Yuki Penalver

Aimer

Un doux sonnet furtif à l’âme émerveillée

Sous la tonnelle en fleurs accoudées à l’éther

La belle âme enfantine approche et chante clair

Afin que nos esprits se tiennent reposés.

Mais c’est l’alexandrin, convenons-en de suite

Ce grand vaisseau galant aux douze voiles bleues

Dont doucement s’éprend mon doux cœur amoureux

Qui fait rouler la voix et tanguer tout ensuite.

Calicot de la terre, les allées animées

Par un souffle d’ablette aux rayons de flanelle

Font accueil aux dolents, les amants des venelles

Beaux marcheurs attirés par une onde affolée.

On croirait voir au loin tout un champ de lumière

L’artifice à la berge et l’Alba caressante

Anémones effarées tout le long d’une pente

Impossible silence au mi-jour primevère.

Comme tout cela fleuronne à l’aube des jeunesses !

Une humide vapeur qui nous berce et nous prend

À l’envie, languissante, un puissant sentiment

De grêlons emportés mais pas un qui nous blesse.

C’est ainsi le plaisir à jamais et toujours

De goûter à l’effort d’être soi pour aimer

D’adorer sans retour la personne que l’on est

Car avant de céder c’est en nous qu’est l’amour.

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Haïkus

Solitude

Capeline usée

Dans le froid d’un hiver bleu

Vos mains nues gelées

Héraldique été

Une étendue d’or

À la fasce emplie d’azur

Chargée cyclamor

Hiverner

Le soupir du chat

Un voile à voix qui ronronne

À la nuit, frimas

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Au hasard des mots

C’était dans ses habitudes, bien particulières l’avouait-elle même volontiers, de se jucher, reine de tous les pays, sur la plus haute tour de la Grande Capitale ; que le vent y soit taquin et la pluie jalouse, la bise mordante ou le ciel en colère, elle n’hésitait pas à tendre son visage de deçà les horizons afin de discerner, du mieux qu’elle le pouvait, les différentes teintes qu’offraient les terres alliées, morceaux de tissus titanesques perdus par quelques géantes esseulées. Ce soir-là ils gondolaient étrangement sous la brume de chaleur qui s’était invitée pendant la journée, un printemps… Habituellement le temps n’était pas si violent, plutôt indolent en cette période. Cela ferait sûrement baisser encore les prix, ils étaient déjà en pleine déflation, les légumes et les fruits souffraient de cette moiteur et il était très difficile de tous les conserver. La jeune fille jeta un coup d’œil, par succession d’idée, à son traité de médecine posé à côté d’elle, traitant une foultitude de sujets, tous plus intéressants les uns que les autres. Actuellement elle lisait (et apprenait) la partie sur le corps humain. Qu’il était complexe ! Elle se demandait toujours pourquoi il ne se désarticulait pas et s’effondrait tel un pantin sans maître. D’une main distraite elle feuilleta le livre épais, caressant son dos recouvert de velours rouge sombre ; ses yeux captèrent, par ci par là des mots encore inconnus qui semblaient doués d’une vie propre: fascias, fémur, métacarpe…

Elle referma l’univers et s’étira, clouant d’un bref instant la stupeur des étoiles de ses yeux vert de mer, son regard se tournant à nouveau vers l’horizon. Il était aussi coloré que… qu’un arc-en-ciel ? Peut-être mais l’harmonie qui s’en dégageait lui faisait surtout penser à un xylophone, étrange instrument gai et enfantin dont le corps ne laissait en rien présager la sonorité. Alors qu’elle partait en des chemins poétiques, son ventre la rappela à l’ordre: un gargouillement peu délicat la fit se lever d’un bond. Au diable les révisions et autres monologues de l’esprit, elle irait d’abord grailler. Se sustenter est plus correct, la tança son cerveau, tais-toi, lui répondit-elle, il y a de la tartiflette aujourd’hui et cela vaut tous les écarts !

Écrit suite à un concours de mots.

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Les huit photographies (1880-1930) version 2

(1890) Le katana est posé au côté droit, selon le code d’arme, et les mains reposent à plat sur les cuisses. Tout est flou à l’arrière-plan, l’objectif s’est arrimé, comme un œil d’enfant simple et curieux, sur le volumineux nez du vieillard à genoux.

Au verso de la photographie, il est écrit: « je ressemblais à un sanglier… ma vieillesse a vraiment trop duré ! »

(1894) La table est tellement garnie qu’on ne pourrait même plus y inviter une fourmi. Dommage qu’on ne puisse apercevoir qu’un bout de toute cette agitation; verres, assiettes, nourriture, boissons, couverts, instruments semblent tergiverser sur qui fera le plus de raffut en s’écrasant au sol. Mais où est le vieillard ?

(1930) Tout juste sorti de chez le coiffeur, un pantalon à bretelle s’efforçant de cacher un léger ventre bedonnant, et une chemise éclatant de blancheur. De dos à l’appareil, la tête tournée, le bref geste agacé de sa main indique qu’il ne souhaites plus être « figé ».

Cette photo a été déchirée en deux puis recollée.

(1916) Heureux pour une raison méconnue, son sourire fait office de lampe mais ne peut s’empêcher d’outrer le nez, malicieusement. Il est pourtant plus petit sur celle-ci ! Avec le temps, le papier a pris une étrange couleur bleue et teint une chevelure en bas à gauche.

