Lucius

Dieu sait ce qu’elle va m’offrir !

Cette nouvelle m’a été commandée pour un recueil de la St Valentin 2014, intitulé : « A nos amours, bordel ! ».

Lorsque l’Ami se rendit, l’âme guillerette, à son rendez-vous valentinesque, il ne se doutait pas que le plus extraordinaire des cadeaux l’attendait.

Il s’imaginait clouer le bec de l’Amie pour de longues minutes, chose aisée à imaginer, mais tellement délicate à mettre en œuvre. La réalité en fut tout autre.

L’Amie l’accueillit avec cet élan et cet enthousiasme qui la caractérisait. Le programme était prévisible : effusion, fusion, infusion. Une belle soirée s’annonçait.

L’Ami tenait serrée sa surprise au fond de la poche. L’excitation et l’impatience le faisaient tressauter sur place. Il reçut un bisou langoureux en guise d’espace vert phylactérien (de préambule, quoi !). Puis :

— On offre les cadeaux tout de suite ?

L’Ami avait dégainé sa petite boîte et la présentait, paume à plat, le cœur battant. L’Amie s’en emparut1.

— Qu’est-ce que t’est-ce ?

— Ouvre et tu verras. Mais regarde bien, c’est très fugace !

Elle ôta le couvercle et poussa un cri. Le spectacle était déjà terminé.

— Magnifique, dit-elle dans un soupir. C’était quoi ?

— Un boson !

— Un boson ? Mais comment as-tu pu…?

— Il m’a fallu une semaine pour l’attraper ! J’ai failli renoncer plus d’une fois ! Mais pour toi, rien d’impossible !

Il eut droit à un deuxième bisou passionné d’une durée de deux minutes trente et de force huit sur l’échelle dédiée. Il avait gagné la partie. Du moins, le croyait-il.

— À mon tour, s’écria l’Amie ! Viens voir par ici…

Il la suivit, encore tout cotonneux.

— Voilà, c’est ici.

— Je ne vois rien…

— Mais si, regarde bien.

— Ah oui, le petit concentré d’énergie, là ?

— Oui !

L’Ami s’approcha, tendit le doigt, le retira vivement.

— Dis donc, on sent… on sent…

… que ce petit concentré ne demandait qu’à s’exprimer, de la façon la plus vive et la plus spectaculaire.

— Tu es prêt ? demanda l’Amie. À toi de jouer, maintenant.

— Je dois faire quoi ?

— Appuie sur le bouton !

Elle lui tendit un interrupteur, d’une main inhabituellement tremblotante. L’Ami s’empara de l’objet, et marqua un temps d’arrêt.

— Vas-y ! l’encouragea-t-elle.

Alors l’Ami obtempéra.

L’éclair qui jaillit du petit concentré d’énergie les chavira tous deux. Il fermèrent les paupières un peu trop tard et grimacèrent sous le choc.

Quand ils regardèrent à nouveau, tout avait changé.

— Ça a marché, ça a marché ! hurla l’Amie en sautillant sur place. Elle se jeta au cou de l’Ami, qui suffoqua et tenta de se dévisser la tête pour étudier la scène. Lorsqu’il put se dégager enfin, il s’approcha.

— Mais comment as-tu pu faire ça ? balbutia-t-il, subjugué.

— J’ai simplement transformé de l’énergie en matière.

— Oui, mais quelle matière ! Regarde, toutes les poussières se reconstituent pour former des boules ! Et elles tournent les unes autour des autres. Regarde celle-là ! Elle grossit à vue d’œil…

— Recule-toi ! Vite !

La sphère avait explosé et se consumait. Elle dégageait une chaleur vive

— L’Amie, tu es un génie !

— Attends, rétorqua-t-elle, tu n’as pas tout vu. Ce n’est que le début.

Elle s’approcha des petites sphères, sembla hésiter un moment, puis porta son choix sur l’une d’elles, parsemée de bleu, qui n’était ni trop près ni trop loin de la boule de feu. Elle sortit de sa poche une quantité de petits sachets et saupoudra la sphère.

— Mais que…

— Deux secondes, coupa-t-elle. Approche-toi et regarde…

— Oh, mais ça grouille à la surface ! C’est quoi ?

— Des petites bestioles de mon invention.

— Incroyable ! Et ça se reproduit à une vitesse !

