Toniachka – Révolte en culotte courte (5)

De la religion, je ne vais pas me faire que des copains et des copines !

Autant annoncer la couleur de suite : je suis une brebis très égarée.

Et j’entends les cris d’effroi de certains qui diront que cette chronique est blasphématoire, pas drôle du tout et qu’on ne peut pas rire de tout.

A ceux‐là, je réponds qu’il est impératif de rire de tout et de respecter la liberté d’expression, de dessins et de croquis ! Le jour où nous ne pourrons plus faire cela, nous aurons un gros souci.

Comme d’habitude, je m’égare …

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de croire.

J’ai été baptisée contre mon gré, je n’étais pas en âge d’exprimer ma désapprobation ni de me révolter ce jour‐là et je dois mes essais en croyance, à ma mère, qui militait pour une éducation religieuse que mon père refusait ardemment.

Comme dans les couples, il faut faire des compromis, décision fût prise que je suivrais des cours d’éducation religieuse, que je chanterais dans la chorale de la paroisse de la petite ville où nous demeurions et que je ferais ma communion solennelle.

Après ces divins efforts, je serais libre de faire ce que je voulais de la religion.

En échange de quoi, mon père obtenait de ma mère que j’échappe à une scolarité religieuse dans un institut catholique du département, très réputé et très cher.

Ouf, je ne m’en suis pas trop mal sortie.

Je ne crois pas que j’aurais supporté les cours dispensés par des bonnes sœurs et des bons frères psycho rigides, tatillons et pointilleux, dénués d’humour et très coincés avec les plaisirs de la vie. Je n’aurais pas mieux accepté les petits camarades de classe issus de familles catho où madame s’empressait de donner naissance à 10 gosses parce que prendre la pilule eût été considéré comme un crime.

Et, bien que je me sois trop souvent ennuyée à l’école publique, je la préférais, de loin, à l’école catholique.

Suivant les préceptes du deal parental, je fus inscrite à la chorale et ce fût, depuis le baptême

imposé, mon premier contact lucide avec la religion.

J’étais en âge de me faire une opinion, de m’exprimer et de me révolter.

La paroisse était composée d’un curé bougon d’une cinquantaine d’années mais, au fond, brave homme, que j’aimais bien et qui, néanmoins, me faisait un peu peur à cause d’une prognathie maxillaire inférieure, et de chenapans, tous du sexe masculin qui n’avaient pas plus que moi choisi de chanter dans la chorale à l’occasion de la messe dominicale.

Étant la seule représentante féminine de ce chœur, je bénéficiais d’emblée de la sympathie de tous : du curé, des chenapans, de la femme de ménage de la charmante église du XIIIè siècle qui traînait ses pantoufles sur le froid carrelage lorsque nous répétions et qui fricotait probablement avec le brave curé, de la Vierge Marie, de Jésus et de ses apôtres et de Dieu lui‐même ainsi que des clients de la paroisse qui s’entassaient le dimanche pour entendre de petits anges blonds chanter Dieu.

Je profitais honteusement de ce statut privilégié en introduisant régulièrement des mots, dans les chants liturgiques du dimanche, qui ne faisaient pas partie des textes.

Des bananes, croissants, canards et mainates surgissaient au beau milieu des gloires à mon Dieu, des Jésus me voici devant toi et des Ave Maria.

Personne ne pouvait manquer ces incursions lexicales, reflet de mon monde d’enfant rempli de petites préoccupations : « aurais‐je assez d’argent de poche pour acheter un croissant en sortant de la chorale ? », « il faut que j’apprenne à mon mainate à dire merde, tu me fais chier », « j’ai envie d’une banane », « Cloco et comme d’habitude me pincera les gambettes avec son bec pour fêter mon retour » ….. Cloco était le nom dont était affublé mon canard blanc avec un bec orange qui connût un funeste destin, des années plus tard, en se faisant manger par un renard.

… et tout le monde faisait semblant de ne rien avoir entendu.

Seul, le curé bougon me jetait un œil noir mais, son sens de la compassion, l’empêchait, à la fin de la messe, de me gronder. De plus, il ne voulait pas perdre la seule et unique voix de soprano colorature qui retentissait dans l’église parmi les voix des garnements ténors et contre‐ténors.

Sur le chemin qui me ramenait chez moi, je riais à gorge déployée de mes forfaitures. J’avais réussi à rendre ludique la corvée du dimanche : chanter des textes auxquels je ne croyais pas un instant et dont les paroles me paraissaient ridicules en introduisant des mots ou des mini‐phrases tout ce qu’il y a de plus païen.

Il y eût ensuite la communion solennelle qui se préparait longtemps à l’avance sous la forme de cours hebdomadaires d’éducation religieuse effroyablement ennuyeux et, juste avant l’événement, sous la forme d’un séminaire, seul moment un tant soit peu rigolo.

Il s’agissait de rassembler, pendant 4 jours, dans la campagne environnante, sous des tentes et en pique‐niquant, les futurs communié(e)s pour prier ensemble, tous ensemble, tous ensemble.

Pour moi, c’était banco : je manquais 4 jours d’école dont j’avais une sainte horreur et j’avais l’occasion de rencontrer des enfants que je ne connaissais pas, de tester mon pouvoir de séduction, de faire ma belle, de balancer des conneries, de jouer à la squaw et à la Robinsonne.

Le grand jour arriva et je portais la robe de communion de ma mère, qui croyait me faire un immense honneur en me la prêtant.

