Les Écrivains

Les Écrivains, leur vie, leurs œuvres, leurs passions

Chronique : De la télévision

Que le temps semble lointain où la télévision offrait ce qu’on faisait de mieux : une fenêtre sur le monde qui permettait de découvrir l’autre et l’ailleurs, une télévision à caractère éducatif, qui interpellait, étonnait, donnait à réfléchir et critiquait.

Minus sélection partisane et forcément non exhaustive, pour rafraîchir les mémoires encombrées des bêtises télévisuelles actuelles :

‐ Des débats avec « Droit de Réponse », émission née en 1981 et décédée en 1987, animée par Michel Polac, en direct s’il vous plaît, avec les dérapages incontrôlés et incontrôlables, des intervenants imprévisibles que cela induisait. Ça polémiquait sec, ça s’invectivait, ça poussait des coups de gueule mémorables, ça s’insultait, ça colérait grave dans une ambiance tabagique du feu de clopes !

Une agora très démocratique avec le droit de poser des questions, les plus embarrassantes, gênantes, délicates et le droit de répondre, en prenant son temps, en ayant la possibilité de développer sa pensée.

Avez‐vous remarqué que, de nos jours, dès que quelqu’un tente de développer sa pensée, il est immédiatement interrompu par Patrick, Pascal, Jean ? Il faut que cela aille vite, il faut exprimer, en peu de mots, des idées complexes qui, le temps étant compté, perdent leur subtilité et deviennent des idées amputées de leur sens.

Des sujets de fond, sociétaux, politiques, économiques étaient abordés et creusés jusqu’au centre de la terre, au cours de ce débat.

Feu « droit de réponse » disparût de l’antenne en 1987, à cause de plaintes de citoyens coincés, déjà très lisses et choqués ‐ oh les pauvres ! il ne leur en fallait pas beaucoup – et de membres du gouvernement de l’époque, engoncés dans la télé à Papa, qui n’ont pas accepté l’incroyable modernité de ce programme trop démocratique pour leur goût, mais avant tout, à cause d’un dessin de Wiaz montré à l’antenne à la suite du rachat de TF1 par Bouygues et qui représentait Francis Bouygues déclarant : « Une maison de maçon… un pont de maçon … une télé de merde ».

Ouille ! La vérité fait mal !

‐ Des documentaires qui feraient réagir toutes les associations de défenses de tout et de rien et les réseauteux surexcités, aptes à s’indigner pour un non et pour un oui, tels « Strip‐Tease», émission Belge née en 1985 et décédée en 2012 avec ses personnages haut en couleurs et décalés dont on montrait un morceau de vie quotidienne, d’où un autre titre donné à cette émission « Strip‐tease une émission qui vous déshabille ».

Le spectateur entrait dans l’intimité de Monsieur et Madame tout le monde pas si tout le monde que cela.

Il y avait Monsieur tout le monde qui construisait, dans son jardin, une soucoupe volante pour aller on ne sait où – aucun plan de vol ‐ et consacrait presque la totalité de son salaire mensuel à cette construction pendant que maman, qui n’y voyait rien à redire, épluchait les oignons dans la cuisine.

Il y avait le truculent Monsieur tout le monde qui avait acheté un ordinateur pour créer son site internet, rien que cela et alors qu’il n’avait jamais utilisé d’ordinateur de sa vie, et tentait de le faire fonctionner après avoir introduit le CDrom d’installation à l’envers et téléphonait à la hot line où s’ensuivait une conversation surréaliste.

Il y avait Ludovic, jeune homme de 25 ans très ambitieux, qui n’avait fait aucune école de cinéma ni ne venait de ce milieu et qui voulait produire, tourner et jouer dans son premier film avec la bagatelle de 1 000 figurants. Pour arriver à ses fins il démarchait, à Cannes, les plus grands réalisateurs et acteurs, sans scénario, et cherchait des financements.

Il y avait cet exclu de la société autoproclamé « Docteur Lulu autodidacte » qui expliquait comment bien vivre avec 45 de tension, avec une clavicule plus longue que l’autre et qui recommandait de prendre ses antibiotiques avec du bon gros rouge – ça passe mieux ainsi mon Lulu ‐ !

Une forme de télé‐réalité avant l’heure.

‐ Des émissions culturelles telles « apostrophes », émission littéraire, née en 1975 et décédée en 1990, animée par Bernard Pivot. Les plus grandissimes écrivains sont passés dans cette émission : Alexandre Soljenitsyne, Vladimir Nabokov, Milan Kundera, William Styron, Umberto Eco, le sulfureux Charles Bukowski, …

On découvrait des livres et on se sentait plus riche intellectuellement grâce aux passionnants échanges entre Pivot et ses invités.

‐ On se régalait des « Deschiens », des « Inconnus », du « Petit Rapporteur », qui assénaient des vérités sociétales et qui croquaient les travers de cette même société en nous faisant rire.

‐ Des programmes tels « Nulle Part Ailleurs », NPA pour les intimes, sur Banal +, avec Philippe Gildas, émission née en 1987 et décédée en 2001.

On a vécu de très grands moments avec l’équipe des Nuls, Antoine de Caunes, José Garcia, Karl Zéro, Philippe Vandel et les Guignols au caoutchouc désormais très mou, et qui ne font plus rire personne.

Ca délirait un max, ça fusait de toute part, ça osait tout.

Probablement l’émission la plus déjantée du PAF…

Une époque d’une richesse télévisuelle inconcevable aujourd’hui.

Cela s’est délité lentement mais sûrement.

En 2018, il subsiste quelques bonnes émissions : « Cash Investigation », qui je le crains, tant cette émission est dérangeante, ne durera pas autant que la taxe télévisuelle mariée à la taxe d’habitation que je paie annuellement, « C’dans l’air », les superbes documentaires de National Geographic pour ne citer qu’eux.

Globalement, il n’y a plus de vrais débats, le consensus mou étant la règle, plus de véritables émissions culturelles, le formatage étant de mise, plus rien qui provoque intérêt et curiosité. Aujourd’hui, les âneries déversées par toutes les chaînes‐voix de son maître sont légion.

Exemples choisis :

 Chez la télé de merde du maçon, que je ne regarde jamais, des programmes débilitants :

« Secret Story », émission de télé‐réalité de secrets de polichinelles dont on se contre‐fiche avec des candidats affligeants et incapables de faire une phrase qui teint le chemin

« la méthode Cauet » et sa beauferie, sa vulgarité, son machiste, très bas de gamme

J’ai été obligée de surmonter mon dégoût pour la télé de merde du maçon et il m’en a coûté, à un point que vous ne pouvez mesurer, de regarder ces 2 émissions afin de pouvoir écrire en connaissance de cause sur ces débilités.

J’ai cru que mes lobes frontal et pariétal allaient se dissoudre.

Alors, ne me demandez pas, chers lecteurs et lectrices, de dévoiler contenus détaillés et principes existentiels de ces émissions.

Je refuse de perdre mon lobe temporal dans un exercice descriptif inutile !

 Chez C8, l’émission « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, les mots me manquent tant c’est …………………………….. – grand blanc – Joker ! Joker !

 Chez la 3, « Poubelle la vie » la série XXL ‐n’allez pas imaginer des choses déplacées –XXL parce qu’avec un nombre d’épisodes que plus personne ne peut compter, avec des situations grotesques et des acteurs si mauvais qu’on aimerait les envoyer fissa dans une école d’art dramatique.

Et chez tout le monde, pléthore de séries aux scénarios indigents qui finissent par tous se ressembler, débitées ‐ les séries pas les scénarios – vous suivez ? ‐ en un nombre de saisons et d’épisodes tels qu’il faut sacrément s’accrocher pour mémoriser l’histoire, quand il y en a réellement une, et ne pas avoir de trous de mémoire du type, c’est qui déjà celui‐là, qui fait quoi ?.

Je ne regarde aucune série à cause de cette dérive saisonnière et épisodiaire et je pleure ‐allez, un peu de patos, ça ne coûte rien ‐ les séries d’avant parce que c’était mieux AAAAAvant, avec des histoires différentes à chaque épisode.

Il n’y avait pas besoin de suivre assidûment les séries d’antan : « les envahisseurs », « les mystères de l’ouest », « amicalement vôtre », « le prisonnier », « chapeau melon et boîtes de cuir », « x files », « le fugitif », on pouvait manquer moulte épisodes sans perdre le fil.

Et je vous épargnerai la longue liste rébarbative des films passés plus de 100 fois sur l’écran de votre poste parce que cela ne coûte plus rien, les droits étant tombés dans le domaine public. Certains de ces films sont des chefs d’œuvre mais quand on les a vu 20 fois, basta !

L’immense paradoxe est qu’il existe une multitude de chaînes et de programmes à toutes heures du jour et de la nuit par rapport à cette époque révolue – vous rendez‐vous compte qu’avec une box d’un opérateur ZYX, on a accès à plus de 100 chaînes et dans toutes les langues parlées sur cette bonne vieille terre – mais chaînes et programmes sont, sauf exception, aussi nuls les uns que les autres avec leur talk‐show où personne n’a rien à dire et où tout le monde ricane bêtement, leurs dessins animés moches comme tout, leurs bêtisiers sauce salsa, armoricaine, bechamel, et j’en passe.

Toutes les chaînes ou presque se repaissent des malheurs du monde, des catastrophes en tous genres, et on sent nos journaleux à l’affût de la « news » croustillante qui attirera le chaland lobotomisé devant sa smart TV. Il faut du sensationnel à tout prix, il faut faire pleurer dans les bicoques.

Place à l’émotion et à la sensiblerie, l’information quelle qu’elle soit, n’est plus traitée sur le fond et rarement dans la durée, elle n’est jamais mise en perspective ou rarement, seul compte l’instant présent et la « sur‐émotion » générée par le bruit du monde.

Mais soyez rassurés chères lectrices et chers lecteurs, il y a SYSTEMATIQUEMENT la cellule psy pour éponger l’émotion dégoulinante. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Enfin, il y a les reportages récurrents, ressassés à l’envie, dès fois que nous n’aurions pas tout compris :

 Le bac, avec les angoisses de nos bacheliers boutonneux puis les résultats, avec une partie des boutonneux pleurant leur échec, vite la cellule psy, la cellule psy !

 La rentrée des classes, avec les angoisses des tieutins et tieutines qui pleurent de quitter les jupettes de ManMan

 Les achats de fourniture, pour la rentrée des classes, et le sacro‐saint panier moyen dont le prix augmente d’années en années

 Les embouteillages et chassez‐croisés des vacances d’été avec des micro, non pas trottoirs, mais des « micro‐airesdestationnement » où on voit le citoyen, béat d’être interviewé, ravi à l’idée de passer sur l’écran plat – on a les plaisirs qu’on peut ‐ et ensuqué par la chaleur du bitume, expliquer qu’il s’arrête, parce qu’il faut se reposer avant de repartir affronter, de plus belle, la queue leu leu autoroutière. Il y a 4 000 km de bouchons, il fait 50° mais tout va bien, je vous l’assure !

 Les jouets de Noël et le « micro‐magasin » où le chaland se plaint des ruptures de stock du jouet convoité sur lequel des petits malins se sont rués, dès potron‐minet

 Les soldes, on voit des fous furieux se bousculer, prêts à tuer pour être les premiers à se jeter sur la marchandise qui restera ad vitam aeternam au fond du placard

A bon entendeur ‐ bon programme !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 1 commentaire

De l’absurdité et de la perte du sens

Auriez‐vous, par hasard, chers lecteurs et chères lectrices, remarqué à quel point l’absurdité et la perte du sens font partie intégrante de nos vies au point d’être devenues notre lot quotidien ?