Au verso: « Ma cousine âgée de 6 ans est ici, devinez où ! »

(1918) Une vieille dame est assise sur les bras d’un canapé usé, dont l’aspect suranné confère au cliché un sentiment légèrement étouffant. Un cerceau traîne par terre, au milieu de poupées de porcelaine. Ses cheveux blancs sont lâchés et d’un regard espiègle elle désigne la photographie de son cousin, qui semble avoir dans les 50 ans, peut-être moins.

(1900) Belle perspective sur celle-ci où l’horizon se joue des rayons lunaires, les renvoyant aux confins de régions argentées. Un lac exhibe sa magnificence sous les vents polaires et sous son regard émerveillé. Tout premier vol à bord d’une montgolfière, toute première véritable sensation de liberté.

« C’est vraiment un merveilleux souvenir, je ne suis pas sûr de pouvoir m’en refaire comme celui-ci.« 

(1920) Des guirlandes de papiers, des masques colorés dans tous les coins ! C’est la fête assurément et le nombre d’invités prouve sa valeur. Il s’agit sûrement du « double-âge » où l’esprit et l’apparence s’équilibrent. Le voilà d’ailleurs en train de grappiller déjà quelques petits fours, au milieu de jeunes, verres à la main et discutant entre eux.

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Les huit photographies (1880-1930)

(1885) Plic-ploc. Sur la charpente, les gouttes glissent. Je ne perçois de ton regard que deux plis rieurs. A tes oreilles s’amuïssent doucement les échos de la pluie tandis que tu serres dans ta poigne d’enfant ton petit train de bois.

(1894) Quel étang glacé ! Tes joues bleuies en témoignent, ainsi que la rougeur de ton corps. Dans un ciel limpide, le coup de pinceau de deux oies semble se collapser à un rayon de soleil. Les galets font le dos rond.

(1900) Au bord du quai, équipé du canotier, une rame déjà dans la main. Mais je ne vois pas ton visage, tu es trop occupé à maintenir ta barque qui embarde. Les flots scintillent, une jeune femme au bord du cadre t’observe.

(1903) Clac. Toc. Clac. Chapeau melon, canne et redingote. Ton charisme en marche est presque éblouissant sur celle-ci ! A moins que ce ne soit la tache pâle qu’a laissée le soleil au centre du cadre et masquant ton col ? Un fouillis architectural à l’arrière plan m’interpelle: il s’agit d’une des faces de la Sagrada Familia, celle qu’a créée Gaudi.

(1911) A l’abri de l’angoissant futur sous une charpente qui m’est familière. Vaincu par quelques mélancolies, te serais-tu tourné vers ton enfance ? Les tuiles s’assèchent sous le vent. Une jeune femme à tes côtés (celle du « quai » ?) pastiche l’éternelle Psyché de François Gérard. D’une main elle retient sa jolie coiffe à volants.

(1916) Comme si l’on avait voulu enfermer ses nouvelles à travers l’objectif, sans vouloir l’introduire dans la réalité, une lettre est photographiée ici. Elle est floue mais je parviens à distinguer un souhait d’amour sincère. La guerre détruit sans distinction. Qui a immortalisé cette douleur ?

(1922) Rue sombre. Quelques fils à linge, des vêtements flottant. Sa netteté cependant contraste avec la précédente. Inconsciemment j’écoute le roucoulement des pigeons aux balcons. La vue est assez large pour que je puisse remarquer un marchand de bijoux tentant de t’achalander. Mais tu souris à l’objectif, debout, sur ton unique jambe.

(1930) Attendrissement. A vos visages radieux, je réponds par un soupir nostalgique. La belle Psyché, ton aimée aux boucles ornées de lumière solaire, a passé un bras derrière ton dos. Elle te soutient et tu vis. Des chaussures à talon la haussent presque à ta taille. Un papillon folâtre sur son épaule. Plic-ploc. Papa, maman, vous me manquez.

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Le onzième sens

Lorsque je m’étais installé dans ce petit chalet de montagne, sur le versant nord du massif pyrénéen, je n’avais alors qu’un but en tête: m’éloigner le plus possible de toute cette vicissitude humaine, cesser de souffrir par la volonté de quelques joueurs au-dessus de ce monde étroit d’esprit, bête et passivement morose. Leurs bêlements à longueur de journée – et de nuit – avaient fini par avoir raison de moi et ma seule planche de salut s’était trouvée en les économies que j’étoffais patiemment depuis déjà de nombreuses années; mon travail se révélait pour une fois véritablement utile. Faire la fête, sortir, acquérir la dernière technologie m’étaient dénués de tout intérêt depuis fort longtemps sans en ressentir les inconvénients que me prédisaient mes chers semblables pleins de bonnes intentions. J’attendais.

C’est ainsi que le 18 juillet 2005 précisément, après d’infructueuses recherches dans les agences immobilières sur la « perle » recherchée – certes une perle de peu de valeur, aux yeux de mes concitoyens – je finis par tomber sur la réalisation de mes espoirs. Mon seul véritable ami avait un soir fait mention d’une vieille cahute encore en bon état, quelque part dans les roches élevées des Pyrénées, sur son versant nordique. Le vieil homme à qui elle appartenait était un grand-père par alliance de sa famille et venait de mourir; puisque j’étais à la recherche de ce genre d’habitation, il lui avait paru tout indiqué de m’en avertir. À cette époque, la révélation m’était apparue tel un magnifique soleil en plein hiver, évaporant les flaques poisseuses et la tristesse suppurant de mon âme. Aujourd’hui, j’aurais préféré qu’il n’en fût rien et n’avoir jamais écouté mon ami; si revenir dans le temps était possible pour l’être que je suis, je n’hésiterais pas une seconde.

