Chronique parisienne de Toniachka (4)

Des gourous du développement durable 

Que s’est‐il passé, en si peu de temps, pour que notre monde fût autant affecté par le CO2 ?

Ce gaz inoffensif aux faibles concentrations, présent dans notre atmosphère, est devenu, en
quelques années, le guide suprême de nos existences, le dictateur absolu, le Duce, le Führer
bref, le nouveau Néron.

En  effet,  sa  nature  gazeuse  et  donc  insaisissable,  l’apparenterait  plutôt  à  une  créature
mystique plus proche du Dieu vengeur punissant les hommes de leurs péchés que du tyran
ordinaire.

Bien  entendu,  comme  toute  créature  divine,  il  n’est  rien  sans  ses  disciples  ou  ceux  qui
prétendent  l’être  :  j’ai  nommé  les  écologistes,  pas  les  vrais,  pas  ceux  qui  étudient
sérieusement les problèmes réels, non, je veux parler de ceux qui passent à la télé.

Mon premier contact avec l’un de ces individus fût fortuit. Un de mes amis, avait reçu en
cadeau un bouquin aux photos assez jolies et appelé « La terre vue du ciel ».

Poussée par la curiosité, je m’informais sur cet ouvrage et découvrit le nom de l’auteur : Yann
Arthus Bertrand.

Palsambleu ! Pour être affublé d’un nom pareil, la famille ne devait pas se prendre pour de la
merde en sachet !

Trois clics de souris sur internet me confortèrent : la famille était dans la joaillerie, j’avais vu
juste.

J’appris ainsi qu’après une brève carrière d’acteur dont il ne me paraît pas être sorti de joyaux
impérissables, il avait voué sa carrière à la photo après avoir géré une réserve naturelle. Fort
bien.

Par la suite, j’oubliais le personnage jusqu’à sa réapparition écologique il y a quelques années.

Le ton avait changé.

L’heure était grave et la mise en accusation sérieuse. Cet homme m’avait déclarée coupable
de tous les maux simplement parce que je prenais une douche tous les jours, deux fois par
jour même parfois, que je générais trop d’emballages en carton, que j’avais une voiture que
j’entendais utiliser (au prix qu’elle m’a coûté !) et que de temps à autre, je jetais dans la
poubelle le reste de pâtes que je n’avais pas mangé.

Je replongeais dans la biographie de ce personnage afin de m’informer depuis quand il avait
repris ses études pour posséder une aussi admirable analyse du problème et des solutions à
apporter.

Que nenni ! Il avait passé son temps à survoler la planète en long et en large, ses mois de
janvier à couvrir le rallye Paris Dakar, bullé à Roland Garros au mois de juin et arpenté les
allées du salon de l’agriculture en février. Diantre ! Que d’empreinte carbone et le gars de me
reprocher de me laver tous les jours !

J’espère qu’il n’avait pas fait de mauvaise rencontre au salon de l’agriculture car il m’avait été
rapporté qu’avait circulé un sinistre individu qui disait « casses toi  pauv’con » à  ceux qui
refusaient de le saluer. Mais ce sont vraisemblablement des fables dans le genre de celles
qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur.

Pour revenir à notre YAB, nous avons maintenant une bonne vision de l’application qu’il peut
faire à lui‐même de ses préconisations pour les autres.

Bon, on peut au moins lui accorder le mérite de s’être farci durant dix ans de suite sur le Dakar,
un crétin patenté du calibre de GH (je vous laisse deviner qui est GH) ce qui lui accorde toute
ma compassion.

Mais la cerise sur le gâteau en ce qui concerne notre grand homme, arriva tout à fait par
hasard sous la forme d’une conversation avec une copine qui avait assisté à une conférence
organisée par son entreprise. Il devait intervenir en fin de journée pour un cachet que la
confidentialité et surtout la décence m’interdit de dévoiler mais très largement supérieur à
mon salaire annuel.