— Oui, mais ne t’inquiète pas. C’est un écosystème autodestructif. Ils vont se multiplier, tout coloniser, et disparaître très vite. Moins vite que ton boson, mais tout de même !

— Ah oui, effectivement, ils se bouffent les uns les autres !

L’Ami était comme hypnotisé. Toute la surface de cette petite boule était le théâtre d’animations, de combats…

Il eut alors une idée. Tirant de sa poche un petit gravillon, il le jeta à la surface de la sphère, qui frissonna sous le choc.

— Mais arrête ! s’écria l’Amie. À quoi tu joues ?

— Je voulais voir comment réagissent tes bestioles à un stimulus extérieur.

— C’est malin, tu m’as niqué les plus grosses !

En effet, une bonne partie des bestioles n’avait pas supporté l’expérience. La sphère s’était également recouverte d’un nuage de gaz opaque, et refroidissait rapidement. Le nuage finit toutefois par disparaître.

— De toute façon, il sont programmés pour crever, non ? lâcha l’Ami, un peu honteux.

— Oui, mais ils doivent crever selon mon scénario ! Là, tu m’as tout déréglé ! Regarde, on arrive à un équilibre entre toutes les espèces. Mon écosystème autodestructif est à revoir !

— Tu sais ce que tu devrais faire ? Placer sur ta boule une bestiole qui flingue toutes les autres. Une bestiole très con, qui s’autodétruirait après avoir zigouillé tout le reste.

— Oui, pourquoi pas. J’en ai une en réserve, mais j’avais hésité à m’en servir. Attends, il faut que je la retrouve. L’Ami, sers-nous l’apéro en attendant que je remette la main dessus.

— Bien, chef. Que veux-tu boire ?

— Une ambroisie, comme d’habitude !

Le temps que l’Ami eût rempli les verres, sa dulcinée était de retour, plusieurs sachets à la main.

— J’ai même eu le temps de revoir sa programmation. Je crois que tu vas être content. De fait, j’ai trouvé le moyen ultime de renforcer son agressivité.

— L’Amie, tu es divine. Raconte !

— Il naîtra en sachant qu’il va mourir. Dès lors, il va lutter contre cette malédiction, précipitant sa perte et celle de son entourage.

— Génial !

— Et ce n’est pas tout ! J’ai créé plusieurs déclinaisons de l’espèce. Ceux-ci, dit-elle en versant le contenu d’un sachet sur la sphère, pensent qu’ils sont les meilleurs. Ceux-là sont persuadés qu’ils sont mes préférés.

Et elle saupoudra une nouvelle semence…

— Parce qu’ils te connaissent ?

— Oh, pas vraiment. Mais suffisamment pour qu’ils aient peur de moi.

— Je peux vider un sachet, moi aussi ?

L’Ami était dans un état d’excitation extrême. Il tendit un verre d’ambroisie et reçut un petit sac en retour. Ils trinquèrent.

— Et ceux-là ? demanda-t-il en agitant son trophée.

— Surprise ! Allez, verse-le où tu veux.

Ce petit monde prenait vie à une allure vertigineuse. Le déséquilibre commençait cependant à peine à entamer la sphère.

— Regarde, l’Amie ! Une petite bestiole est grimpée en haut d’un monticule. C’est extraordinaire, j’entends vaguement ses pensées.

— Oui, c’est normal, j’ai réglé leur fréquence cérébrale sur la nôtre. Mais il faut s’approcher très près et bien se concentrer pour percevoir leurs ondes. Ils sont si petits.

— J’ai une idée !

Se penchant au plus proche du petit monticule, il fixa un moment la petite bestiole. Puis il se recula, visiblement satisfait.

— L’Ami, tel que je te connais, tu lui as raconté tout un tas de conneries. Allez, avoue ! Tu lui as dit quoi ?

— Je lui ai interdit à peu près tout !

— Non, tu n’as pas fait ça ?

— Si ! Et en premier lieu : « tu ne tueras point » !

— L’Ami, tu es un monstre ! Ils sont programmés pour s’entre-tuer !

— Justement, ça va les rendre complètement fous !

— Tu es démoniaque ! Mais je t’adore.

— Moi aussi, l’Amie…

— Viens, j’ai envie de toi…

— Mais attends, c’est pas dangereux de les laisser tous seuls ?