Et qu’au fil du temps, c’est de pire en pire ?

Perte du bon sens, de la logique et d’une certaine rationalité envahissent désormais nos esprits conditionnés et formatés.

Rien de très grave, ni de mortel ou de dangereux, l’absurde, seulement l’absurde, conséquence de la bêtise et de la stupidité généralisées ?

Il y a 30 ans, les absurdités restaient relativement cadrées et cantonnées à l’Administration.

Le citoyen était confronté aux absurdités du merveilleux et immense monde de l’Administration avec ses fonctionnaires en nombre pléthorique, qui avaient tout pouvoir de vie et de mort, qui étaient obtus et avec qui nous ne partagions pas le même langage.

L’Administration soviético‐chinoise, version française dans toute sa splendeur et dans ses nombreuses composantes : préfecture et sous‐préfecture; sécurité sociale ‐ probablement les champions des situations ubuesques, kafkaiennes et surréalistes; allocations familiales;les décédées ANPE et ASSEDIC refondues en « Polo »; services administratifs des mairies; feu les PTT devenus La Poste; les services des impôts. Nous étions malmenés et nous vivions de grands moments d’une absurdité sans fond et de solitude devant tant d’incompréhension, du type : impossible d’obtenir ceci tant que cela n’a pas été réglé mais pour régler cela il faut obtenir ceci.

De quoi être interné en psychiatrie illico ou de quoi avoir des envies de meurtre ou les deux mon capitaine !

Nous recevions également des courriers abscons de cette formidable Administration qui vivait en circuit fermé et en vase clos et auxquels nous ne comprenions rien, tant le langage figé et tordu ne correspondait à aucune de nos réalités.

Nous nous demandions, premièrement, si la langue française était bien en vigueur là‐bas et, deuxièmement, sur quelle planète vivaient nos chers fonctionnaires pour former des phrases dont les mots alignés les uns derrière les autres n’avaient aucun sens et qui plus est, relevaient plus de la réponse automatique que de la réponse personnalisée.

Il y avait, ainsi, deux mondes séparés qui ne se comprenaient pas et dont les rapports étaient tendus et difficiles.

Cela pouvait déclencher chez le citoyen des colères noires, de l’énervement, un sentiment de combat perdu d’avance, l’histoire du pot de terre contre le pot de fer et il fallait mener bataille courageusement et avec une infinie patience pour obtenir ce que de droit ou plus simplement, pour se faire comprendre.

Force est d’admettre, si on souhaite être un peu objectif, que depuis quelques années, l’Administration a progressé, ne serait‐ce que parce qu’il est désormais possible de résoudre la majorité des démarches sur internet, sans se déplacer, sans ne plus subir d’interminables queues et ne plus avoir à prendre un ticket avec un numéro d’attente.

Les rares courriers que nous recevons sont bien plus compréhensibles et l’absurdité des situations que nous vivions dans le meilleur des mondes de l’Administration, si elle n’a pas totalement été éradiquée, a très nettement diminuée.

Le bonheur. La félicité. Le pied !

Enfin et pour clore les absurdités du passé, qui décidément, me font l’impression d’être devenue un théropode, l’Administration ne dispose plus que de 3 mois pour répondre faute de quoi la demande est acquise, autant dire que cela contraint nos chers fonctionnaires à se manier le popotin ! Terminé les délais de réponse qui pouvaient parfois être chiffrés en années.

Les absurdités d’aujourd’hui sont plus éparpillées, moins facilement repérables car on les observe dans tout et dans rien, au hasard d’une pub, d’un événement, au cours d’un achat, en déplacement, ….

Je vous soumets, chères lectrices et chers lecteurs, quelques absurdités relevées :

1) Je connaissais le « Lapin agile », pittoresque cabaret du XIXème siècle situé à Paris 18ème, reconnaissable entre tous grâce à sa façade rose et à ses volets verts, mais le MEDEF a frappé fort avec le « contrat agile ».

Quelle formule intéressante ! Quelle inventivité ! Le MEDEF a bien de l’imagination.

Et cette formulation d’être aussi sec adoptée par tous : « Europe 1 », les chaînes de téloche, le « JDD », « Challenge », « RTL », « Les Echos » et même « Le Monde » censé être plus intellectuel que les précédents et pour ne citer que ces médias, sans qu’à aucun moment, personne ne se pose la question de cette formulation hasardeuse qui ne veut rien dire.

Je suggère que, sans tarder, les salariés du « Lapin agile » bénéficient d’un contrat agile,afin de ne pas être dépaysés !

2) Le transfèrement du terroriste machin chouette chose d’un point A à un point B.

Quel joli mot que transfèrement qui sonne si doucement à mes oreilles !

Il s’agit, certes, du terme juridique qui correspond au mot transfert mais était‐il vraiment nécessaire d’utiliser ce terme affreux et méconnu de la majorité des citoyens alors qu’il y a encore peu de temps, tous les médias auraient employé le mot transfert ?

Et les médias de reprendre ce mot sans se poser aucune question ni ne donner aucune explication juridique, de véritables moutons, un instinct grégaire à faire pâlir n’importe quel dictateur !

3) Connaissez‐vous le soutien‐gorge Playtex à 360° ? J’ai entendu parler de cet extraordinaire soutien‐gorge sans qu’à aucun moment, il n’en soit montré un seul exemplaire sur Madame télévision, avec une curiosité sans nom, une avidité sans borne, grâce à Madame pub sans qui je resterais ignare jusqu’à la fin de mes jours.

Autant dire que je serais bien incapable d’expliquer ce qu’est un soutien‐gorge à 360° et en quoi il est différent d’un soutien‐ gorge à 0°.

Je m’engage à inviter n’importe lequel d’entre vous à boire un café s’il me livre une explication rationnelle, plausible et débarrassée de toute absurdité sur ce soutien‐gorge à 360°.

Cette pub était si absurde qu’elle a très vite disparu de nos écrans et je soupçonne que d’autres personnes de mon acabit soient intervenues en coulisse pour dire à quel point cette pub était dénuée de sens.

4) La matrice de matérialité

Voilà probablement le plus beau concept totalement absurde inventé il y a peu.

Dans les grands groupes et grandes entreprises, on publie de nombreux rapports : rapport de développement durable; rapport éthique; rapport de confidentialité; rapport financier; rapport RSE; rapport de contrôle interne; rapport sur la diversité; rapport d’audit; rapport de mobilité; rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, rapport, euh excusez‐moi, les touches de mon clavier se sont coincées.

Ces nombreux rapports, rassemblés dans un document intégré, portent désormais le nom de « matrice de matérialité ».

L’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît et je n’entrerai pas dans les détails de ce concept qui vient du monde anglo‐saxon.

Sachez que ce document intégré est établi après consultations des : collaborateurs de l’entreprise; fournisseurs; clients; actionnaires; société civile; secteur public; institutions; associations; partenaires en tous genres … Un travail de TITAN !

Ne vous méprenez pas chères lectrices et chers lecteurs, je n’ai rien contre la conception d’un seul et unique document rassemblant les nombreux rapports existants. Bien au contraire, un seul document et s’il est réellement synthétique, semble bien suffisant à ingurgiter et à digérer.

Je m’étonne de ce nom pompeux et prétentieux s’il en est, « matrice de matérialité », peu parlant et dénué de sens pour la majorité des citoyens de ce beau pays.

5) Vous aimez voyager ? Vous voulez voyager à moindre coût ?

Bienvenue dans le monde merveilleux des compagnies low cost ou de l’absurdité des voyages avec les compagnies low cost et avec Vueling airlines.

Je suis parfois atteinte d’une horrible maladie, le snobisme, et je refuse de voyager sur les compagnies low cost. Je préfère me serrer la ceinture pour financer un billet d’avion sur une compagnie que je juge normale et régulière.

En effet, les compagnies low cost sont bien moins low cost que ce qui est annoncé une fois que vous avez payé un grand nombre de suppléments pour :

Vous rendre à l’aéroport au milieu de la pampa, aéroport qui n’est desservi par aucune charrette, pousse‐pousse ou tuk‐tuk

Faire transporter votre bagage en soute qui n’est pas inclus dans le prix initial et comme si vous ne voyagiez qu’avec votre brosse à dent dans la poche de votre veste pour passer 15 jours sur l’île de Rhodes

Poser votre fessier sur un siège dur comme de la pierre et très étroit – personnes ensurpoids ou obèses s’abstenir ‐ ou sur un siège un peu plus confortable et plus large et avec plus de place pour les gambettes, histoire de ne pas avoir les genoux sous le menton si vous avez plus de sous

Acheter une boisson en vol, les boissons n’étant jamais gratuites avec ces compagnies, l’air pressurisé des avions ayant desséché vos muqueuses et les bouteilles d’eau étant interdites de vol

Au final, vous pouvez ajouter de 30% à 40% sur le prix de départ du billet ce qui le met à un tarif quasi identique à celui d’une compagnie régulière.

Le low cost est, par conséquent, une illusion totalement absurde.

Cependant, il arrive que certaines destinations ne soient desservies sans escale que par une compagnie low cost et qu’il n’y ait pas le choix sauf à faire escale dans un aéroport où on s’ennuie ferme pendant les 2 heures minimum qui sépareront les deux vols.

J’ai donc déjà été contrainte de ravaler mon snobisme et de voyager, à mon immense désespoir, sur plusieurs de ces compagnies low cost afin de bénéficier d’un vol direct.

Je n’en suis pas morte me direz‐vous à juste titre. Je le confirme.

Toutefois, vous devez savoir que la compagnie Easyjet par exemple, dès lors qu’elle ne remplit pas suffisamment ses vols, les annulent purement et simplement et à la dernière minute, c’est à dire une fois que vous êtes déjà à l’aéroport avec armes (merde pas d’armes, c’est interdit) et bagages déjà enregistrés !

Vous n’avez plus alors qu’à râler pour obtenir, avec grande difficulté, non pas un remboursement mais un bon de voyage qui vous oblige dans l’année qui suit à voyager avec cette compagnie que vous maudissez déjà et que vous incriminez de tous les maux aériens.

Mais je m’égare ….

Lors d’un trajet sur une compagnie normale et régulière, j’ai vécu, dans la salle d’embarquement d’un aéroport parisien, une situation de la plus haute absurdité lors de l’appel des passagers pour embarquer sur un vol de la compagnie Vuelig airlines, qui sachez‐le, est la compagnie version low cost d’Iberia.

De sa voix suave, feutrée et sensuelle, l’hôtesse au sol commence à appeler les passagers.

Comme je n’avais rien d’autre de spécial à faire ‐ quoi de plus chiant qu’une salle d’embarquement ‐ je décidais d’écouter très attentivement l’appel fait aux passagers. Je pressentais la situation burlesque.

L’appel débutât par l’embarquement de la classe A – why not ? – il n’y a certes pas de business et encore moins de 1ère classe sur ce type de compagnie et d’emblée, je supposais dans ma tête de moinelle, que cela s’adressait peu ou prou aux passagers qui avaient un peu plus de sous et qui avaient vaillamment financé un siège un peu plus large et confortable. L’appel fût poursuivi par l’embarquement des classes D à F et des sièges 25 à 36. La classe A avait toujours la possibilité d’embarquer dès fois qu’elle serait retardataire. Je remarquais qu’il n’y avait donc pas de classe B et C sur cette compagnie.