Sa robe s’apparentait à une espèce de crème chantilly démodée et compliquée à enfiler avec des volants partout et d’un blanc immaculé, dans laquelle j’empêtrais mes guiboles d’un blanc tout aussi immaculé et mes petons 31 fillette.

Pour cette grande occasion, on avait également monté mon épaisse et longue chevelure sur ma tête en un genre de choucroute qui tenait grâce à de nombreuses barrettes‐saucisses.

Je ressemblais à un mets Alsacien au‐dessus des épaules et à une célèbre crème à partir des épaules. Un mélange improbable salé‐sucré.

Après la cérémonie, et durant le repas de fête qui suivit, je m’empressais de tâcher cette robe dans une réaction vengeresse inconsciente et me faisais copieusement enguirlander par une mère furibonde.

A la suite de cette communion solennelle et, ayant rempli ma part du contrat familio‐religieux, je mis immédiatement en application la dernière prescription de la décision parentale et je m’ex-communiais de toute religion.

Jeune adulte, je lisais le coran, le talmud et la bible, non par accès mystique ou révélation divine mais afin de parfaire mon éducation générale et dans un but purement intellectuel.

Je m’informais également sur Luther et les évangélistes, sur les Orthodoxes, sur Bouddha et ses dérivés.

J’en concluais que ‐ et je revendique le droit de penser que – n’en déplaise à tous les culs bénis de la terre :

– La religion catholique est une secte qui a réussi

– Le Vatican est une entreprise dont le meilleur chef d’entreprise, si j’en crois les adeptes, a été un Polonais, béatifié et canonisé il y a quelque temps, qui avait un si grand sens du show business qu’il était surnommé « pape star » et qui circulait dans une papa mobile !

– Jésus et les apôtres étaient une bande de potes qui aimaient festoyer autour d’une grande table. Jésus était le meneur de la bande parce qu’il y a toujours un meneur dans les bandes. Malheureusement, il y eu un salaud parmi les potes. Mais qui n’a pas été trahi au moins une fois dans sa vie par ce qu’il croyait être un ami ? Pour Jésus cela s’est très mal terminé

– Continuer à dire vierge Marie après avoir donné naissance à Jésus et la conception virginale de Jésus relèvent du foutage de gueule et il faudrait arrêter de nous prendre pour des cons

– Les textes religieux sont des contes tantôt merveilleux tantôt atroces et cruels

– La religion, quelle qu’elle soit, n’avait, avant l’apparition des sciences, qu’un seul but : expliquer les phénomènes inexplicables qui faisaient flipper l’humanité depuis son existence et rassurer cette humanité ignare, grâce à des croyances surnaturelles

– Depuis que la science fournit des explications rationnelles aux orages, aux comètes et autres bizarreries climatico‐spatio‐existentielles‐temporelles qui inquiétaient l’Homo Sapiens depuis des siècles, il n’y a plus aucune raison de croire en quelque divinité que ce soit

– Au nom de la religion, depuis des siècles, l’homme peut tout aussi bien tuer à tout va que construire des merveilles architecturales et jamais, je ne participerai de quelque manière que ce soit à cette ambivalence digne d’un traitement psychiatrique

– Sans un monde totalitaire où il serait obligatoire d’adhérer à une croyance religieuse, et si tant est que ce monde totalitaire permette de choisir, je choisirais, par défaut, le bouddhisme car ce n’est pas une religion mais une science de l’esprit et les bouddhistes, contrairement aux autres pratiquants des grandes religions, n’exercent aucun prosélytisme et ne tuent pas au nom de leurs croyances. Les athées non plus n’exercent aucun prosélytisme et n’emmerdent pas les autres avec leur athéisme

– Les protestants sont bien trop rigides pour mon goût, le meilleur exemple que je connais fût un premier ministre démissionnaire qui était vraiment très coincé et pas rigolard du tout

– Croiser des belphégores dans les rues me mets extrêmement mal à l’aise et il faut arrêter les conneries, soit les hommes se déguisent également en belphégor au nom de l’égalité, soit femmes et hommes circulent à visages et têtes découverts et habillés sans signe distinctif de religion. Il ne devrait pas y avoir d’autre choix possible

– On vit parfaitement bien sans religion et il n’est pas nécessaire de croire au divin pour respecter l’autre, être attentif, ne pas se comporter comme un abruti et aider l’autre quand l’occasion se présente

– Il est scandaleux que la messe du dimanche soit diffusée sur une chaîne publique alors que nous vivons dans un pays laïc et que mes impôts servent, en partie, à rémunérer les écoles privées catholiques sous contrat d’association avec l’Etat

– La religion a, dans l’histoire de l’humanité, généré plus d’obscurantisme que de progrès

– Les fanatiques, intégristes religieux et autres fous des dieux existent dans toutes les religions

Amen !

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4 Commentaires sur "Toniachka – Révolte en culotte courte (5)"

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Babé
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J’approuve, j’approuve, mille fois j’approuve ! Ha, mais pourquoi tous ne pensent pas de la même façon ? Je suis née trop tôt. Enfin, j’espère que le monde va se réveiller bientôt et se rendre compte du foutage de gueule. 4 mômes et pas un baptisé. Au moins, je leur laisse le choix.

Ruby Quartz
Editor

J’ai adoré et je suis un million de fois d’accord. Quand notre pensée est si joliment servie par un autre, on se sent bien. Ah, enfin quelqu’un qui voit cette facette-là de la même façon ! Oui, vraiment, j’ai passé un très bon moment. Il y en a beaucoup qui devraient lire ce texte de par le monde. (Et j’ai des noms en tête.)