Ce chalet était parfait en tout point: écarté de toute civilisation bruyante et dérangeante, bénéficiant du matin rayonnant et d’un soleil couchant à la pointe des lointains sommets (je me situais sur un plateau), douillet si je puis dire comparé au misérable appartement où je logeais auparavant. Je vivais ainsi des journées complètes de seize heures et lorsque l’hiver approcha, je m’éveillai aux sons d’oiseaux solitaires sous un astre, bien que froid, déjà brillant de santé.

Les cultures de mon jardin me suffirent bientôt à vivre et je n’eus à descendre au village le plus proche qu’en pleins frimas, la neige couvrant tout de son épaisse écharpe blanche, en même temps que le dôme splendidement froid et bas. J’étais près de mon poêle, réchauffant des membres rouges à sa brûlante carcasse, murmurant pour moi-même les objectifs que je me fixais chaque jour pour le lendemain. Car je ne m’alanguissais pas dans un quotidien de montagnard, il m’eût été malheureusement impossible de le faire, on a toujours besoin, en ce monde, d’argent pour survivre. Bien évidemment les courses s’étaient considérablement réduites à l’aide de mon potager mais il m’avait tout de même fallu trouver une source à proximité pour mes besoins en eau. En effet le vieil homme ancien propriétaire n’avait pas considéré l’option « eau courante et électricité » (ce qui n’était pas plus mal pour mes économies). Je devais me débrouiller avec le bois alentours et ce que je ramenais d’une source proche, ajouté à mon petit boulot de pigiste m’assurant tout juste de quoi. J’en étais donc à mes réflexions auprès de la délicieuse source de chaleur lorsque je finis par m’endormir, épuisé comme je l’étais après avoir coupé des dizaines de bûches.

Si je pouvais réellement transmettre à ceux qui me liront les sensations que je vécus alors, la terreur sublime qui m’envahit suivie d’un affreux supplice, je serais l’homme le plus soulagé du monde. Je pourrais me décharger d’un immense fardeau que je porte depuis.

Mon esprit tout entier s’est trouvé plongé en un univers totalement inconnu, explosant de lumière obscure; je voyais parfois des colonnes d’énergie électrique courir le long de peau de ténèbres, m’arrachant des frissons extatiques et me transportant dans un état que je ne saurais décrire. Des éléments familiers transparaissaient au travers de courbes fluorescentes, comme si ma pauvre cervelle cherchait à traduire en images humaines ce qu’elle recevait jusqu’au cœur de chacun de ses milliards de synapses. Ce magma tourbillonnant et incessant me tordait dans sa danse, impitoyablement; le moindre de mes muscles semblait de feu et de glace et aspirait la plus petite parcelle d’espoir d’en réchapper. Je me réveillai brusquement auprès du poêle et, confondu par la vitesse de mon cœur et la sueur glacée qui coulait tout le long de ma nuque, je restai prostré là, tremblant comme un pauvre chiot abandonné. Plus par instinct que par volonté, mon regard se dirigea vers la pendule au mur et fut perplexe lorsque je me rendis compte qu’il était encore si tôt. J’avais pourtant eu l’impression que ce capharnaüm improbable avait duré des siècles, que dis-je, une éternité de souffrance. Mais étions-nous toujours le même jour ? Le même mois ? La même année ? Le calendrier me l’assura, j’étais vraiment tout retourné. En chancelant, j’allai m’effondrer sur ma couche, épuisé et nerveux. Je ne trouvai un sommeil sans rêve qu’à l’aube.

Les jours se poursuivirent cependant sans ombre à l’horizon. Je restais méfiant à chaque soir venant, retardant malgré moi un sommeil que je craignais par dessus-tout et je finis bien entendu par en subir les conséquences. Plus rien ne m’intéressait si ce n’était de dormir, je voulais absolument m’allonger, n’importe où, pourvu que je pusse reposer ce corps gourd et ces paupières irritées. Un jour, un homme vint toquer à ma porte, il s’était perdu sur le chemin et avait aperçu avec grand soulagement ma demeure, espérant qu’elle ne fût pas déserte. Il ne fut pas détrompé mais quel piètre soulagement ! J’étais alors dans une phase d’absence comme cela m’arrivait de plus en plus souvent et ne répondis que par un faible murmure. Comme il persistait à frapper à ma porte, au point d’avoir l’impression, dû à mon épuisement, qu’il venait enfoncer mes tympans, j’eus la colère suffisante pour roquer ma présence. Il ouvrit alors la porte – car je ne la fermais que lorsque je n’étais pas à l’intérieur – et je n’eus le temps de mémoriser qu’une vague silhouette avant de perdre connaissance.