Puis vint le tour de la classe H mais plus d’embarquement possible pour les classes D à F,qui devraient attendre le bon vouloir dont ne sait qui ou quoi pour se rattraper.

Et embarquement également ouvert pour la classe OR mais pas de classe CUIVRE ou ZINC et les sièges 1 à 24. Je me demandais alors quelle différence il pouvait y avoir entre la classe A et la classe OR et remarquais qu’il n’y avait pas de classe G ….

La classe A avait toujours la possibilité d’embarquer. Ce devait être une classe remplie de privilégiés !

Les retardataires des sièges 25 à 36 pouvaient toujours se gratter, il ne leur était plus possible d’embarquer.

Quant à ceux des sièges 1 à 24, l’hôtesse ne les mentionnant plus, j’en concluais qu’elle les avait tous trucidés !

Je commençais à trouver cela un peu compliqué et avais de plus en plus de mal à suivre ce ballet de classes et cette valse de sièges.

J’assistais ensuite à un délire d’annonces de classes et de rangées de sièges numérotés avec des consignes données aux uns et aux autres avec ou sans restriction et je remarquais que la totalité de l’appel avait pris 30 minutes !

Je me demandais comment les passagers s’y retrouvaient dans ce méli‐mélo absurde de classes et de sièges en particulier s’ils n’avaient pas assisté, dès le départ, à l’appel. J’en concluais que pour embarquer avec Vueling il fallait :

Avoir fait au minimum Maths Sup et Maths Spe ou bien voyager avec un ingénieur dont les études ne seraient pas trop lointaines

Ne pas arriver en retard et être donc présent dès le commencement de l’appel

Ne pas être étranger et maîtriser parfaitement la langue française, la seule à être utilisée lors de cet embarquement pour une destination en Espagne – on ne peut pas demander à une hôtesse low cost de parler anglais.

Une grande concentration et aucune distraction possible durant les 30 minutes d’appels tout azimut ….

6) Les dispositifs médicaux

Il n’y a pas si longtemps encore, il y avait des pubs pour divers médicaments : «oscillococcinum » » pour affronter les grippes hivernales, des médocs pour la constipation ou la diarrhée, des pschitt pschitt pour les nez bouchés, enrhumés et patraques, des gouttes homéopathiques pour favoriser l’endormissement, d’autres contre le stress, « Rennie » pour la digestion et les remontées acides …..

Les pubs pour ces médicaments existent toujours, l’offre ayant peu changé, seul le nom a changé, on ne parle plus de médicaments mais de dispositifs médicaux.

Quel nom absurde !

Je vous livre la définition d’un dispositif médical :

«Un dispositif médical (DM) est tout instrument, appareil, équipement, matière ou autre article, utilisé seul ou en association, chez l’homme pour le diagnostic, la prévention, le traitement d’une maladie, d’une blessure ou d’un handicap, ou d’étude ou remplacement ou modification de l’anatomie ou d’un processus physiologique.

Il est destiné par le fabricant à être utilisé chez l’homme à des fins médicales et dont l’action principale voulue n’est pas obtenue par des moyens pharmacologiques, immunologiques, métaboliques, mais dont la fonction peut être assistée par de tels moyens». Si j’ai tout bien compris et que je ne suis pas tombée dans une débilité profonde, un médicament n’est pas à proprement parlé un dispositif médical, puisque, selon cette définition, un médicament est un moyen pharmacologique en opposition à un dispositif médical dont l’action principale n’est pas obtenue par des moyens pharmacologiques.

Vous suivez ?

Un médicament reste un médicament et pourquoi faire simple quand on peut faire tordu ? Je bondis donc sur mon canapé à chaque fois que j’entends parler de dispositifs médicaux à la téloche.

7) Le virus ZIKA

Mais que vient faire ce virus dans cette chronique ?

Je ne peux pas m’empêcher de citer cette fabuleuse et si magnifiquement absurde phrase d’une certaine ministre de la santé qui, pour mettre en garde les femmes, qui auraient un projet de maternité, contre le virus ZIKA explique que : « si elles ont un projet de maternité, il convient d’avoir des rapports protégés en utilisant des préservatifs afin de ne pas attraper ce virus ».

Il me faut fissa la recette pour concevoir un bébé en ayant un rapport protégé par un préservatif.

Et puis j’adore le concept de « projet de maternité ».

Absurdité quand tu nous tiens !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 2 commentaires

Aimer

Un doux sonnet furtif à l’âme émerveillée

Sous la tonnelle en fleurs accoudées à l’éther

La belle âme enfantine approche et chante clair

Afin que nos esprits se tiennent reposés.

Mais c’est l’alexandrin, convenons-en de suite

Ce grand vaisseau galant aux douze voiles bleues

Dont doucement s’éprend mon doux cœur amoureux

Qui fait rouler la voix et tanguer tout ensuite.

Calicot de la terre, les allées animées

Par un souffle d’ablette aux rayons de flanelle

Font accueil aux dolents, les amants des venelles

Beaux marcheurs attirés par une onde affolée.

On croirait voir au loin tout un champ de lumière

L’artifice à la berge et l’Alba caressante

Anémones effarées tout le long d’une pente

Impossible silence au mi-jour primevère.

Comme tout cela fleuronne à l’aube des jeunesses !

Une humide vapeur qui nous berce et nous prend

À l’envie, languissante, un puissant sentiment

De grêlons emportés mais pas un qui nous blesse.

C’est ainsi le plaisir à jamais et toujours

De goûter à l’effort d’être soi pour aimer

D’adorer sans retour la personne que l’on est

Car avant de céder c’est en nous qu’est l’amour.

Publié par Yuki Penalver dans Yuki Penalver, 0 commentaire

Haïkus

Solitude

Capeline usée

Dans le froid d’un hiver bleu

Vos mains nues gelées

Héraldique été

Une étendue d’or

À la fasce emplie d’azur

Chargée cyclamor

Hiverner

Le soupir du chat

Un voile à voix qui ronronne

À la nuit, frimas

Publié par Yuki Penalver dans Yuki Penalver, 0 commentaire

Dieu sait ce qu’elle va m’offrir !

Cette nouvelle m’a été commandée pour un recueil de la St Valentin 2014, intitulé : « A nos amours, bordel ! ».

Lorsque l’Ami se rendit, l’âme guillerette, à son rendez-vous valentinesque, il ne se doutait pas que le plus extraordinaire des cadeaux l’attendait.

Il s’imaginait clouer le bec de l’Amie pour de longues minutes, chose aisée à imaginer, mais tellement délicate à mettre en œuvre. La réalité en fut tout autre.

L’Amie l’accueillit avec cet élan et cet enthousiasme qui la caractérisait. Le programme était prévisible : effusion, fusion, infusion. Une belle soirée s’annonçait.

L’Ami tenait serrée sa surprise au fond de la poche. L’excitation et l’impatience le faisaient tressauter sur place. Il reçut un bisou langoureux en guise d’espace vert phylactérien (de préambule, quoi !). Puis :

— On offre les cadeaux tout de suite ?

L’Ami avait dégainé sa petite boîte et la présentait, paume à plat, le cœur battant. L’Amie s’en emparut1.

— Qu’est-ce que t’est-ce ?

— Ouvre et tu verras. Mais regarde bien, c’est très fugace !

Elle ôta le couvercle et poussa un cri. Le spectacle était déjà terminé.

— Magnifique, dit-elle dans un soupir. C’était quoi ?

— Un boson !

— Un boson ? Mais comment as-tu pu…?

— Il m’a fallu une semaine pour l’attraper ! J’ai failli renoncer plus d’une fois ! Mais pour toi, rien d’impossible !

Il eut droit à un deuxième bisou passionné d’une durée de deux minutes trente et de force huit sur l’échelle dédiée. Il avait gagné la partie. Du moins, le croyait-il.

— À mon tour, s’écria l’Amie ! Viens voir par ici…

Il la suivit, encore tout cotonneux.

— Voilà, c’est ici.

— Je ne vois rien…

— Mais si, regarde bien.

— Ah oui, le petit concentré d’énergie, là ?

— Oui !

L’Ami s’approcha, tendit le doigt, le retira vivement.

— Dis donc, on sent… on sent…

… que ce petit concentré ne demandait qu’à s’exprimer, de la façon la plus vive et la plus spectaculaire.

— Tu es prêt ? demanda l’Amie. À toi de jouer, maintenant.

— Je dois faire quoi ?

— Appuie sur le bouton !

Elle lui tendit un interrupteur, d’une main inhabituellement tremblotante. L’Ami s’empara de l’objet, et marqua un temps d’arrêt.

— Vas-y ! l’encouragea-t-elle.

Alors l’Ami obtempéra.

L’éclair qui jaillit du petit concentré d’énergie les chavira tous deux. Il fermèrent les paupières un peu trop tard et grimacèrent sous le choc.

Quand ils regardèrent à nouveau, tout avait changé.

— Ça a marché, ça a marché ! hurla l’Amie en sautillant sur place. Elle se jeta au cou de l’Ami, qui suffoqua et tenta de se dévisser la tête pour étudier la scène. Lorsqu’il put se dégager enfin, il s’approcha.

— Mais comment as-tu pu faire ça ? balbutia-t-il, subjugué.

— J’ai simplement transformé de l’énergie en matière.

— Oui, mais quelle matière ! Regarde, toutes les poussières se reconstituent pour former des boules ! Et elles tournent les unes autour des autres. Regarde celle-là ! Elle grossit à vue d’œil…

— Recule-toi ! Vite !

La sphère avait explosé et se consumait. Elle dégageait une chaleur vive

— L’Amie, tu es un génie !

— Attends, rétorqua-t-elle, tu n’as pas tout vu. Ce n’est que le début.

Elle s’approcha des petites sphères, sembla hésiter un moment, puis porta son choix sur l’une d’elles, parsemée de bleu, qui n’était ni trop près ni trop loin de la boule de feu. Elle sortit de sa poche une quantité de petits sachets et saupoudra la sphère.

— Mais que…

— Deux secondes, coupa-t-elle. Approche-toi et regarde…

— Oh, mais ça grouille à la surface ! C’est quoi ?

— Des petites bestioles de mon invention.

— Incroyable ! Et ça se reproduit à une vitesse !

— Oui, mais ne t’inquiète pas. C’est un écosystème autodestructif. Ils vont se multiplier, tout coloniser, et disparaître très vite. Moins vite que ton boson, mais tout de même !

— Ah oui, effectivement, ils se bouffent les uns les autres !

L’Ami était comme hypnotisé. Toute la surface de cette petite boule était le théâtre d’animations, de combats…

Il eut alors une idée. Tirant de sa poche un petit gravillon, il le jeta à la surface de la sphère, qui frissonna sous le choc.

— Mais arrête ! s’écria l’Amie. À quoi tu joues ?

— Je voulais voir comment réagissent tes bestioles à un stimulus extérieur.

— C’est malin, tu m’as niqué les plus grosses !

En effet, une bonne partie des bestioles n’avait pas supporté l’expérience. La sphère s’était également recouverte d’un nuage de gaz opaque, et refroidissait rapidement. Le nuage finit toutefois par disparaître.

— De toute façon, il sont programmés pour crever, non ? lâcha l’Ami, un peu honteux.

— Oui, mais ils doivent crever selon mon scénario ! Là, tu m’as tout déréglé ! Regarde, on arrive à un équilibre entre toutes les espèces. Mon écosystème autodestructif est à revoir !

— Tu sais ce que tu devrais faire ? Placer sur ta boule une bestiole qui flingue toutes les autres. Une bestiole très con, qui s’autodétruirait après avoir zigouillé tout le reste.