— T’inquiète pas, quand on aura fini notre petit câlin, ils seront tous crevés. Et puis, d’après mes calculs, la petite boule qui brûle va exploser dans exactement quarante minutes.

— Merci l’Amie !

— Ça t’a plu ?

— Je suis au paradis !

1Ne faites pas attention, c’est l’émotion !

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Des nouvelles de Lucius – Pas un geste !

Vous rappelez-vous l’affaire Dieudonné, et sa quenelle ?

Moi non plus !

Mais j’avais écrit ceci :

Je me baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, lorsque je tombai nez à nez avec Nestor Boyaux.

Vous dire si parfois, le sort s’acharne sur moi !

— Comment vas-tu, petit salopiot ? me demanda-t-il à brûle jaquette, parce que les pourpoints n’étaient plus à la mode depuis belle lurette.

— Très bien, merci, mis à part que je me suis légèrement démonté l’épaule, hier, au tennis, fis-je en me massant machinalement l’articulation.

Je le vis blêmir. D’un geste sec, il stoppa mon geste.

— Malheureux, mais tu es cinglé ? Ne fais pas ça en public !

Devant mon air ahuri, il poursuivit :

— Tu te rends compte que tu viens de faire une quenelle au milieu de centaines de passants ?

— Une quoi ?

— Une quenelle. Le signe de ralliement de Qui-tu-sais…

— Voldemort ?

— Non ! Ça t’arrive de lire les journaux ?

— Pas plus que ça, non.

— Ce geste est un signe d’insoumission au pouvoir. Le problème est qu’il a été récupéré par les nouvelles jeunesses hitlériennes comme salut nazi inversé.

— Donc anti-nazi ?

— Mais non. Inversé, donc nazi quand même.

— J’y comprends rien.

— T’as pas besoin de comprendre. T’as juste besoin de savoir que tu risques deux ans de prison et trente mille euros d’amende si tu fais ça.

— Mais si j’ai mal à l’épaule ?

— On s’en fout !

— Oh, merde, fis-je en me grattant la tête.

— Arrête ça tout de suite !

— Quoi donc ?

— Ben ça. T’es pas au courant non plus ? Mais ma parole, dans quel monde vis-tu ? Ce grattage de tête a été popularisé par Stan Laurel en 1929, mais repris par les jeunes poitevins anticapitalistes, pour signifier au gouvernement : arrêtez de nous chercher des poux dans la tête.

— Et… ?

— Et tu risques gros : quatre ans de mitard Obama. Au bas mot, pardon.

J’en restai bouche bée, ce qui horrifia encore une fois Nestor.

— Ferme ton clapet tout de suite ! Mais tu es fou ?

— J’ai rien fait.

— Si ! Quand tu ouvres la bouche comme ça, ça envoie un message fort au pouvoir qui nous suce jusqu’à l’os.

— Ben merde alors…

De peur de commettre un impair, je mis les mains dans mes poches. Je ne risquais ainsi guère de froisser les susceptibilités. Du moins le croyais-je, car mon ami fut au bord de l’apoplexie.

— Non, mais tu le fais exprès ? On va se retrouver au gnouf avant ce soir, avec tes conneries. Là, tu envoies un message au gouvernement qui nous fait les poches à coups d’impôts et de taxes. Vire tes mains tout de suite de là !

J’obtempérai et me mis au garde à vous.

— Voilà, je ne fais plus aucun geste. C’est bon, comme ça ?

— C’est encore pire, tu dénonces l’immobilisme de l’État. Bouge vite avant que les flics n’arrivent !

Autour de nous, les badauds nous lorgnaient d’un air soupçonneux. Certains me montraient du doigt, d’autres empoignaient leur téléphone. On aurait peut-être à déguerpir à la va-vite.

Totalement désemparé, je mis tout mon corps en mouvement, et Nestor m’empoigna à bras le corps.

— Non, espèce d’abruti, là tu singes les gesticulations stériles du gouvernement. Arrête, arrête…

C’est alors qu’un picotement assaillit mon nez, et trois éternuements successifs ébranlèrent mon corps. Il commençait à faire frisquet. Et je commis le délit suprême. Je sortis mon mouchoir.

— Accusé, levez-vous !

L’a pas l’air commode, le juge. Mon avocat a tout fait pour plaider la bonne foi, personne n’a été dupe.