Fort heureusement, dans mon carnet d’adresse étaient inscrites les différentes étapes pour rejoindre le village, ce qui lui permit de m’amener à l’hôpital. Je m’éveillai dans une chambre bichrome, à la senteur aseptisée de menthe chimique. L’infirmière en garde à ce moment-là me donna la réponse avant même la question: c’était bien l’homme qui avait toqué à ma porte qui m’avait sauvé, et, rajouta-t-elle, s’il n’avait pas été là, j’aurais pu garder de graves séquelles cérébrales avant de me rendre compte de mon problème. Apparemment on m’avait détecté un cancer aussi gros qu’une prune logé entre mes deux hémisphères; je fus curieusement à la fois soulagé de mettre une cause sur mes terribles visions nocturnes d’un soir et terrorisé à l’idée des chirurgies qui m’attendaient (et d’où je pouvais ne pas ressortir vivant).

Je passais de nombreuses heures à fixer le blanc plafond, une migraine tenace malgré les calmants administrés et cherchant à construire mes projets pour « après ». Mais rien ne venait, mes pensées s’arrêtaient obstinément à la séance de découpage crânien, un noir absolu gagnait ma volonté et je laissais très souvent retomber mes velléités d’avenir.

Le moment fatidique dut sans doute venir mais je ne m’en rendis fort heureusement pas compte, plongé au plus profond de moi-même grâce aux médicaments et à ma fatigue; cependant je vécus à la place une terrorisante épopée cosmique.

Un néant trop éblouissant était mon seul univers, quelques fois des flashs rédempteurs me trouaient la rétine tandis qu’une lame érodée écorchait à vif mon sens du toucher. J’avais un goût persistant de noix douce-amère en bouche et une odeur d’humus pourri dans le nez. Seules mes oreilles vivaient un terrible silence d’après cataclysme, comme si ma douleur se reniait elle-même sous mes hurlements muets.

Je me souviens parfaitement de chacun de ces détails, gravés au plus profond de mon âme, et plus j’essaye de les oublier, plus ils me torturent; des arches brutes me traversaient le corps, emportant un peu plus de parcelles de mon moi « éthéré ». Quand j’ouvris à nouveau les yeux sur le monde habituel, j’étais encore dans cette chambre, avec la même tache au plafond en forme de plume, et la même infirmière qui vint me voir au bout d’un quart d’heure environ pour m’assurer en souriant que tout s’était très bien passé. L’on m’avait retiré le cancer et dans une semaine je devais sans doute pouvoir sortir, en faisant tout de même très attention à mon alimentation et aux chocs mentaux. Le stress et la fatigue n’avaient pas dû arranger mon état, me sermonna-t-elle. Ma première pensée rationnelle fut que je n’avais pu terminer la nouvelle pour mon travail et sachant à présent la limite largement dépassée, je me confortai en songeant que j’avais au moins une excuse. Au bout d’une semaine, je sortis de l’hôpital. Mon sauveur en grand héros n’avait même pas cherché à me joindre, il avait pris de mes nouvelles par l’intermédiaire du personnel médical, je le sus car je demandai à le voir afin de le remercier. Avant de retourner dans mon petit chalet où tant d’horreurs s’étaient déroulées, je passai par mon travail, la fiche d’attestation de maladie en main et une forte volonté d’avancer – on n’a pas souvent l’occasion de réchapper à la mort. Je promis à mon employeur de terminer ma nouvelle au plus vite tout en en recommençant une afin de rattraper le temps perdu; j’allai même jusqu’à promettre d’en faire une troisième mais, inquiet de ce qui m’était arrivé, il m’enjoignit de ne pas trop en faire. Après tout, ce n’était qu’un petit village ici, qui lisait donc son journal mis à part une poignée d’habitants ? J’en fus assez vexé mais ne le montrai pas. Un acompte me fut versé afin que je pusse vivre décemment et je m’en retournai chez moi dans les montagnes, sûr. Huit jours étaient passés depuis que l’on m’avait porté aux urgences et ce n’eut pas été énorme pour un rangement. Malheureusement, il me fallait bien ajouter les deux semaines où mon temps de sommeil se réduisait drastiquement un peu plus chaque jour… L’état de la bicoque en bois faisait alors peur à voir et à sentir; une affreuse odeur de négligé s’était installée comme nouvelle propriétaire, un verre brisé au sol aux côtés d’une bouteille de vin jaune ayant subi le même sort, m’arracha un soupir: des tessons et une poussière de verre infime saupoudraient mes lattes sur un rayon de plus d’un mètre cinquante. Qu’avais-je fait au juste ? Pris la bouteille et le verre et les avais jetés au sol dans ma souffrance ? J’entrepris de tout nettoyer et ce ne fut que lorsque la lumière solaire, transparaissant derrière de fins nuages de neige, eut totalement disparu que je pus m’allonger, éreinté. Ma tête me lançait et je me souviens avoir craint une rechute puis m’être rasséréné quant au fait que je ne sombrerais plus dans d’affreux cauchemars apocalyptiques. Fini, c’était enfin fini !