— Oui, pourquoi pas. J’en ai une en réserve, mais j’avais hésité à m’en servir. Attends, il faut que je la retrouve. L’Ami, sers-nous l’apéro en attendant que je remette la main dessus.

— Bien, chef. Que veux-tu boire ?

— Une ambroisie, comme d’habitude !

Le temps que l’Ami eût rempli les verres, sa dulcinée était de retour, plusieurs sachets à la main.

— J’ai même eu le temps de revoir sa programmation. Je crois que tu vas être content. De fait, j’ai trouvé le moyen ultime de renforcer son agressivité.

— L’Amie, tu es divine. Raconte !

— Il naîtra en sachant qu’il va mourir. Dès lors, il va lutter contre cette malédiction, précipitant sa perte et celle de son entourage.

— Génial !

— Et ce n’est pas tout ! J’ai créé plusieurs déclinaisons de l’espèce. Ceux-ci, dit-elle en versant le contenu d’un sachet sur la sphère, pensent qu’ils sont les meilleurs. Ceux-là sont persuadés qu’ils sont mes préférés.

Et elle saupoudra une nouvelle semence…

— Parce qu’ils te connaissent ?

— Oh, pas vraiment. Mais suffisamment pour qu’ils aient peur de moi.

— Je peux vider un sachet, moi aussi ?

L’Ami était dans un état d’excitation extrême. Il tendit un verre d’ambroisie et reçut un petit sac en retour. Ils trinquèrent.

— Et ceux-là ? demanda-t-il en agitant son trophée.

— Surprise ! Allez, verse-le où tu veux.

Ce petit monde prenait vie à une allure vertigineuse. Le déséquilibre commençait cependant à peine à entamer la sphère.

— Regarde, l’Amie ! Une petite bestiole est grimpée en haut d’un monticule. C’est extraordinaire, j’entends vaguement ses pensées.

— Oui, c’est normal, j’ai réglé leur fréquence cérébrale sur la nôtre. Mais il faut s’approcher très près et bien se concentrer pour percevoir leurs ondes. Ils sont si petits.

— J’ai une idée !

Se penchant au plus proche du petit monticule, il fixa un moment la petite bestiole. Puis il se recula, visiblement satisfait.

— L’Ami, tel que je te connais, tu lui as raconté tout un tas de conneries. Allez, avoue ! Tu lui as dit quoi ?

— Je lui ai interdit à peu près tout !

— Non, tu n’as pas fait ça ?

— Si ! Et en premier lieu : « tu ne tueras point » !

— L’Ami, tu es un monstre ! Ils sont programmés pour s’entre-tuer !

— Justement, ça va les rendre complètement fous !

— Tu es démoniaque ! Mais je t’adore.

— Moi aussi, l’Amie…

— Viens, j’ai envie de toi…

— Mais attends, c’est pas dangereux de les laisser tous seuls ?

— T’inquiète pas, quand on aura fini notre petit câlin, ils seront tous crevés. Et puis, d’après mes calculs, la petite boule qui brûle va exploser dans exactement quarante minutes.

— Merci l’Amie !

— Ça t’a plu ?

— Je suis au paradis !

1Ne faites pas attention, c’est l’émotion !

Publié par lucius dans Lucius, 3 commentaires

Des emmerdeurs – 13 à la douzaine?

Il est de la plus haute importance que vous sachiez que, quelque part dans le monde, vous attend l’emmerdeur. L’emmerdeur, et son corollaire féminin, l’emmerdeuse, est une espèce, dans le monde répandue, mais plus encore en France.

Une question me torture depuis longtemps : la capacité à emmerder l’autre est‐elle un sport national franco‐gaulois ?

Le profil de l’emmerdeur est sensiblement toujours le même : un être irrationnel qui vous pètera la rondelle jusqu’à temps que vous craquiez ou que vous cédiez alors que vous êtes la zénitude et la politesse incarnées.

Vous avez immanquablement, dans votre douce vie, eu à faire aux :

‐ Mec ou à la gonzesse qui raconte sa vie pendant des heures avec son téléphone portable dans le TGV où vous aviez pourtant pris la précaution de réserver une place en 1ère classe, réputée plus silencieuse et moins peuplée, qui vous a coûté une blinde et afin de piquer un roupillon que vous aviez imaginé réparateur

Si vous osez demander à la pie de la boucler en précisant que sa vie n’intéresse personne, vous serez insulté et vous deviendrez le fauteur de trouble.

Comble de l’injustice ferroviaire …

‐ Chefton, qui vous casse les bonbons en pinaillant et en finaudant sur des détails insignifiants dont personne n’a cure, qui ne font guère avancer le schmilblick, qui mettent en péril votre légendaire efficacité et votre business, qui vous font perdre un temps précieux, bouffant votre énergie, vous obligeant à travailler un nombre d’heures inconsidéré. Et cela au prétexte que le chefton n’a pas trouvé d’autres moyens pour asseoir son autorité, se prouver à lui‐même sa valeur et s’assurer que sa place, que dis‐je, son rang dans l’entreprise sont justifiés. Ce qui bien entendu n’est pas le cas parce que, l’incompétence va de pair avec l’emmerdement maximal. Vous devez composer avec sinon vous pouvez dire adieu à toute promotion financière et professionnelle.

Comble de l’injustice salariale …

‐ L’acheteuse, avec qui vous avez effectué quelque transaction mineure du type vente d’un DVD à 1€ sur le market place de Price Minister, et qui vous accuse de malhonnêteté, de mensonge et de tous les maux de la galaxie parce qu’elle a attendu l’article 7 jours et vous rend responsable de la dégradation des services postaux. Vous vous évertuez à lui expliquer que vous n’êtes pas responsable des délais parfois anormalement longs des acheminements postaux et que vous ne voyez pas en quoi il y a mensonge ou malhonnêteté dès lors qu’aucun délai de livraison n’a été annoncé lors de la vente. Elle réplique, parce que les emmerdeurs ont la « compréhensive » très difficile, que son DVD aurait dû arriver le lendemain de l’achat effectué sur internet. Dépité, vous répondez que vous n’avez pas de drone livreur de colis, et vous vous demandez si elle a fumé de la moquette. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle vous ait énervé tant et si bien que les insultes fusent au bout d’un nombre incalculable d’échanges épuisants qui vous ont presque rendu fou.

Comble de l’injustice commerciale …

‐ Client qui, sur une planète de plus de 7 milliards d’êtres humains, se croit seul au monde et qui, bien qu’une file d’attente de 150 kilomètres se soit formée, demande et redemande les mêmes informations sur la configuration de la salle de spectacle où il veut acheter des places à la FNAC. Le vendeur, effaré de constater qu’il devra faire des heures sup non rémunérées pour éponger la file d’attente, a déjà tout expliqué et réexpliqué, ce dont vous pouvez témoigner. Au final, le client n’achètera aucune place de spectacle et les personnes de la file d’attente, survoltées d’avoir attendu si longtemps, reportent leur mauvaise humeur sur le pauvre vendeur qui pense que : « ce n’est pas mon jour, j’aurais mieux fait de rester sous la couette ».

Comble de l’injustice tout court !

‐ Duo, trio ou quatuor, plantés à la mi‐temps, bloquant ainsi la sortie ou l’entrée de ceci ou de cela, et alors qu’il y a pléthore de place pour raconter les « areu areu » de bébé et qui ne comprennent pas que vous lanciez un timide « pardon » pour passer et vous lancent un regard outré.

Comble de l’injustice civique …

‐ Copropriétaires qui, un pied dedans, un pied dehors, bloquent l’ascenseur pour jouer à la concierge pendant que vous attendez au rez‐de‐chaussée avec, dans une main, les courses, et dans l’autre, la poussette du petit dernier. Vous ruminez dans votre menton qu’il est hors de question que vous montiez avec un tel chargement les 5 étages où vous perchez. Vous vous époumonez afin de vous faire entendre des bavards égoïstes, en vain. Vous tambourinez sur la porte de l’ascenseur pour faire comprendre que cela fait déjà 20 minutes que vous attendez ce carrosse électrifié, on vous ignore royalement.

Comble de l’injustice de la vie en communauté …

‐ Le vacancier qui, par instinct grégaire, allonge sa serviette de plage pile à côté de vous alors que la plage, en long et en large, est immense et absolument déserte – si, si, cela existe. Cela faisait 6 mois que vous rêviez de faire le crocodile sur la plage et que vous vous réjouissiez de ne pas voir un être humain pendant 1 semaine, …

Comble de l’injustice vacancière …

‐ La passagère du TGV en face de qui vous êtes assis qui veut à tout prix engager la conversation. Vous déclinez poliment, faites comprendre que vous souhaitez écouter de la musique mais elle a des questions existentielles à poser sur le trajet, les arrêts et les heures d’arrivée. Vous avez envie de lui dire qu’il n’y a pas écrit « SNCF » sur votre front et que ces questions, prétextes à conversation imposée, sont une méthode digne de la maternelle et vous finissez par être désagréable face à l’incapacité de cette passagère à comprendre que vous n’avez pas envie de parler.

Merde alors !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 4 commentaires

Rendez-vous – suite (5)

Le voilier, nonchalant, filait doucement sur les vagues parées de planctons, dans un souple balancement. Trois nœuds. Pas de quoi faire du ski. Mes souvenirs s’égaillèrent un instant fugace, dix ans en arrière. Par une belle matinée d’été, sur le cotre de mon père qui filait ses douze nœuds dans la baie des Anges, avec un bon Levant Blanc d’est. Le génois gonflé à bloc, une bonne gîte bâbord, une mer brillante qui éclaboussait par saccades ; un des copains venu faire une virée, avait attrapé fermement l’écoute à deux mains et s’était laissé glisser sur l’eau essayant de surfer pieds nus sur la houle. Il ressemblait plutôt à un bonobo expérimentant un tapis roulant. Et les copains, hilares, de voir son caleçon doucement descendre, emporté par l’onde coquine. Vingt ans, le bel âge et du muscle dans les bras ! Envolées d’écumes, éclats de rires, photos classées…

Retour sur Terre ou plutôt sur mer.

Dan et moi regardions le vide sidéral, ce vide qui occultait les étoiles impassibles.

Rien, absolument rien dans le ciel, et pourtant ce noir semblait là pour nous. La peur était absente de nos esprits, cette angoisse viscérale qui prend les tripes et les tord dans de pénibles stimulus pouvait nous faire paniquer, mais non, nous sentions que l’heure était proche. Qu’allait-il se passer ? La forme noire semblait se rapprocher sensuellement, glissant sur bâbord. Nous retenions nos souffles, un peu crispés tout de même. Ma main s’incrusta dans celle de Dan, laissant des empreintes roses. La chose se stabilisa à moins de vingt mètres et s’avéra démesurée, bien plus grosse que le plus gros des navires. Comment un engin si colossal pouvait-il se tenir, là, à quelques mètres de nous, sans remuer le moindre souffle d’air, sans émettre le plus petit son, la moindre vibration ? Il suivait doucement le bateau, paraissant attendre.

S’il nous était impossible de « voir » ce défaut de lumière, une douce excitation nous picotait le dos. Dan m’avoua que les poils de son échine s’étaient dressés. J’avais moi aussi la chair de poule, pourtant il ne faisait pas froid, au contraire, une imperceptible aura d’énergie frôlait le voilier, affectueuse émotion qui nous enrobait comme un manteau, provoquant un étrange sentiment de chaleur. J’avais l’impression d’avoir bu une coupe de champagne tant le moment me paraissait évaporé. Je rigolai comme à une bonne blague. Dan, étonné, rigola lui aussi, trouvant la situation incongrue. Nous avions l’air de deux idiots, debout dans la nuit à regarder le vide, le nez en l’air, sur un voilier.