— Monsieur Lucius von Lucius, vous êtes reconnu coupable du geste du fourrage, consistant à placer votre nez dans un mouchoir, pour soi-disant fustiger le pouvoir qui, selon certains groupuscules extrémistes donc vous faites à coup sûr partie, mettrait son nez dans les affaires privées des citoyens. En conséquence de quoi, conformément à l’article L332-5bis alinéa 2 du code pénal, je vous condamne à huit ans de détention et quatre-vingt mille euros d’amende.

Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, j’ai pris ma tête à deux mains. Grossière erreur ! J’aggravais mon cas…

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Des nouvelles de Lucius – Raiponce atout

Cette nouvelle a été écrite dans le cadre d’un concours sur le net, qui a abouti à la publication d’un recueil (en 2014 si ma mémoire est bonne), dont les droits ont été versés à une œuvre caritative. Le thème : les 7 petits nègres, mélange d’Agatha Christie et de Blanche Neige. Le principe ? Sept nains noirs autour d’une table. Sur la table, le corps sans vie de Blanche. Soudain, Armand Leprince s’écrie : “L’assassin est dans les murs !”. Chaque participant était libre ensuite de broder à sa guise, à partir de ce postulat.

Une salle obscure. Une table. Sept nains noirs et un jeune prince blanc. Un épais nuage autour de la lampe au plafond.

Leprince — L’assassin est dans ces murs !

Tous les yeux sont rivés sur Leprince… (penser à acheter une boîte de rivets chez Casto). Puis…

Un nain — Je relance de 150 kopeks…

Un autre nain — Suivi !

Armand Leprince se racle le gosier à plusieurs reprises, puis repose le grattoir sur la table en jatoba. (Ne pas oublier d’aller chez IKEA samedi prochain). L’unique cigare fumant passe de mains de nains en mains de nains.

Leprince — Vous m’écoutez, les gars ?

Un nain — Oui, mon prince, c’est à toi de parler. Tu te couches ou tu relances ?

Leprince — Je dis que l’assassin est dans ces murs !

Un nain (vivement qu’ils se nomment, qu’on y voie plus clair !) — Ah, c’est con, il va falloir abattre la cloison !

Armand prend un air désespéré et soupire trois fois (ou quatre, vérifier le script).

Leprince — Écoute, Simplet, c’est une expression pour dire que l’assassin est parmi nous. Bref, il est assis à cette table. Tu piges ?

Simplet — Ah, je me disais aussi… A propos, Simplet, c’est pas moi, c’est mon voisin de droite. Moi, c’est Prof.

Leprince — Ah ? Pourtant, tu as l’air plus con que lui…

Simplet qui n’est pas simplet, mais Prof — C’est normal, je souffre de la maladie d’Alzaimer Alzehmer Alzaillemeur (putain, penser à acheter un dictionnaire médical !). Simplet, de son côté, se shoote aux vitamines du matin au soir, alors, c’est sûr, il fait des progrès. Il s’est même inscrit à la fac, cette année.

Simplet, le vrai — Ouaip, c’est vrai !

Leprince — Bon, où en étais-je ? Ah oui ! L’assassin est parmi nous.

Un nain, hilare — Mais l’assassin de qui, d’abord ?

Leprince — Ben, Joyeux, de Blanche ! Tu le vois bien !

Le nain hilare — Je ne suis pas Joyeux ! Je suis Grincheux… mais je vais beaucoup mieux !

Leprince, de plus en plus perplexe — Mais qui est Joyeux, alors ?

Grincheux Celui qui fait la gueule en face de moi. Il est en pleine dépression.

Leprince — Vous faites exprès, ou quoi ?

Simplet — Si tu veux tout savoir, Atchoum s’est fait opérer des sinus, et Timide termine ses dix ans de psychanalyse…

Timide — … et je t’emmerde ! Bon, tu le montres, ton brelan de valets, pauvre tache ?

Armand, se laisse choir sur son tabouret, l’air abattu.

Armand — Bon, les sept maboules, écoutez moi ! L’assassin de Blanche est parmi nous !

Grincheux Blanche ? Elle est morte ?

Armand  — Ben… pas qu’un peu !

Simplet — Moi, je croyais qu’elle dormait…

Armand — En travers de la table, dans une mare de sang ?