Je passerai tous les détails de ma vie jusqu’à ce fameux 24 février. Mon boulot de pigiste se passait relativement bien, les quelques centaines de villageois appréciaient mes écrits et j’étais en paix avec moi-même. Dans une des nouvelles du mois dernier, il m’avait pris l’idée de conter ma propre histoire, depuis ces satanées hallucinations jusqu’à mon retour sauf chez moi; j’y avais bien sûr ajouté quelques éléments plus fantastiques et une fin angoissante, supposant que rien de tout ce qui nous entourait n’était vrai. J’en reçus beaucoup de compliments, de la part de mon patron et des habitants dans « lettres de lecteurs ». On a sa célébrité un jour, peu importe l’échelle. Le 24 février matin, donc, j’étais accroupi dans mon jardin pour la récolte des brocolis, les mains terreuses et le souffle déjà court. Une heure que j’y étais à peine et le soleil m’aveuglait déjà tandis qu’une légère sensation de vertige m’étourdissait; je me levai en entendant le facteur arriver dans sa camionnette par le petit chemin de terre étroit. J’étais véritablement en un lieu reculé et la seule route digne de ce nom se trouvait à plus de trois cents mètres en contrebas. Faire autre chose me remit les idées en place et je me sentis mieux, tandis que je discutai:

« J’dis pas que ça doit pas être tranquille comme coin hé, mais fichtre c’que ça doit être solitaire !

– Ça l’est, répondis-je, et c’est ce que j’apprécie.

– Tenez j’ai ce colis pour vous. Signez là. »

En rentrant je déposai le paquet rond sur la table en me demandant de qui il pouvait venir; je n’avais pas vérifié l’expéditeur en signant et les lettres FNEN me firent froncer les sourcils. Je n’avais pas connaissance de pareil nom dans mon entourage et, intrigué, lus le destinataire : INIP était bien mon nom, même si on avait omis le tilde au-dessus du « n ». Toutefois, FNEN s’était complètement fourvoyé au niveau de l’adresse ! Si le numéro était bon ainsi que la rue – chemin dans mon cas – je n’habitais absolument pas dans une ville… Ma curiosité piquée, je passai en revue les personne pouvant me connaître suffisamment pour m’envoyer un colis au milieu des Pyrénées mais non parfaitement pour en écrire l’adresse exacte. Ni ma petite famille dispersée ni mon ami ne pouvaient en être à l’origine. Je décidai de remettre ces questions à plus tard et ouvris le paquet. A l’intérieur, aucune marque ne me mit sur une piste, c’était un mystère et plus encore la boîte à musique qui s’y trouvait. Franchement, à quoi donc pouvait me servir un tel objet ? J’avais l’intérêt plus pratique qu’esthétique. Cependant, de gracieuse facture, l’ébène du jouet luisait à la lueur d’un rai de soleil, captant malicieusement mon regard jusqu’à la petite clef de métal que je m’empressai de tourner. Je suis d’un esprit plutôt réfléchi et rationnel, au sang-froid reconnu, mais ce qui m’arriva alors, dès le son grelottant parvenant à mes oreilles, m’enleva tout bon sens. Un torrent de lave dévasta ma cervelle, rugissant sa toute puissance dans chacune de mes veines et je me souviens m’être retrouvé à genoux dans l’impossibilité de stopper la boîte à musique, perdu, terrorisé, envahit d’une émotion qui n’était pas la mienne, un sentiment éclatant de succès. J’étais heureux d’entendre ce son alors que je souhaitais plus que tout au monde le fuir, échapper à ses griffes et retourner à mon quotidien. Mais quel était véritablement mon quotidien ? Où se trouvait ma réalité, existait-elle au moins ? Lorsque enfin la torture cessa par manque de ressort, je restai prostré sur le sol à tenter de me remettre, reprisant – en tremblant que les coutures ne tinssent – ma pauvre cervelle malmenée.

Au bout d’une heure, j’avais pris ma décision: il me fallait parler à mon ami de toute urgence; il était le seul en qui je pouvais avoir toute confiance et même s’il pouvait ne pas me croire, il serait capable de m’écouter sans se moquer. Je voulais, j’avais besoin de lui conter mes mésaventures. Notre discussion pouvait durer des heures, voire même un jour entier, ce qui me décida à aller le voir en personne. Je lui laissai un message vocal par une cabine publique, l’avertissant de ma prochaine venue. Ce cher ami vivait à Bordeaux, cossu dans ses affaires de notaire, secrètement passionné par l’ésotérisme et moins secrètement par les femmes. J’empruntai la voie la plus rapide coïncidant avec mes moyens, c’est-à-dire l’auto-stop. Je mis presque un jour à atteindre son lieu de vie et débarquai dans un état d’apathie causé par mon mal des transports chez mon ami à l’heure du repas. Il fut très heureux de m’accueillir et annula tous ses rendez-vous lorsqu’il perçut ma mine hagarde.

« Je suis content de te voir, mais qu’as-tu ? On dirait que tu as vécu quelques jours en enfer.

– C’est le cas, attends que je te raconte, tu ne vas pas y croire, c’est tellement fou ! »

J’avais amené la boîte à musique avec moi afin de la lui montrer, mais surtout sans en entendre le son. Une fois avait suffi.

Je me mis donc à déverser toute mon inquiétude, mon angoisse derrière une tasse de tisane, les heures filant leur trame d’épouvante dans mon dos. Mon ami m’écoutait très sérieusement, et je le savais plus enclin à croire au paranormal que la plupart des gens, mais son attitude face à sa croyance n’était pas passive; chaque jour quand il le pouvait, il menait des recherches dans ce domaine, espérant réussir à en prouver l’existence. A la fin de mon récit bouleversé, j’anticipai sa réaction en lui suggérant que ce devait être des séquelles liées à mon cancer enlevé mais il m’arrêta, persuadé qu’il y avait là matière à indices pour ses recherches. Si cela ne m’en coûtait pas trop, il me proposait de rester quelques temps chez lui, dans sa chambre d’ami, afin de m’étudier la cervelle.