Qu’attendions-nous ? En bon gaulois que nous sommes, nous aurions dû avoir peur… que le ciel nous tombe sur la tête.

Le ciel ne nous tomba pas sur la tête, mais une voix.

La Voix.

Venant de nulle part et de partout à la fois. La voix d’Aadahn. Enfin celui que j’appelais ainsi depuis son infraction cérébrale. Naturellement, je ne pense plus la même chose aujourd’hui. C’est ce moment là que choisirent les piafs pour sortir leur tête décoiffée de l’écoutille. Nos chérubins se comportèrent tout à fait honnêtement, se mettant devant nous pour mieux apprécier. Mais apprécier quoi ? Le noir, le néant, le vide ?

« Dis maman, c’est quoi ça ? » demanda la grande pointant son petit doigt vers le noir cosmique.

Toujours des questions incommodes ! Après tout qu’en sais-je ?

« Comme vous le voyez les enfants, nous allons entrer en contact avec notre ami Aadahn. 

— On voit rien ! »

Certes, ils ne voyaient rien car il n’y avait rien à voir, si ce n’était cette absence. Alors, hésitante, je tentais mentalement un : oui ? vers celui qui était venu nous chercher. Le Magister du jeu, le Roi de la devinette, le Maître Queux de la grande tambouille universelle.

« Pourquoi me traiter ainsi Malou, t’ai-je froissée par une quelconque action ? »

Je sursautai.

Mourir, je sentais que j’allais mourir de peur à chaque fois ! Si cela était possible. Cette voix dans mon cerveau comme une obsédante épine. M’y suis-je jamais habituée ? Le timbre était doux mais Dan n’avait pas réagi. Il n’avait pas dû recevoir la com. Ha ! Drôle ! La com. ! Décidément même en la fuyant, la société laisse ses empreintes dans le cervelet. Je ris, ce qui fit tourner la tête de mon homme qui me regarda un sourcil levé en accent circonflexe. J’adore son sourcil ainsi arqué. Il est bien ouvert et je peux voir son œil étonné, rond, et bleu comme le ciel après la pluie. Et les mômes, ces trois chères frimousses, le visage levé, m’observaient d’un air interrogateur. Pouvais-je expliquer ?

« C’est Aadahn, il vient de me parler, tu n’as rien reçu ? 

— Rien. 

Tu n’as pas le bon réseau, plaisantai-je. 

Malin ! Et que t’a-t-il dit ?

Oh, rien. Nous philosophions sur la tambouille universelle. »

Le regard suspicieux que Dan me lança me fit rire et me détendit. Il est bon de prendre les événements ténébreux – c’était le cas – du bon côté, sinon, on sombre dans l’égarement et le délire suit.

Dans un faible effort, j’essayai à nouveau d’archiver mes questions, chose pas très aisée lorsque l’on a comme moi, d’une part la tremblote, d’autre part, les idées qui s’envolent comme nuée d’étourneaux. J’avais un rendez-vous capital avec Dieu sait qui, au milieu de l’océan, ce qui n’arrive pas à chaque mort d’évêque, et voilà que je tremblais à nouveau. Je me concentrai afin de fixer mes idées et mes questions car, dans ma tête tout bouillonnait et les mots s’entrechoquaient. Je n’avais pas l’habitude de structurer mes pensées aussi fermement. Les phrases prenaient des sens non souhaité. Tout s’emmêlait et je bafouillais en pensée. Merde, il allait me faire mourir de honte !

« Non, tu ne mourras pas, tu t’y habitueras, Malou, et merci de trouver ma voix douce ! »

« Oh ! »

Piètre réponse. Cet homme, quel qu’il soit, me troublait les méninges.

« Allons, allonsLes enfants, voulez-vous monter à bord ? »

Voilà un bon dérivatif, et ce qui était sûr, c’est que nous avions tous entendu, très clairement, comme si nous étions dans un salon bavardant ensemble. S’adressait-il aux trois mômes ou à nous cinq ? Qui appelait-il « les enfants ? » Avions-nous l’air tant demeurés ?

« Je m’adressais à tes enfants, Malou… voyons. »

Les trois, très naturels, me sortirent de l’embarras où je me trouvais. Ils nous regardèrent suppliant, le sourire aux lèvres.

« Allez mam, dis, on peut ? » Même pas effrayés d’entendre une voix sépulcrale. S’en étaient-ils rendu compte ? Il est vrai que depuis notre départ du Sénégal, nous n’avions pas arrêté d’en parler. Sans rien leur cacher, bien sûr. Nous avions tenté de leur expliquer avec beaucoup d’imagination et d’adresse ce vers quoi nous allions. D’une manière poétique et imagée. Ils le prenaient comme une aventure amusante, une histoire imaginaire. Un conte de fée.

Et cette voix qui nous demandait si l’on voulait monter ? Et d’abord, monter où ? La nuit nous entourait et sur bâbord, une nuit plus noire encore, grosse baleine glissant nonchalamment.

J’imaginais d’augustes êtres psychologiques venant sur Terre afin d’étudier la faune gluante d’une humanité en déliquescence. Quel titanesque travail ! Ils repartiraient bien vite, dégoûtés. Notre civilisation qui porte si mal son nom, loin d’être arrivée à son acmé, s’est vue rognée par les vers de la corruption. Seul un dieu pourrait rattraper ce magma, et encore. S’il ne l’a pas fait depuis, c’est qu’il s’en fout. Six jours c’est trop rapide. Il aurait dû prendre son temps, surtout quand il a compris la connerie qu’il avait faite ! Il est parti en vacances ailleurs, assez loin pour ne plus nous entendre nous lamenter, et nous laisser seuls retourner dans la fange de sa création.

« Tu es sévère avec ton peuple. La colère barricade la compréhension. On ne juge pas si durement des enfants qui apprennent à marcher. L’homme doit entreprendre la plus laborieuse des tâches : la connaissance de soi. Et cette connaissance entraîne l’humilité. Tu auras du chagrin si tu n’apprends pas à aimer Malou. Il faudrait te persuader que ce que tu veux apprécier est vrai, et l’amour est justement une base de la connaissance de soi. Laisse le temps réparer les erreurs du passé et emploie le présent pour changer l’avenir. »

« Il a certainement raison, par contre ce sera long ! » me dis-je in petto, ce qui ne servit à rien, mes pensées étaient captées. Vachement philosophes ces êtres venus d’ailleurs. Du reste, d’où venaient ces âmes sensibles et compréhensives ? Avaient-ils compris, au contraire des hommes, que les peuples devaient s’entendre pour avoir la paix ? Il est vrai que l’être humain dans sa majorité, n’aime pas les conseils, croyant tout savoir, mais a plutôt besoin de bienveillance. Je soupirai profondément, laissant de côté cette hargne viscérale pour l’incapable entendement humain. N’allons pas refaire le monde en commençant par râler, de toutes les façons, ce n’était pas dans mes ambitions. Mentalement je m’adressai à cette entité obscure et bienfaisante posant inconsciemment mes mains sur mes tempes et fermant les yeux. Je pense mieux ainsi, cela m’isole en un cocon où je peux charpenter mes réflexions.

« Nous voudrions bien monter à bord, seulement je ne vois pour l’instant aucune ouverture, si ce n’est ce vide immense. 

Amalia, tu ne dois pas te fier aux apparences. Ce que tu vois, ou plutôt, ce que tu ne vois pas, n’est pas forcément ce qu’il te paraît. Tu dois savoir que la matière est un assemblage de particules, le type même de la substance. Donc pour simplifier, nous nous servons d’une énergie encore ignorée des hommes pour l’instant, et qui nous permet de nous déplacer sans qu’aucune vibration ne soit perceptible. N ‘entrons pas dans le quantique, tu n’y comprendrais rien ou tu me croirais hystérique. Mais si sans se laisser charmer, ton œil sait plonger dans les gouffres… »

Lis-moi pour apprendre à m’aimer…

Âme curieuse qui souffre. Et vas cherchant ton paradis…

Plains-moi, sinon… je te maudis ! »

Nous éclatâmes d’un immense rire. Je n’en croyais pas mes oreilles ! Ce type, ou quoiqu’il fût, récitait du Baudelaire ! Ça alors, mon poète préféré ! Celui que j’adorais depuis l’âge de treize ans. Décidément, un être aimant Baudelaire ne pouvait être que … spécial. Nous allions nous entendre.

Dan, les yeux agrandis par l’incompréhension, m’observait d’un air interrogateur, se demandant si j’avais perdu la raison à rire de la sorte. Réciter des bouts de phrases qui n’avaient aucun sens, surtout dans un moment pareil… Je devais m’expliquer, car apparemment il n’avait pas reçu le message qui ne devait que m’être adressé.

C’est à cet instant que la transmission nous arriva à tous, clairement.

« Nous n’allons pas louvoyer toute la nuit, tout de même ! Décidez-vous !

Bien parlé ! Il a raison, dis-je à mon mari, décidons-nous ! Il est temps d’avoir de l’audace, nom d’un chien ! »

Nous n’allions point gâcher un moment pareil à tergiverser. Qu’ils fussent venus nous étudier n’était pas un problème en soi, nous pouvions le concevoir étant donné que nous faisions pareil sur Mars, excepté que sur Mars, les petits hommes verts s’étaient bien planqués.

« Tu as raison, me répondit Dan, décidons-nous. La Terre peut bien se passer de nous après tout. Nous ne sommes pas indispensables. Pourrie comme elle est, quittons-la sans regret. »

Je sentais bien que quelque part nous n’étions pas rassurés. Passer d’un bateau, somme toutes confortable, à quelque chose de… vide… Il y avait de quoi réfléchir. Ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Il fallait bien se le dire. En revanche, étant donné que la Terre partait en biberine, nous pouvions la quitter sans histoire. Dan et moi, qui pensions la même chose sur l’évolution terrestre, n’aurions eu aucun mal à l’abandonner, cependant une question morale venait se greffer au problème, et pas des moindres. Nos chérubins ne voulaient peut-être pas s’exiler ad vitam aeternam. À notre grande surprise, les trois manifestèrent une envie pressante de rencontrer l’inconnu.

« Tu vois, Amalia, vos enfants sont moins hésitants que vous, et puis ce ne sera pas à vie, n’ayez crainte, c’est vous qui choisissez. »

Évidemment. Après quelques secondes interminables, à moins que ce ne fussent des siècles, notre noyau soudé, d’un commun accord, se décida à franchir le pas, si l’on peut dire, car pas, il n’y eut pas.

Publié par Babé dans Article de Presse, Elisabeth Poggi, 2 commentaires

Des nouvelles de Lucius – Pas un geste !

Vous rappelez-vous l’affaire Dieudonné, et sa quenelle ?

Moi non plus !

Mais j’avais écrit ceci :

Je me baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, lorsque je tombai nez à nez avec Nestor Boyaux.

Vous dire si parfois, le sort s’acharne sur moi !

— Comment vas-tu, petit salopiot ? me demanda-t-il à brûle jaquette, parce que les pourpoints n’étaient plus à la mode depuis belle lurette.

— Très bien, merci, mis à part que je me suis légèrement démonté l’épaule, hier, au tennis, fis-je en me massant machinalement l’articulation.

Je le vis blêmir. D’un geste sec, il stoppa mon geste.