Timide — Elle a dégueulassé toute la table ! Ça colle aux paluches, c’est vraiment le bordel, ici !

Simplet — Je la trouvais bien pâlichonne, aussi !

Prof — C’est ballot, qui va faire la vaisselle, maintenant, et la lessive ?

Armand se relève d’un bond (Décidément, il ne sait pas ce qu’il veut ! Ça va compliquer la mise en scène, tout ça …)

Armand — Vous me gonflez, les gnomes ! On devait se marier la semaine prochaine…

Prof — Nous ?

Armand le fusille d’un regard pénétrant.

Armand — Blanche et moi !

Prof — Ouf, j’ai eu peur…

Armand — Bref, Je me retrouve avec trente deux douzaines d’huîtres, cinq cents toasts et une pièce montée sur les bras ! Heureusement qu’on n’a pas tiré le chevreuil, sinon on aurait également quarante kilos de cuissots et de rôtis à fourrer dans le congélo !

Simplet — Assieds-toi, mon prince ! J’ai relancé de cinq cents dirhams ! Tu suis, ou tu te couches ?

Armand — Merde, les pygmées ! Je veux savoir qui a fait le coup !

Grincheux, hilare — Autrement dit, à qui profite le Grimm ?

Joyeux — Ah, la vache, si j’étais pas en dépression, je me pisserais dessus !

Prof — Au fait, vous savez pourquoi on est noirs, aujourd’hui ?

Simplet — C’est pour la mise en scène. On est grimmés !

Grincheux — Ah, celle-là, elle est pas mal, non plus !

Armand bouillonne sur place (Prévoir maquillage dans les tons rouges, violacés)

Armand — QUI A FAIT LE COUP !!?

Dormeur — C’est peut-être un épistaksys epyst épicetaxis saignement de nez ? (Envoyer l’assistant acheter ce foutu dico médical)

Prof — Tiens, tu es réveillé, toi ?

Simplet — On pourrait faire appel à Hercule Poivrot ?

Grincheux — Tu parles, il n’a pas dessaoulé depuis la Bar Mitzva de Hansel, en mars dernier.

Simplet — Hansel est juif ?

Grincheux — Non, pourquoi ? Je crois qu’il est d’origine peulh.

Prof — C’est pour ça qu’il habite à la campagne avec Gretel. Un Peulh au vert !

Simplet — Pour en revenir à Blanche, Je crois qu’il faudrait l’examiner.

Prof — Je m’en occupe !

Les six nains, plus Armand — Non, c’est moi !

Armand s’interpose.

Armand — En tant qu’ex-futur marié, cette dure tâche me revient.

Il inspecte le cadavre de long en large, en travers, fait la moue.

Armand — Ben dites donc, les Hobbits, vous n’y êtes pas allés avec le dos de la cuiller ! Sept coups de couteau !

Les sept nains, en chœur — C’est pas moi, j’étais à la piscine !

Armand fait les cent pas (environ) autour de la table, ruminant et réfléchissant.

Armand — Admettons… mais maintenant, qu’est-ce qu’on fait du cadavre ?

Les sept nains, en chœur — Y a encore de la place dans le congélo ?

 

xxx

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Des nouvelles de Lucius – Drôle de genre

Drôle de genre

Ce n’était plus possible.

Tous les médias confondus m’avaient convaincu qu’il fallait faire quelque chose. Je me sentais soudainement coupable de ma passivité, de ma complicité implicite. La honte m’avait pris à la gorge, et je me devais de réagir.

Maintenant !

Je convoquai ma petite famille dans la cuisine, autour de la table.

— Voilà, attaquai-je tout de go. Vous êtes au courant des derniers faits de société. Le monde s’affronte violemment, et nous devons réagir tous ensemble. Il en va de notre survie à tous. Vous êtes d’accord ?

Un hochement de tête général, dans un silence épais comme une purée de poix, me donna la force de poursuivre.

— Tous les genres que l’humanité a définis depuis des milliers d’années sont appelés à voler en éclat. Aussi, nous allons prendre les devants. Plutôt que de subir, nous allons anticiper. Là est la clef de notre salut.

— Oui, Papa, répondit le Mecton.

— Je t’arrête tout de suite, lançai-je. La famille n’a plus aucune valeur. La fonction de père est sclérosante, autant pour toi que pour moi. Désormais, tu ne peux plus m’appeler Papa.