« Tu sais combien je porte d’intérêt à ce genre de chose ! J’ai fait l’acquisition d’un scanner qui m’indique le matin les activités nocturnes de mon esprit. Je serais ravi que tu l’essayes. Qui sait, tu pourrais très bien avoir ta réponse, s’il détecte quelques fissures dans ton tissu cérébral.

– C’est réjouissant, maugréai-je, mais soit, j’accepte, je n’ai de toute façon guère d’autres solutions. »

Le soir venant il m’avait alors aidé à m’installer dans sa machine assez impressionnante, puis, sous le ronron électronique, j’avais sombré dans un profond sommeil. Le lendemain matin, point de nouveautés: tout était normal, pas même une trace de lésion, à notre grande joie. Mon ami se posa alors la question fatidique: si rien, comme mon cerveau le supposait, n’intervenait dans la création de ces infernales hallucinations, qu’est-ce qui en était la cause ? Et j’imagine alors que ses pensées l’ont mené vers la dangereuse réponse de la boîte à musique; si j’y avais porté plus d’attention, peut-être aurais-je pu éviter tout ce qui arriva.

Comme je ne voulais pas recevoir plus d’ondes qu’il n’était nécessaire, nous avions décidé de ne refaire cette expérience que trois jours plus tard. Une nuit je fus soudainement tiré de mon lit par un brusque vacarme qui m’amena, échevelé, au bureau. Ce que j’y vis avant de sombrer à mon tour, me glaça les os: étendu comme agonisant sur le parquet, agité de soubresauts monstrueux, mon ami hurlait de douleur et de folle joie mélangées. La grelottante petite musique atteignit alors mes oreilles et je basculai à mon tour dans les térébrants enfers. Cette fois cependant le tourment ne broya pas ma chair et mon âme et je pus filer au travers de paysages improbables, comme cela m’était déjà arrivé, poursuivi par d’étincelantes comètes bleues. Mon esprit tout entier criait à la victoire, « j’ai trouvé un sens, j’ai trouvé un sens » et je pouvais percevoir qu’en effet ma perception s’était accrue d’un onzième vecteur, l’ouïe. J’en avais déjà averti mes compagnons qui m’avaient alors assommé de questions: comment avais-je pu faire, en ce monde où tout déjà était découvert, où donc ma forme m’avait fait voyager pour que je pusse y découvrir un nouvel élément ? Je leur avais répondu qu’une âme étrangère s’était égarée en nos contrées, par je ne sais quel prodige, et qu’elle ramenait avec elle de stupéfiantes sensations d’un autre univers, extrêmement effrayantes et sans pitié. Qu’à chaque fois qu’elle pénétrait dans notre monde, sa forme semblait fondre en la mienne et que mon être avait semblé brûler de façon insoutenable. J’avais cru ne pas m’en sortir lorsque soudain cet étranger avait projeté à mon encontre ce fabuleux et mystérieux son développant mon onzième sens. C’était la deuxième fois à présent que je l’entendais et un de mes frères soudain se téléporta à mes côtés, irradiant une joie féroce qui ne m’était pas inconnue. Ses songes se mêlèrent aux miens et je compris qu’une autre âme vagabonde lui avait offert l’inestimable présent, sûrement en guise de bienvenue, après s’être fondue en lui. Elle avait dû être avertie par la première des douleurs qu’elle risquait de nous occasionner si elle ne nous transmettait pas la perception dès la première rencontre. Cependant, contrairement à la mienne que je sentais toujours quelque part rôder autour de mon esprit, l’âme vagabonde de mon frère, d’après lui s’était évaporée aussitôt sa mission accomplie. Je me souviens parfaitement de tout ceci, jusqu’à ce que la brume envahisse tout mon champ de vision et que je me retrouvasse au sol, trempé de sueur. Reprenant rapidement une conscience plus éclairée – habitude oblige – je me dirigeai vers la forme inerte de mon ami avant de saisir sa main; la dureté et la froideur du toucher me firent reculer, alarmé, avant d’avoir le réflexe de chercher son pouls. La mort l’avait frappé dans le plus terrible des cauchemars et je songeai, à part, qu’il avait tout de même eu ce qu’il souhaitait. Lui qui ne cessait de courir après un hypothétique autre monde, l’avait percuté de plein fouet, si fort qu’il n’avait pu y survivre. Je déclarai sa mort aux autorités dès le matin venu, passant par un court mais nécessaire interrogatoire, auquel je répondis presque honnêtement: j’étais son ami venu lui rendre visite au sujet de mes douleurs post-opératoires, car je me sentais seul alors. Tout se déroulait parfaitement jusqu’à ce qu’un bruit de chute me réveillât, plusieurs jours après mon arrivée. Le scanner ? Une de ses lubies, il aimait faire des recherches sur les capacités du cerveau et les données enregistrées étaient celles de ses propres expériences. La médecin légiste, à l’examen du corps, annonça qu’il avait décédé suite à un problème d’artères encombrées par du mauvais cholestérol; l’enterrement eut lieu deux jours plus tard et j’y assistai, entouré de tous les membres de la grande famille de mon ami. Je ne pensais plus, j’étais ailleurs. Malgré moi, mes yeux restaient secs et lorsque je rentrai enfin chez moi, mon chalet ne me parut plus du tout aussi confortable et apaisant qu’au premier jour.