— Malheureux, mais tu es cinglé ? Ne fais pas ça en public !

Devant mon air ahuri, il poursuivit :

— Tu te rends compte que tu viens de faire une quenelle au milieu de centaines de passants ?

— Une quoi ?

— Une quenelle. Le signe de ralliement de Qui-tu-sais…

— Voldemort ?

— Non ! Ça t’arrive de lire les journaux ?

— Pas plus que ça, non.

— Ce geste est un signe d’insoumission au pouvoir. Le problème est qu’il a été récupéré par les nouvelles jeunesses hitlériennes comme salut nazi inversé.

— Donc anti-nazi ?

— Mais non. Inversé, donc nazi quand même.

— J’y comprends rien.

— T’as pas besoin de comprendre. T’as juste besoin de savoir que tu risques deux ans de prison et trente mille euros d’amende si tu fais ça.

— Mais si j’ai mal à l’épaule ?

— On s’en fout !

— Oh, merde, fis-je en me grattant la tête.

— Arrête ça tout de suite !

— Quoi donc ?

— Ben ça. T’es pas au courant non plus ? Mais ma parole, dans quel monde vis-tu ? Ce grattage de tête a été popularisé par Stan Laurel en 1929, mais repris par les jeunes poitevins anticapitalistes, pour signifier au gouvernement : arrêtez de nous chercher des poux dans la tête.

— Et… ?

— Et tu risques gros : quatre ans de mitard Obama. Au bas mot, pardon.

J’en restai bouche bée, ce qui horrifia encore une fois Nestor.

— Ferme ton clapet tout de suite ! Mais tu es fou ?

— J’ai rien fait.

— Si ! Quand tu ouvres la bouche comme ça, ça envoie un message fort au pouvoir qui nous suce jusqu’à l’os.

— Ben merde alors…

De peur de commettre un impair, je mis les mains dans mes poches. Je ne risquais ainsi guère de froisser les susceptibilités. Du moins le croyais-je, car mon ami fut au bord de l’apoplexie.

— Non, mais tu le fais exprès ? On va se retrouver au gnouf avant ce soir, avec tes conneries. Là, tu envoies un message au gouvernement qui nous fait les poches à coups d’impôts et de taxes. Vire tes mains tout de suite de là !

J’obtempérai et me mis au garde à vous.

— Voilà, je ne fais plus aucun geste. C’est bon, comme ça ?

— C’est encore pire, tu dénonces l’immobilisme de l’État. Bouge vite avant que les flics n’arrivent !

Autour de nous, les badauds nous lorgnaient d’un air soupçonneux. Certains me montraient du doigt, d’autres empoignaient leur téléphone. On aurait peut-être à déguerpir à la va-vite.

Totalement désemparé, je mis tout mon corps en mouvement, et Nestor m’empoigna à bras le corps.

— Non, espèce d’abruti, là tu singes les gesticulations stériles du gouvernement. Arrête, arrête…

C’est alors qu’un picotement assaillit mon nez, et trois éternuements successifs ébranlèrent mon corps. Il commençait à faire frisquet. Et je commis le délit suprême. Je sortis mon mouchoir.

— Accusé, levez-vous !

L’a pas l’air commode, le juge. Mon avocat a tout fait pour plaider la bonne foi, personne n’a été dupe.

— Monsieur Lucius von Lucius, vous êtes reconnu coupable du geste du fourrage, consistant à placer votre nez dans un mouchoir, pour soi-disant fustiger le pouvoir qui, selon certains groupuscules extrémistes donc vous faites à coup sûr partie, mettrait son nez dans les affaires privées des citoyens. En conséquence de quoi, conformément à l’article L332-5bis alinéa 2 du code pénal, je vous condamne à huit ans de détention et quatre-vingt mille euros d’amende.

Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, j’ai pris ma tête à deux mains. Grossière erreur ! J’aggravais mon cas…

Publié par lucius dans Lucius, 3 commentaires

Toniachka – Révolte en culotte courte (5)

De la religion, je ne vais pas me faire que des copains et des copines !

Autant annoncer la couleur de suite : je suis une brebis très égarée.

Et j’entends les cris d’effroi de certains qui diront que cette chronique est blasphématoire, pas drôle du tout et qu’on ne peut pas rire de tout.

A ceux‐là, je réponds qu’il est impératif de rire de tout et de respecter la liberté d’expression, de dessins et de croquis ! Le jour où nous ne pourrons plus faire cela, nous aurons un gros souci.

Comme d’habitude, je m’égare …

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de croire.

J’ai été baptisée contre mon gré, je n’étais pas en âge d’exprimer ma désapprobation ni de me révolter ce jour‐là et je dois mes essais en croyance, à ma mère, qui militait pour une éducation religieuse que mon père refusait ardemment.

Comme dans les couples, il faut faire des compromis, décision fût prise que je suivrais des cours d’éducation religieuse, que je chanterais dans la chorale de la paroisse de la petite ville où nous demeurions et que je ferais ma communion solennelle.

Après ces divins efforts, je serais libre de faire ce que je voulais de la religion.

En échange de quoi, mon père obtenait de ma mère que j’échappe à une scolarité religieuse dans un institut catholique du département, très réputé et très cher.

Ouf, je ne m’en suis pas trop mal sortie.

Je ne crois pas que j’aurais supporté les cours dispensés par des bonnes sœurs et des bons frères psycho rigides, tatillons et pointilleux, dénués d’humour et très coincés avec les plaisirs de la vie. Je n’aurais pas mieux accepté les petits camarades de classe issus de familles catho où madame s’empressait de donner naissance à 10 gosses parce que prendre la pilule eût été considéré comme un crime.

Et, bien que je me sois trop souvent ennuyée à l’école publique, je la préférais, de loin, à l’école catholique.

Suivant les préceptes du deal parental, je fus inscrite à la chorale et ce fût, depuis le baptême

imposé, mon premier contact lucide avec la religion.

J’étais en âge de me faire une opinion, de m’exprimer et de me révolter.

La paroisse était composée d’un curé bougon d’une cinquantaine d’années mais, au fond, brave homme, que j’aimais bien et qui, néanmoins, me faisait un peu peur à cause d’une prognathie maxillaire inférieure, et de chenapans, tous du sexe masculin qui n’avaient pas plus que moi choisi de chanter dans la chorale à l’occasion de la messe dominicale.

Étant la seule représentante féminine de ce chœur, je bénéficiais d’emblée de la sympathie de tous : du curé, des chenapans, de la femme de ménage de la charmante église du XIIIè siècle qui traînait ses pantoufles sur le froid carrelage lorsque nous répétions et qui fricotait probablement avec le brave curé, de la Vierge Marie, de Jésus et de ses apôtres et de Dieu lui‐même ainsi que des clients de la paroisse qui s’entassaient le dimanche pour entendre de petits anges blonds chanter Dieu.

Je profitais honteusement de ce statut privilégié en introduisant régulièrement des mots, dans les chants liturgiques du dimanche, qui ne faisaient pas partie des textes.

Des bananes, croissants, canards et mainates surgissaient au beau milieu des gloires à mon Dieu, des Jésus me voici devant toi et des Ave Maria.

Personne ne pouvait manquer ces incursions lexicales, reflet de mon monde d’enfant rempli de petites préoccupations : « aurais‐je assez d’argent de poche pour acheter un croissant en sortant de la chorale ? », « il faut que j’apprenne à mon mainate à dire merde, tu me fais chier », « j’ai envie d’une banane », « Cloco et comme d’habitude me pincera les gambettes avec son bec pour fêter mon retour » ….. Cloco était le nom dont était affublé mon canard blanc avec un bec orange qui connût un funeste destin, des années plus tard, en se faisant manger par un renard.

… et tout le monde faisait semblant de ne rien avoir entendu.

Seul, le curé bougon me jetait un œil noir mais, son sens de la compassion, l’empêchait, à la fin de la messe, de me gronder. De plus, il ne voulait pas perdre la seule et unique voix de soprano colorature qui retentissait dans l’église parmi les voix des garnements ténors et contre‐ténors.

Sur le chemin qui me ramenait chez moi, je riais à gorge déployée de mes forfaitures. J’avais réussi à rendre ludique la corvée du dimanche : chanter des textes auxquels je ne croyais pas un instant et dont les paroles me paraissaient ridicules en introduisant des mots ou des mini‐phrases tout ce qu’il y a de plus païen.

Il y eût ensuite la communion solennelle qui se préparait longtemps à l’avance sous la forme de cours hebdomadaires d’éducation religieuse effroyablement ennuyeux et, juste avant l’événement, sous la forme d’un séminaire, seul moment un tant soit peu rigolo.

Il s’agissait de rassembler, pendant 4 jours, dans la campagne environnante, sous des tentes et en pique‐niquant, les futurs communié(e)s pour prier ensemble, tous ensemble, tous ensemble.

Pour moi, c’était banco : je manquais 4 jours d’école dont j’avais une sainte horreur et j’avais l’occasion de rencontrer des enfants que je ne connaissais pas, de tester mon pouvoir de séduction, de faire ma belle, de balancer des conneries, de jouer à la squaw et à la Robinsonne.

Le grand jour arriva et je portais la robe de communion de ma mère, qui croyait me faire un immense honneur en me la prêtant.

Sa robe s’apparentait à une espèce de crème chantilly démodée et compliquée à enfiler avec des volants partout et d’un blanc immaculé, dans laquelle j’empêtrais mes guiboles d’un blanc tout aussi immaculé et mes petons 31 fillette.

Pour cette grande occasion, on avait également monté mon épaisse et longue chevelure sur ma tête en un genre de choucroute qui tenait grâce à de nombreuses barrettes‐saucisses.

Je ressemblais à un mets Alsacien au‐dessus des épaules et à une célèbre crème à partir des épaules. Un mélange improbable salé‐sucré.

Après la cérémonie, et durant le repas de fête qui suivit, je m’empressais de tâcher cette robe dans une réaction vengeresse inconsciente et me faisais copieusement enguirlander par une mère furibonde.

A la suite de cette communion solennelle et, ayant rempli ma part du contrat familio‐religieux, je mis immédiatement en application la dernière prescription de la décision parentale et je m’ex-communiais de toute religion.

Jeune adulte, je lisais le coran, le talmud et la bible, non par accès mystique ou révélation divine mais afin de parfaire mon éducation générale et dans un but purement intellectuel.

Je m’informais également sur Luther et les évangélistes, sur les Orthodoxes, sur Bouddha et ses dérivés.

J’en concluais que ‐ et je revendique le droit de penser que – n’en déplaise à tous les culs bénis de la terre :

– La religion catholique est une secte qui a réussi

– Le Vatican est une entreprise dont le meilleur chef d’entreprise, si j’en crois les adeptes, a été un Polonais, béatifié et canonisé il y a quelque temps, qui avait un si grand sens du show business qu’il était surnommé « pape star » et qui circulait dans une papa mobile !

