens à son propos.

Ainsi, les aveugles ont totalement disparu, non pas qu’ils y voient mieux mais ils sont aujourd’hui dénommés « non‐voyants » ou, pire encore, « malvoyants ». Les femmes de ménage sont devenues des agents de propreté et bizarrement, les sourds qui ont disparu eux aussi, sont appelés « malentendants » ce qui est tout de même prendre quelques libertés avec la langue de Molière et suggère que plus personne ne peut être sourd comme un pot.

A bon entendeur… J’ai donc proposé, ainsi que d’autres avant moi, de remplacer le terme de « con » par celui de « mal comprenant » ne serait‐ce que par respect pour le sexe de la femme dont ce mot argotique est issu et dans lequel, quelques‐uns d’entre vous ont, je l’espère, passés d’agréables moments.

Cette élection fut aussi l’occasion de voir apparaître quelques figures pittoresques du monde politique, sous la forme d’une banquière prolétaire du Crédit Lyonnais, d’un ancien parachutiste borgne éructant et vociférant des propos pour le moins douteux ainsi que l’ancêtre spirituel d’un facteur de Neuilly débordant d’énergie (le facteur, pas l’ancêtre !).

Pour les non spécialistes, je tiens à informer le lecteur qu’à l’époque, il y avait un candidat visiblement traumatisé par mai 68 qui se réclamait de l’ordre moral et voulait interdire les films pornos dans sa ville et dans tout le pays, s’il était élu. En écrivant ce texte, j’ai cherché à savoir s’il était toujours en vie ‐ Jean Royer ‐ Wikipédia m’a affirmé que oui. J’espère que personne ne lui a dit ce que bon nombre de surfeurs font sur internet, cela le ferait mourir prématurément.

Le grand soir arriva. Les qualifications avaient été une formalité pour Mitterrand et VGE et le suspens qui se présentait pour la finale était à couper le souffle. La bouteille de Champagne était au frais et une grande fête se préparait si notre représentant sortait vainqueur. Tout le monde était fébrile et attendait pour une fois, avec impatience, de voir apparaître la tronche d’Elkabach, journaliste frondeur qui, pour ceux qui ne le connaîtrait pas, demanda à l’Elysée s’il pouvait embaucher ou non tel ou tel journaliste à Europe 1. Si l’affaire du Watergate était tombée sur Elkabach, Nixon aurait pu dormir sur ses deux oreilles pendant des décennies.

Les résultats s’affichèrent et la déception sur les visages aussi. La bouteille resta au fond du frigo (à l’époque, ça ne s’appelait pas encore un réfrigérateur) et toute l’assistance rentra dépitée.

Je fus déçue ce soir‐là mais je me dis que, même si sept ans, c’était long, ce n’était que partie remise et que le grand soir arriverait bien un jour.

Vous comprendrez que j’étais déjà sur la mauvaise pente.

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 0 commentaire

Chronique parisienne de Toniachka (1)

Parce qu’il faut bien commencer quelque part

Je suis une enfant des années 70. Vous savez, cette période reculée pendant laquelle on pouvait rouler à 200 kilomètres heure sur l’autoroute, faire du scooter sans casque et s’en griller une au comptoir du bistrot du coin.

Autrement dit : une miraculée !

Lorsque je regarde dans le rétroviseur ‐ j’ai le temps maintenant en roulant à 40 kilomètres heure ‐ je me dis qu’à un certain moment, quelque chose a échappé à mon contrôle.

Pourtant, j’ai tout bien fait comme il faut : une scolarité brillante, j’ai décroché mon bac avec mention très bien à 17 ans puis j’ai « tiré » quatre ans d’études supérieures et ai obtenu ce qui, dans l’hexagone, est considéré comme sacro‐saint : un diplôme.

Certains diraient : « j’ai eu ma dose ».

J’ai vécu mon adolescence durant cette fastueuse période, où le monde qui m’entourait était en pleine ébullition artistique, où Led Zep passait à la radio, où les Italiens faisaient du cinéma et où on voyait des pubs de lessive à la télé de l’ORTF.

Avez‐vous remarqué qu’aujourd’hui, les spots vantant des produits de base tendent à disparaître ? Bien sûr, la mère Denis nous a quittés mais tout de même ! Où sont les ingénieurs en blouse blanche nous démontrant, courbe à l’appui, l’ingéniosité de leurs nouveaux procédés ? Que sont devenus les fabricants de Banga, les pizzas Vivagel chères à Coluche et à Jacqueline Huet, les rôtis du Père Dodu ou les lessives maousses costaudes et toute rikiki ?

A cette époque, Caterpillar fabriquait des bulldozers, pas des chaussures à l’esthétique plus qu’improbable mais tellement « in ».