Depuis ce funeste événement, je n’eus de cesse de poursuivre les recherches de mon défunt ami, de manière tenace et désespérée. J’en vins finalement à la conclusion que nous étions passés, lui et moi, dans un autre univers, grâce à l’effroyable musique de la boîte mystère, et avions rencontré les habitants de cet étrange monde. Si j’avais pu y survivre, contrairement à mon ami, c’est sûrement parce qu’il m’avait été possible de voyager « là-bas » bien avant de découvrir ce vecteur sonore fatal. Peut-être grâce à mon cancer, qui sait. Toujours est-il que je devais être une des très rares personnes sur terre à pouvoir ouïr ce son maudit sans en subir les mortelles conséquences. Je décidai d’enfouir profondément sous terre la cause de la mort de mon ami, tout d’abord pour ne pas risquer de possibles futurs trépas mais aussi pour m’enlever définitivement toute envie de retourner en ce monde trop angoissant, dans un but scientifique. Je délaissais mes carnets de recherche, mes notes et mon délire et me mis à écrire de plus en plus de nouvelles traitant de mes aventures. Je les contais de façon très fantaisistes et ma célébrité dépassa le cadre du village; je gagnai plus mais ne changeai pas mes habitudes de vie.

Au moment où je dépose ces mots, l’après-midi fait pleuvoir ses rayons d’or sur mes légumes, j’ai très envie de m’assoupir dans mon siège à bascule mais le facteur se fait entendre.

Il est venu me délivrer une lettre. Je la dépose ici, afin que vous ne me croyiez pas simple fabulateur. Mon stylo tremble dans mes mains alors que je voudrais être prompt à terminer mes phrases. Ce courrier est la preuve écrite que tout ceci m’est bien arrivé et qu’il est possible qu’un jour nous nous retrouvions face à un monde totalement inconnu… si nous y survivons.

« Monsieur Son de Plume (mon nom d’écrivain),

Nous sommes une institution de recherche en neurologie et avons eu la chance de lire quelques unes de vos nouvelles qui nous ont beaucoup interpellé.

En effet elle font référence à une boîte à musique et il se trouve que le même type d’objet avait été créé chez nous à des fins d’étude sur les capacités cérébrales et la possibilité de mondes parallèles. Nous l’avions envoyée à une fondation partenaire au nord de l’Espagne (INIP, Instituto Nacional de Investigacion en Psicologia) mais elle n’est jamais arrivée à destination; sans doute s’est-elle perdue au milieu de son trajet.

Si par hasard vous en avez entendu parler – et l’avez mentionnée dans vos écrits – nous serions très heureux que vous nous contactiez car nous n’avons de cesse de la rechercher.

Bien entendu, nous avons également promis une récompense de cinquante mille euros à tout individu nous ramenant la boîte à musique. Comme vous le constatez, elle nous est très chère et de très haute importante.

Autre chose, surtout, si vous l’avez en votre possession, ne la mettez jamais en marche, plus qu’un conseil, c’est une mise en garde: il vous en coûterait la vie. Et si vous l’avez transmise, allez vite en avertir les destinataires, nous ne voudrions pas avoir de morts sur la conscience.

Nous vous remercions de votre attention, toutes informations au sujet de la boîte nous sera bénéfique.

Très cordialement,

M. xxxxxxx, directeur de la FNEN (Fondation Nationale d’Étude en Neurologie) »

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Deux éléments

L’entendez-vous la pluie sous l’orage tomber ?

Le long du gouttereau, qui glisse et roule encore

Alors que les éclairs continuent de flamber

Vertigineuse et dense, la pluie tout au-dehors

Tombe

L’entendez-vous le feu sous la hôte ronfler ?

Le long du bois d’aubier, qui gronde et craque encore

Alors que la pluie danse et poursuit son idée

Tournesol amoureux, le feu tout près des corps

Monte

Publié par Yuki Penalver dans Yuki Penalver, 1 commentaire

Une fin sans début

Poussée sous un rayon de lune incarnadine

La paupière grande ouverte et le regard au loin

J’appuie avec effort soutenu par deux mains

A l’endroit d’une plaie pas vraiment anodine

Il reste en moi l’espoir que ferme volition

Satisfera l’esprit, ramènera raison

Et dans le cœur errant un doux balancement

Qui s’accorde à mes gammes allant s’amuïssant

L’heure dort sur ses secondes, insomniaques enfants

Me laissant affamée d’un sommeil térébrant

L’imaginaire épris voudrait bien marchander

Auprès du jeune Amour et sa flèche aciérée

Qu’il me fasse apprécier le si doux morillon

Pour qu’enfin je délaisse insensée liaison

Bien que l’Ailé lui-même perçoive l’exiguïté

Des marques de ses pointes à mon âme livide

Peut-être rendra t-il, en masculin sylphide

Un peu de calme aux jours et des nuits apaisées.