– Jésus et les apôtres étaient une bande de potes qui aimaient festoyer autour d’une grande table. Jésus était le meneur de la bande parce qu’il y a toujours un meneur dans les bandes. Malheureusement, il y eu un salaud parmi les potes. Mais qui n’a pas été trahi au moins une fois dans sa vie par ce qu’il croyait être un ami ? Pour Jésus cela s’est très mal terminé

– Continuer à dire vierge Marie après avoir donné naissance à Jésus et la conception virginale de Jésus relèvent du foutage de gueule et il faudrait arrêter de nous prendre pour des cons

– Les textes religieux sont des contes tantôt merveilleux tantôt atroces et cruels

– La religion, quelle qu’elle soit, n’avait, avant l’apparition des sciences, qu’un seul but : expliquer les phénomènes inexplicables qui faisaient flipper l’humanité depuis son existence et rassurer cette humanité ignare, grâce à des croyances surnaturelles

– Depuis que la science fournit des explications rationnelles aux orages, aux comètes et autres bizarreries climatico‐spatio‐existentielles‐temporelles qui inquiétaient l’Homo Sapiens depuis des siècles, il n’y a plus aucune raison de croire en quelque divinité que ce soit

– Au nom de la religion, depuis des siècles, l’homme peut tout aussi bien tuer à tout va que construire des merveilles architecturales et jamais, je ne participerai de quelque manière que ce soit à cette ambivalence digne d’un traitement psychiatrique

– Sans un monde totalitaire où il serait obligatoire d’adhérer à une croyance religieuse, et si tant est que ce monde totalitaire permette de choisir, je choisirais, par défaut, le bouddhisme car ce n’est pas une religion mais une science de l’esprit et les bouddhistes, contrairement aux autres pratiquants des grandes religions, n’exercent aucun prosélytisme et ne tuent pas au nom de leurs croyances. Les athées non plus n’exercent aucun prosélytisme et n’emmerdent pas les autres avec leur athéisme

– Les protestants sont bien trop rigides pour mon goût, le meilleur exemple que je connais fût un premier ministre démissionnaire qui était vraiment très coincé et pas rigolard du tout

– Croiser des belphégores dans les rues me mets extrêmement mal à l’aise et il faut arrêter les conneries, soit les hommes se déguisent également en belphégor au nom de l’égalité, soit femmes et hommes circulent à visages et têtes découverts et habillés sans signe distinctif de religion. Il ne devrait pas y avoir d’autre choix possible

– On vit parfaitement bien sans religion et il n’est pas nécessaire de croire au divin pour respecter l’autre, être attentif, ne pas se comporter comme un abruti et aider l’autre quand l’occasion se présente

– Il est scandaleux que la messe du dimanche soit diffusée sur une chaîne publique alors que nous vivons dans un pays laïc et que mes impôts servent, en partie, à rémunérer les écoles privées catholiques sous contrat d’association avec l’Etat

– La religion a, dans l’histoire de l’humanité, généré plus d’obscurantisme que de progrès

– Les fanatiques, intégristes religieux et autres fous des dieux existent dans toutes les religions

Amen !

Publié par Toniachka dans Chronique, Toniachka, 4 commentaires

Rendez-vous – Suite (4)

Le vent claquait dans la mâture gonflant la grand-voile. Le sel collait au bastingage, constellant de diamant le navire filant sur des moutons écumeux.

Dan, pipe au bec, digne d’un roman de Stevenson, humait les embruns cherchant la direction du vent. Le vol d’un fou de Bassan au-dessus du mât tentant une approche difficile, laissait son ombre caresser l’eau. Un rayon oblique traversa un cumulus. Tiède frôlement sur ma peau réchauffée. L’Afrique, loin derrière, avait gardé pour elle ses fragrances épicées, ses viciations corrompues, nous laissant reprendre haleine. Un vent constant d’est nous avait saturé en poussières venues des savanes et maintenant, à cent miles des côtes, nous remplissions nos poumons de senteurs marines, d’arômes iodés, d’air vivifiant, nettoyant en profondeur notre gorge irritée.

La tribu s’occupait comme elle pouvait. Lecture, jeux de société, dessin ou peinture, travail scolaire, c’était selon. La grande nous préparait des salades, car avant de partir, nous avions fait le plein de fruits et légumes. Cent trente kilos de primeurs en tous genres. Nous sommes des moutons sur la mer, comme disent nos potes. Quoi de plus normal ? Des véganistes non extrémistes, car il nous arrive de faire quelques écarts gourmands, bien que cela se traduise en général par une lourdeur stomacale assez déplaisante. Bien fait !

Cependant, douze jours de navigation ce n’est pas la mer à boire, heureusement, nous en aurions de trop ! Mais tout de même.

Un rendez-vous capital nous attendait au milieu de nulle part. Un rendez-vous que pour rien au monde je n’aurais voulu manquer. D’ailleurs, personne ici n’aurait voulu le manquer. Cette rencontre, sans vouloir me l’avouer, je l’avais toujours espérée mais n’imaginant jamais qu’elle arrivât un jour. Les enfants faisaient des prévisions fantaisistes et nous-mêmes essayions d’imaginer à quoi ils pouvaient ressembler, envisageant le pire, se préparant à une rencontre insolite et surprenante.

Dan me rappela, à juste titre, qu’ils pouvaient bien être à l’image de l’ange venu nous porter la nouvelle. Ou devrais-je dire l’archange, tant sa beauté était surprenante. Un mélange de déesse, de fée et d’ondine, le tout assaisonné d’une grâce naturelle jamais rencontrée sur notre pauvre Terre.

Nous nous regardâmes comme pour nous jauger, évaluant nos petites personnes sans prétention. Nous ne sommes pas, Dan et moi, d’une beauté suffocante. La nature, qui sait parfois se montrer généreuse, nous a saupoudrés d’un petit quelque chose que je nommerais charme. Dan a dans son ensemble, une harmonie certaine où se mêle une pointe d’élégance, un grain de piment, un soupçon de sex-appeal. En quelques mots, certaines diraient qu’il a du chien. Du chien oui, seulement pas n’importe lequel ! Un sloughi du désert. C’est assez racé comme bête et cela me plaît.

Pour ma pomme, on dira que la nature a dû m’oublier dans ses armoires, se rappelant de ma personne de temps en temps, ce qui a eu pour conséquence une taille que les enfants eurent vite fait de rattraper. Un mètre cinquante huit, pieds nus, pour cinquante kilos mouillée. Pas de quoi en faire un flan, je ne jouerai pas la nouvelle Lara Croft. Mes cheveux indomptables et bouclés dépassent mes épaules et ont la couleur du miel brun. J’ai les yeux assortis aux cheveux : noisettes fraîchement cueillies où quelques gouttes d’or y sont tombées. Certains me demandent si je ne suis pas italienne, car ma peau a aussi la couleur de l’ambre. En fait, je suis une automnale. Voilà. Je suis comme ces feuilles que l’on trouve au mois d’octobre sur le bord des chemins en Provence ou ailleurs mais je préfère en Provence, c’est mon pays de prédilection. Que cela ne laisse pas croire que j’ai atteint l’âge de la retraite, non, non. Mon tendre et moi cumulons à nous deux cet âge attendu par les travailleurs épuisés. Tout juste, en plus ! Soixante ans à nous deux et déjà quatre enfants ! Nous avons fait vite, c’est ce que nous voulions.

Depuis l’appel téléphonique ou plutôt l’appel télépathique reçu durant notre passage sénégalais, le destin de la smala avait changé. D’épanouis et heureux, nous étions devenus impatients et fiévreux comme des chevaux sentant l’écurie. Le temps qui passait nous semblait mortellement long et le soleil enflammait davantage nos esprits agités. L’Océan, bleu et calme pour l’instant, nous accompagnait jour après jour vers l’ouest et le mystère.

Dans moins d’une semaine, le point exact de la rencontre nous trouverait excités comme des lucioles face aux flammes brûlantes des lampes-tempête. Notre imagination effervescente bouillonnait dans un délicieux désordre. C’était à celui qui inventerait la plus terrible éventualité. Nous passions de grands moments à échafauder des solutions chimériques, histoire de le tuer… le temps. Ce n’est pas tous les jours qu’un événement pareil arrive. Pensez à notre enthousiasme frénétique. De toutes les façons rien ne se fait sans un peu d’enthousiasme comme le dit si bien Voltaire, et là, on l’était, enthousiastes, avec en plus, pas mal de mérite.

Ou du courage !

Ou de l’inconscience !

Inconscients ! Voilà ce que nous étions. Ne faut-il point l’être ? Partir, comme cela, au hasard d’un rendez-vous avec l’inconnu ? Et pas n’importe quel inconnu ! Un inconnu de taille ! Un étrange individu venu des étoiles. Un énigmatique mystère !

J’ai toujours aimé le mystère. Déjà enfant, je battais la campagne guinéenne au sens propre du terme, avec un long bâton de bambou à la recherche des serpents, derrière la maison, tout près de la brousse. J’adorais regarder se dresser le cobra cracheur de venin et partir en courant, hurlant comme une diablesse, lâchant le bâton pour aller me jeter dans les bras de Sahib qui me grondait que c’était très dangereux pour une toute petite fille. Ce n’est pas en grandissant que je me suis assagie. Je ne bats plus la campagne, ni au sens propre, ni au figuré. Quoi que…

Depuis deux jours, le vent avait tourné sud-ouest. Fou ce vent. Les alizés ont perdu le sens des convenances ! Ce soir, quelques cirrus filamenteux traînaient leur déprime sur fond rubis. Des dauphins argentés s’amusaient à l’étrave, frôlant effrontément la coque, moqueurs de notre curiosité passionnée. Nos trois boutures criaient et sifflaient à la proue du bateau, penchés redoutablement sur les flots, mains tendues vers d’improbables caresses. Mammifères mythiques, comprenant peut-être la passion des piafs, l’un d’eux nous fit une démonstration de ses talents d’acrobate, suivi par ses copains qui, en bande, bondissaient prodigieusement, pirouettant dans les airs telles des quilles de jongleurs.

Les cœurs enflés d’espoir, libérés des obligations théologiques et suivant les lumières de la raison, nous approchions, impatients mais philosophes du moment où la rencontre aurait lieu. Certes, je n’avais pas la prétention de délier les principes fondamentaux de la métaphysique, cependant, cette rencontre céleste éclairerait ma faible lanterne.

Dan occupait ses pensées entrelaçant interminablement des torons effilochés pour des épissures dont il n’avait cure, et moi, je scrutais l’horizon à m’en brûler les quinquets.

Un crépuscule impudent par sa beauté avait fait place aux ténèbres sinistres d’une nuit sans dame Séléné. Le voilier filait, tranquille, bâbord amure, gîtant mollement. La mer était assez calme, ce qui est préférable la nuit. J’aime bien voir venir les vagues pour anticiper s’il le faut. Notre pilote automatique tenait la route, infatigable, créant un léger ronronnement dans le carré. Relié à la barre à roue de la timonerie intérieure, le mécanisme tournait et retournait la roue, seul, comme un fantôme barrant en notre absence.

La tribu s’est endormie. C’est l’heure de mon quart. Un moment privilégié. Un instant volé au sommeil qui m’appelle ; instant magique de grande paix, de retour à soi. Les secondes s’égrènent suivies des minutes portées par le vent vers la nuit infinie. Tuer le temps ainsi est un passe-temps agréable ; écouter les flots taper sur l’arrière du voilier, regarder les étoiles et plus loin encore si l’on peut, vers le vide éternel, essayant de comprendre ou d’imaginer ce que serait la vie ailleurs, au-delà de notre perception. Je regarde les astres, et tout désespoir, toute inquiétude s’effiloche dans les méandres de mes pensées secrètes. Je vis, je respire, je m’envole et plane comme un aigle dans le noir du ciel, loin très loin, au-delà des nuages. Mon imagination fertile trouve toujours le repos en regardant le firmament et ses milliards d’étoiles folles qui dansent sous la voûte céleste. Ici, pas de pollution lumineuse ni de nuages souillés.