— Ok, Lucius !

— Non, je ne peux plus être Lucius non plus ! À partir d’aujourd’hui, nous allons redéfinir ce que nous sommes. Il faut jeter aux orties tous nos stéréotypes. Ne plus être aux ordres d’une société que nous n’avons pas choisie.

C’est alors que l’Amie intervint.

— J’ai compris ! Alors, je choisis d’être… une pamplemousse.

— On dit UN pamplemousse, la coupai-je.

— Faudrait savoir, l’Ami…

— Je ne suis plus l’Ami !

— Oh, pardon, monsieur…

— Je ne suis plus un monsieur non plus.

— Bon, d’accord, ô chose indéfinissable pour l’instant. Tu viens de dire qu’il fallait tout redéfinir. Alors pourquoi ne pourrais-je pas être UNE pamplemousse ?

Je réfléchis quelques secondes. Après tout, elle avait raison.

— Ok. De toute façon, tu as toujours été pulpeuse et féminine…

— Attention à tes propos sexistes et machos ! Je te mettrai bien mon poing dans la gueule !

Je battis en retraite.

— Et vous, les Mectons ? Pardon, je voulais dire : entités en attente d’une définition, comment voulez-vous être considérés ?

— Moi, je veux être un thon, répondit la Mectonne.

— Ce n’est pas possible, répondit la pamplemousse. Ton père et moi..

Je la coupai illico.

— Je ne suis plus son père, à partir de ce jour.

— Ah, oui ! Donc, le truc en face de toi, et moi-même, nous t’avons faite belle et gracieuse. Avec toute la volonté du monde, tu ne pourras pas être un thon. On ne peut pas aller contre la nature.

— Oui, et bien, merci ! Tu crois que c’est une sinécure, de se faire siffler dans la rue tous les jours ?

— Quoi ! m’égosillai-je. Les garçons te sifflent dans la rue ?

— Et pourquoi seulement les garçons ? Tu es vraiment engoncé dans tes préjugés, toi ! Je me fais siffler par des filles, des chiens, des rats…

— Mais c’est ignoble !

— Oui, sauf pour les rats. J’aimerais bien en épouser un.

— Mais c’est impossible, tu ne peux pas épouser un rat.

— En tant que thon, je ne vois pas ce qui pourrait m’en empêcher.

Une céphalée carabinée venait de me tomber sur le paletot. Je commençais tout juste à regretter cette réunion de famille. Enfin, cette réunion de groupe consanguin.

Je me tournai vers l’individu qui autrefois avait été mon Mecton.

— Et toi, que veux-tu être ?

— Un boson de Higgs.

— Mais pourquoi de Higgs ? Veux-tu être toute ta vie l’objet de quelqu’un ? N’aspires-tu pas à la liberté ?

— Pfff… la liberté, c’est très surfait, de nos jours. Je veux être esclave.

— D’accord, tu seras esclave de Higgs.

— Et toi, Trucmuche, tu es quoi ?

Merde ! Je n’en avais aucune idée. J’aurais mieux fait d’y réfléchir avant. Je me perdis dans une profonde méditation. Puis…

— Je choisis de rester indéfini. Je pense que le simple fait de me caractériser est une spoliation de mon moi profond.

— Oui, mais on va t’appeler comment ?

— Eh bien… euh… dorénavant, vous ne m’appelez plus. Ça vous convient ?

Pas de réponse.

— Maintenant, poursuivis-je, il faut définir notre mode de fonctionnement. Puisque la sphère familiale a volé en éclat, il faut autre chose pour la remplacer.

— Que diriez-vous de la force électromagnétique ? proposa le boson.

— Non, répondit le thon, ça risquerait de te donner un avantage, en tant que boson. N’oublie pas que tu as choisis l’esclavage, alors ne cherche pas un ascendant sur nous.

— Et si nous choisissions la photosynthèse ? intervint la pamplemousse ? C’est naturel, écologique.

— Pas d’objection ? demandai-je à la cantonade. Alors, à partir de maintenant, nous serons tous unis et nous fonctionnerons sur le principe de la photosynthèse.

— Est-ce qu’on pourra changer demain ? questionna le thon, vaguement inquiète.

— Pas de problème. On se retrouve ici demain pour tout redéfinir.

— Oui, mais comment on définit le concept de demain ?

— Eh ben, euh…

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