Publié par Ruby Quartz dans Yuki Penalver, 0 commentaire

Ivre amant d’amers amours

Oh ! Doux tempérament de ton visage épris

Des plus dives liqueurs rougeoyantes à tes yeux

Tombant parfois en rêve sur mes regards envieux

Où j’y lis distractions et gaietés assouvies

Complaisant je m’affiche en masquant mes passions

Au côtés de tes flancs comme ablettes lunaires

Dérivant mains dociles en prouvant mes manières

Que dénient les phanères sur mon corps en tension

Captivante folie crispant ma volonté

Infidèle maîtresse lichant jusqu’à la lie

L’impudente boisson te laissant étourdie

Et m’étourdissant moi, alors ivre d’aimer

Que ne pourrais-je un jour absorber éperdu

Ce chagrin que parfois je dérobe à ta garde

Y laisser sans regret mon âme qui embarde

Aussitôt le poison de tes larmes aperçues

Un sabbat des nuits lourdes accompagne tes pas

Fanatique automate les suivant asservi

Sur l’écho de tes pieds je deviens assourdi

Des érotiques songes de ta physionomie

Dont j’aspire tout entier posséder le fleuron

A l’abri de ta gorge enflée de chairs opales

Où l’amour vient nicher et s’apaiser du mal

Qui fait des hommes pieux en esprit d’oraison

D’incubes démoniaques engoulant les ardeurs

Pour chaque nuit nouvelles envoûtant Dionysos

Et l’aurore perçant je retrouve à ton lit

Accusatrices preuves livrant tes vésanies

Que j’efface sitôt en mâle Carabosse

Mais les empreintes orgiaques à mon esprit blessé

N’ont pas comme l’orgueil, comme mon affliction

Une réminiscence sur le lin de l’union

La douleur est physique et je reste prostré

Empyrée de mes liesses sous ton bel horizon

Oh prosopographie qui me lie à ta vie

A tes lèvres carmines alanguissent mes nuits

Tant que je meurs de fondre en divine boisson.

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Un danger impalpable

Ils avaient pris la mer

Comme si l’eau était claire

Et le soleil haut.

Dans leur cœur matelot

Brillait concupiscence

A leur tour ils voulaient

Se glisser dans la danse

Et leur bateau armé

Intimidait le monde

Quelques guerres cruelles

Il n’y perdit les ailes

Mais fit planter des tombes

Très tôt mauvais présage

Son unique passage

Était source de morts

Et moult pillages d’or

Un jour ils s’amarrèrent

En une baie perdue

Une maison de terre

A la bouche éperdue

Gardiennait toute seule.

Sur la pente du mont

Paissaient quelques moutons

On entendait la meule

Écraser les grains prêts

Mais quelle tranquillité !

Se dirent-ils soulagés

Allons nous reposer

Leur âme de bandit

D’assassins et pilleurs

S’était bien refroidie

Et n’aspirait pour l’heure

Qu’à s’amuser et boire

Sur la pente du mont

Paissaient quelques moutons

A peine du brouillard

Tissait manteau frileux

Et les voleurs heureux

Dans la brume entendirent

La meule soudain gémir

C’était comme une voix

Une voix chargée d’âge

Leurs corps eurent bientôt froid

Leurs pieds firent dérapages

Bien sûr espoir du feu

Ils vinrent forts têtus

Dos voûté, crâne nu

la brume croquait les yeux

Et les moutons squelettes

Se présentaient en quête

D’un peu de nourriture

Comme des créatures

Étranges et irréelles

L’un tourna l’attelle

Et ses pupilles prêles

-Le rectangle des stèles-

De leurs mouvements frêles

Rirent !

Ils avançaient toujours

L’humeur dégradante

La pensée décadente

Ils en devenaient sourds

La meule s’était tue

Immobile prédateur

La brume disparut

Tel un voile de frayeur

Et il ne restait plus

Que la maison de terre

Et sa bouche tordue…

Quelques moutons paissaient.

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Source d’argent

J’allais par les ruisseaux

Récolter fruits sauvages

Cueillir au gré de l’eau

Floraison de passage

J’observais, sans idée

Dans l’onde qui jacasse

Mon reflet si troublé

Que j’y semblais cocasse

Et quand ma tête fière

J’admirais l’horizon

La chevelure altière

Et la pose à foison

Mes songes se déliaient

Un souffle naturel

Et je vagabondais

Dans ce monde aquarel

Je voyais dans un arbre

Ce que voit l’innocence

Un pirate et son sabre,

Ou bien l’adolescence

Un prince des étoiles,

Et le soleil osait

A créer une toile

Dans ces rêves souhaités.

C’était au cœur du jour

Où le rayon ardent

M’embrassait trop d’amour

Que l’ombrelle d’argent

Devenait mon rempart

Ainsi allant, pieds nus

Laissant frustrés bien tard

Le ciel et l’astre cru.

Le diamant en fusion

Qui fuyait sous mes yeux

Cherchait à mes talons

Des chemins sinueux,

Parfois quand le silence

Faisait place en mon cœur

Ainsi qu’une évidence

Pour me changer en leurre

Un éphémère flirtait

Autour de mon ombelle

Assez bien intrigué

Pour tenter le pollen

Qu’était peut-être l’or

De son pépin brillant

Et je regardais lors

Son velours rutilant.

Dans les ombres allongées

Bel éther se vêtait

Des atours embrasés

De nuages rosés

D’un collier de saphir

A son cou univers

Et là pour le séduire

Je déclamais mes vers.

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Le vide

Silence

blanc

et noir

Qui pense

longtemps

le soir

Approche

de moi

sans bruit

S’accroche

au toit

la nuit

S’en vient

par la

fenêtre

Retient

le pas

de l’être

Glisse

nocturne

et triste

Silence

blanc

et noir

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