Dan, que le stress a vidé, ronfle, impunément affalé sur la couchette du carré, et, j’entrevois un avenir utopique, abandonnée à de vagues méditations. Toujours les mêmes questions sans réponses tournaient et retournaient comme une toupie lancée dans le vent : comment étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Sauraient-ils nous comprendre, nous apprécier ? Pourquoi nous avaient-ils choisis ? Qu’avais-je de différent ? L’écriture de mon roman était-elle un prétexte ou simplement avait-il vu en nous cinq, l’archétype de la famille excentrique ?

Excentrique. Voilà un mot qui me plaît, qui me ravit. J’affectionne tout ce qui sort du centre, tout ce qui est « anormal. » J’ai par contraire, une répulsion de l’ordinaire, de tout ce qui est commun. La banalité ne fait pas mon affaire ; je préfère tourner les talons, aller voir ailleurs, ne pas perdre mon temps ; il passe trop vite, le temps, et je ne veux lui courir après que si le jeu en vaut la chandelle.

Perdre son temps, pour moi, c’est s’ennuyer, et lorsque je regarde les étoiles pendant une heure, je ne m’ennuie pas. C’est terriblement captivant. Toujours à la recherche d’une étoile filante, d’une lumière qui pulserait d’une manière différente. Ce n’est en rien ennuyeux. Pour moi en tout cas. Ce qui n’est sûrement pas le cas de la plupart des gens. Normal, ils sont au centre. Nous autour. Loin autour. Leur esprit, coulé dans un moule identique, se trouve bien. Ils veulent à tout prix se sentir normaux, normaux, normaux !

Deux heures du matin, la Dame se hissait pudiquement à l’est, orange et presque ronde derrière quelques vagues nues, étalant ses rayons sur la mer calmée. J’étais moins seule, elle colorait ma nuit et m’accompagnait dans mes réflexions solitaires. Allongée sur la plage arrière, une couverture enroulée, mes yeux se perdaient dans l’infini. La musique aux oreilles en sourdine, j’écoute du Satriani : Flying in a blue dream. Parfait pour moi, et le titre et la guitare. Il me tenait souvent compagnie pendant mes quarts. Mes idées s’échappèrent et la question revint, inlassable : comment seraient-ils ? À quoi devions-nous nous attendre ? À quoi ou à qui ? Des androïdes envoyés en éclaireurs, de vulgaires robots ou d’étranges humanoïdes le crâne rasé et les oreilles pointues comme le vulcain dans Star Trek ? Comment allaient-ils nous contacter ? Par téléphone, comme la première fois ? Par la pensée sûrement.

La pensée ! Cet ensemble neurologique compliqué par lequel l’être suprême, – l’Homme – au contact de la vérité concrète, organise ses idées, les unit entre elles et acquiert de nouveaux discernements. Oui mais là, il travaillait par télépathie tout de même ! Il est vrai que jusqu’à présent, je n’y adhérais pas trop, tant le sujet me paraissait improbable. La transmission de pensée entre jumeaux peut-être, or, scientifiquement… Et là, d’un coup, ça me tombait sur la tête comme un coup de bambou. Même Rhine, après de longues années d’études, avait essayé de prouver au monde cartésien, l’existence d’une aptitude à percevoir ces phénomènes de télesthésie ou transmission de pensées, sans grand succès je crois. S’il vivait encore, le pauvre vieux en serait tout heureux. Je pourrais le rencontrer et lui dire : Écoute Rhine.

Écoute…

dans ton esprit las le doux chant d’une voix éthérée qui te dit de l’attendre, de lui prendre la main, d’écouter ses secrètes pensées.

Oui j’écoutais, j’étais tout ouïe, pourtant rien ne bruissait à mes oreilles. Seul le silence relatif de l’océan me répondit et je crus tout à coup percevoir une forme plus sombre que la nuit, une masse énorme, là, juste au-dessus du voilier, qui éclipsait les étoiles, un truc cent fois plus gros que l’Enterprise, à faire frissonner de froid un Touareg au centre d’Azawagh.

Holà, je m’envolais sur un fil imaginaire au gré du vent. Je fabulais fixant les étoiles au-dessus de ma tête depuis une heure. La Lune peut-être m’avait touché le système nerveux, et je partais en déconfiture. Mais non, décidément, je ne rêvais pas, un trou noir, plus noir que le ciel se trouvait juste au-dessus, occultant la pâleur de cette nuit lunaire. D’un bond, je fus debout sur le pont, plissant les yeux pour tenter de mieux apercevoir l’invisible. Silence. J’en avais mal au cou, j’étais mieux couchée.

Aucun murmure, aucun chuintement, aucun souffle aussi léger fut-il ne vint effleurer mes oreilles. C’était le calme plat, hormis le doux bruissement des vagues sur la coque. L’air sembla s’épaissir et une sensation de chaleur plana alentour, comme le souffle léger d’une haleine d’enfant sur le bras. L’air un peu endormi, souriant sereinement, mon tendre sortit à mes côtés et me prit la main, enchâssant ses doigts dans les miens. Elle était chaude et légèrement moite. Il regardait autour. Avait-il ressenti quelques troubles suspects ? Quelques vibrations extrasensorielles ?

« Tu as le sommeil léger ce soir, soufflai-je, une inquiétude quelconque ? 

Seulement un pressentiment, appelle ça comme tu veux. Un truc étrange dans le cerveau, un essaim d’abeilles électriques.

Normal. Lève la tête et regarde ! »

Les yeux scrutant le vide, il semblait hésiter dans ce qu’il apercevait ou n’apercevait pas.

« Et que faut-il voir ? dit-il les yeux levés, j’ai loupé quelque chose ?

Rien que le vide. Tu n’as rien loupé, mais cet abysse de néant, cet insondable abîme me tourne les boyaux. Tu ne remarques rien ?

Ma foi, il est vrai que là, dit-il pointant son index dans la bonne direction, on dirait qu’il manque quelque chose.

Ah ! Tu vois qu’on n’y voit rien !

Heu… si tu veux. Ce que je vois, moi, c’est qu’il n’y a plus d’étoiles.

Voilà ! Tu as tout compris ! Elles ont disparu ! D’un coup, comme ça ! fis-je en claquant des doigts.

Tout est relatif. Ce noir est bien là, et ça c’est absolu.

Absolument ! »

Nous avions beau plaisanter pour nous rassurer mutuellement, le fait est qu’ils approchaient, ça se sentait au creux du plexus.

Publié par Babé dans Article de Presse, Elisabeth Poggi, 0 commentaire

Au hasard des mots

C’était dans ses habitudes, bien particulières l’avouait-elle même volontiers, de se jucher, reine de tous les pays, sur la plus haute tour de la Grande Capitale ; que le vent y soit taquin et la pluie jalouse, la bise mordante ou le ciel en colère, elle n’hésitait pas à tendre son visage de deçà les horizons afin de discerner, du mieux qu’elle le pouvait, les différentes teintes qu’offraient les terres alliées, morceaux de tissus titanesques perdus par quelques géantes esseulées. Ce soir-là ils gondolaient étrangement sous la brume de chaleur qui s’était invitée pendant la journée, un printemps… Habituellement le temps n’était pas si violent, plutôt indolent en cette période. Cela ferait sûrement baisser encore les prix, ils étaient déjà en pleine déflation, les légumes et les fruits souffraient de cette moiteur et il était très difficile de tous les conserver. La jeune fille jeta un coup d’œil, par succession d’idée, à son traité de médecine posé à côté d’elle, traitant une foultitude de sujets, tous plus intéressants les uns que les autres. Actuellement elle lisait (et apprenait) la partie sur le corps humain. Qu’il était complexe ! Elle se demandait toujours pourquoi il ne se désarticulait pas et s’effondrait tel un pantin sans maître. D’une main distraite elle feuilleta le livre épais, caressant son dos recouvert de velours rouge sombre ; ses yeux captèrent, par ci par là des mots encore inconnus qui semblaient doués d’une vie propre: fascias, fémur, métacarpe…

Elle referma l’univers et s’étira, clouant d’un bref instant la stupeur des étoiles de ses yeux vert de mer, son regard se tournant à nouveau vers l’horizon. Il était aussi coloré que… qu’un arc-en-ciel ? Peut-être mais l’harmonie qui s’en dégageait lui faisait surtout penser à un xylophone, étrange instrument gai et enfantin dont le corps ne laissait en rien présager la sonorité. Alors qu’elle partait en des chemins poétiques, son ventre la rappela à l’ordre: un gargouillement peu délicat la fit se lever d’un bond. Au diable les révisions et autres monologues de l’esprit, elle irait d’abord grailler. Se sustenter est plus correct, la tança son cerveau, tais-toi, lui répondit-elle, il y a de la tartiflette aujourd’hui et cela vaut tous les écarts !

Écrit suite à un concours de mots.

Publié par Yuki Penalver dans Yuki Penalver, 0 commentaire

Les huit photographies (1880-1930) version 2

(1890) Le katana est posé au côté droit, selon le code d’arme, et les mains reposent à plat sur les cuisses. Tout est flou à l’arrière-plan, l’objectif s’est arrimé, comme un œil d’enfant simple et curieux, sur le volumineux nez du vieillard à genoux.

Au verso de la photographie, il est écrit: « je ressemblais à un sanglier… ma vieillesse a vraiment trop duré ! »

(1894) La table est tellement garnie qu’on ne pourrait même plus y inviter une fourmi. Dommage qu’on ne puisse apercevoir qu’un bout de toute cette agitation; verres, assiettes, nourriture, boissons, couverts, instruments semblent tergiverser sur qui fera le plus de raffut en s’écrasant au sol. Mais où est le vieillard ?

(1930) Tout juste sorti de chez le coiffeur, un pantalon à bretelle s’efforçant de cacher un léger ventre bedonnant, et une chemise éclatant de blancheur. De dos à l’appareil, la tête tournée, le bref geste agacé de sa main indique qu’il ne souhaites plus être « figé ».

Cette photo a été déchirée en deux puis recollée.

(1916) Heureux pour une raison méconnue, son sourire fait office de lampe mais ne peut s’empêcher d’outrer le nez, malicieusement. Il est pourtant plus petit sur celle-ci ! Avec le temps, le papier a pris une étrange couleur bleue et teint une chevelure en bas à gauche.

Au verso: « Ma cousine âgée de 6 ans est ici, devinez où ! »

(1918) Une vieille dame est assise sur les bras d’un canapé usé, dont l’aspect suranné confère au cliché un sentiment légèrement étouffant. Un cerceau traîne par terre, au milieu de poupées de porcelaine. Ses cheveux blancs sont lâchés et d’un regard espiègle elle désigne la photographie de son cousin, qui semble avoir dans les 50 ans, peut-être moins.

(1900) Belle perspective sur celle-ci où l’horizon se joue des rayons lunaires, les renvoyant aux confins de régions argentées. Un lac exhibe sa magnificence sous les vents polaires et sous son regard émerveillé. Tout premier vol à bord d’une montgolfière, toute première véritable sensation de liberté.

« C’est vraiment un merveilleux souvenir, je ne suis pas sûr de pouvoir m’en refaire comme celui-ci.« 

(1920) Des guirlandes de papiers, des masques colorés dans tous les coins ! C’est la fête assurément et le nombre d’invités prouve sa valeur. Il s’agit sûrement du « double-âge » où l’esprit et l’apparence s’équilibrent. Le voilà d’ailleurs en train de grappiller déjà quelques petits fours, au milieu de jeunes, verres à la main et discutant entre eux.

Publié par Yuki Penalver dans Yuki Penalver, 0 commentaire