Nous vivons désormais dans l’ère technologique et avec elle, nos besoins de base semblent avoir disparu. Plus besoin de manger, si ce n’est pour se soigner aux Oméga3 et sans gluten, plus besoin de se vêtir, si ce n’est pour défiler pour la collection d’hiver qui je vous le rappelle, est présentée en été.

Place à la téléphonie mobile, à internet, aux réseaux sociaux et aux banquiers qui sont devenus assureurs et opérateurs téléphoniques pour notre plus grand bonheur.

Que s’est‐il passé durant ces quarante années pour assister à une évolution aussi démesurée du monde qui m’entoure ? A moins que ce ne soit moi qui ait changé et qui soit devenu asociale et subversive.

J’avoue que cette question me torture depuis plus d’une décennie et que certains lecteurs préconiseront de m’envoyer fissa chez le psychanalyste du coin afin d’exorciser le mal. Car c’est bien ainsi que je me perçois dans la société d’aujourd’hui : je suis le « malin incarné » qui n’a plus sa place dans cet univers apaisé.

Une menace pour la quiétude de nos concitoyens.

Suis‐je devenue une dangereuse délinquante, la Mesrine du XXIème siècle ? Comment, me direz‐vous, une bonne fille comme vous, intégrée dans la société, cadre modeste certes mais cadre tout de même d’un grand groupe du CAC40 a‐t‐elle dérivé à ce point‐là ?

Monsieur l’Avocat Général, veuillez lire l’acte d’accusation de l’abominable individu assise dans le box des accusés. Cela risque d’être long mais le contenu est éloquent.

La prévenue devant vous :

‐ Trouve désagréable de devoir prendre l’avion ses chaussures à la main et de se faire peloter par un grand noir affublé d’un uniforme ridicule

‐ Prétend savoir conduire et à ce titre, déconnecte en permanence son ABS, son ESP, son régulateur de vitesse, ses phares et essuie‐glaces automatiques, son radar de recul, son radar anti collision et refuse la boîte noire que son assureur voudrait mettre en place sur son véhicule en prétendant que ce serait une incursion dans sa vie privée

‐ Refuse, chez Décathlon, de donner son département de résidence à la caissière, pardon… à l’hôtesse de caisse au motif qu’elle n’est pas payée pour nourrir les statistiques de ce respectable établissement

‐ Refuse d’être dirigée par « plus con qu’elle » en entreprise

‐ Lit « Le canard enchaîné » toutes les semaines avec la complicité de son conjoint qui l’a abonnée et la réabonne

‐ Pense que toute activité humaine est susceptible d’emmerder quelqu’un et qu’à ce titre, la quiétude de tous est la fin de toute vie

‐ Refuse obstinément de sauver la planète en prenant un vélib qu’elle trouve trop lourd et fatiguant à utiliser ou les transports en commun qu’elle prétend sales, inconfortables, puants et peu fiables

‐ Trouve anormal de devoir donner sa date de naissance et son numéro de portable pour effectuer un achat sur internet

‐ Ne fait pas confiance aux forces de l’ordre pour assurer sa sécurité

‐ Pense qu’on devrait organiser un championnat du monde d’athlétisme pour les blancs et des jeux olympiques d’hiver pour les noirs pour respecter la parité

‐ Ne voit pas la différence entre l’église catholique et une secte

‐ Préfère avoir des problèmes d’ISF que de RMI contrairement à la croyance populaire et à Philippe Bouvard mais n’a malheureusement pas de problème d’ISF

‐ Milite pour le retour des majorettes ‐ ça, c’est juste de la nostalgie, je les trouvais drôlement sexy avec leurs uniformes, leurs bâtons et leurs cuisses dodues –

J’en passe et des bien pires.

Vous voyez Monsieur le Juge, Mesdames et Messieurs les Jurés que le cas devant vous est d’une gravité extrême et je vous demanderai la plus grande sévérité afin d’empêcher une éventuelle contamination, à l’ensemble de notre société, d’idées subversives et de comportements asociaux.

Voilà où j’en suis, l’heure est grave mais je crois en l’être humain, je crois en vous Mesdames et Messieurs les jurés et peut être saurez‐vous m’entendre et me laisserez‐vous vous expliquer les causes de ma dérive, mon enfance facile, mes parents qui ne buvaient pas, le système scolaire qui m’a déformée et les étudiants soixante‐huitards qui m’ont pervertie.

Je vais donc, à travers quelques petits récits, vous expliquer que tout n’est pas mauvais en moi, que je suis victime des circonstances et que quarante années d’influences néfastes peuvent briser toute femme normalement constituée.

Toniachka

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 2 commentaires