Il prit la parole cinq minutes environ avant de prétexter un rendez‐vous important (un truc
mieux payé ailleurs) et de laisser la parole à l’un de ses sous‐fifres qui enfonça des portes
ouvertes pendant l’heure que dura son intervention.

Le type le mieux payé du monde n’est pas Bill Gates. Au tarif horaire, il est enfoncé par YAB !

Mon enquête aurait été bien incomplète si je ne m’étais point intéressée au second donneur
de leçon qui squattait abondamment nos écrans à une époque, plats si vous avez les moyens,
je veux bien sûr parler de Nicolas Hulot.

Le nom est plus sympathique, plus peuple, et on se dit que ce personnage devrait moins nous
prendre de haut. Je connaissais évidemment la partie émergée de l’iceberg sous la forme de
ses reportages au nom totalement imprononçable d’une contrée reculée d’Amérique du sud,
où je ne poserai jamais mon 36 fillette et diffusés par une chaîne nationale. Une rapide lecture
de sa biographie m’informa qu’il avait pour point commun avec le précédent d’avoir, lui aussi,
fait un Paris Dakar.

Décidément cette course poussiéreuse suscite les vocations, à moins qu’il n’y ait un micro
climat.

J’appris également qu’il animait une chronique motocycliste sur France Inter dont le titre
évocateur était : « la poignée dans le coin ». Fichtre, un titre pareil aujourd’hui lui vaudrait à
minima 48 heures de garde à vue.

Cet ex « rejeteur de CO2 » converti à l’écologie, me valut deux grandioses crises de rire.

La première lorsqu’il se mit en tête de faire un petit tour dans un avion de chasse pour un
reportage dont il devait assurer le commentaire. Au bout d’une minute de vol environ, notre
athlète avait gerbé dans son casque avant de préférer s’évanouir pour ne pas voir la suite.

De là doit lui venir son aversion pour les transports peu économes en énergie et son amour
du pousse‐pousse.

La seconde fut l’inénarrable blague téléphonique de Lafesse qui réussit à faire croire à une
brave dame que Nicolas Hulot remontait par les canalisations et apparaîtrait bientôt dans sa
cuvette de WC. Ce que peut faire la notoriété ! Je ne sais pas si le droit de vote pour tous est
une bonne chose, il devrait y avoir un permis de vote.

De petits détails m’interpellaient sur la cohérence du personnage. La chaîne qui diffusait son
émission  fétiche  vivant  exclusivement  des  recettes  publicitaires  procurées  par  ses
annonceurs. Je m’interrogeais alors sur son degré d’indépendance au cas, fort improbable je
vous l’accorde, où son propos aurait été contraire aux intérêts de ces derniers.

L’émission devant être onéreuse du fait de voyages lointains, et de l’utilisation de moyens de
transport parfaitement écologiques du type avions, hélicoptères et volumineux 4×4, cette
chaîne avait besoin de sponsors pour arrondir ses fins de mois. C’est d’abord Rhône Poulenc
qui  s’y  colla,  ancêtre  commun  d’Aventis,  spécialisé  dans  la  chimie  pharmaceutique,  et  de
Rhodia œuvrant dans une chimie plus lourde avant que le flambeau ne soit repris par EDF et
L’Oréal. Rien que de grands philanthropes ! Ce mélange des genres me laissait perplexe.

L’écologie  médiatique  d’aujourd’hui  a  ceci  d’étonnant  qu’elle  est  portée  presque
exclusivement par de gros pollueurs repentis ou par des entreprises désireuses de repeindre,
en vert, leurs activités, un peu comme si pour devenir flic il fallait absolument passer par la
case malfrat. Il est certain, qu’après avoir fait fortune en exploitant la crédulité et le sentiment
de culpabilité du citoyen moyen pendant vingt ans, certaines mises en application de leurs
préceptes deviennent plus faciles. Il est, ainsi, plus aisé d’aller bosser à TF1 en vélo si on habite
un hôtel particulier dans le 16ème que si on habite une tour HLM à Sarcelles.

J’allais oublier le dernier écolo médiatico‐drôlatique, un des plus emblématiques, qui voulait
faire la révolution en 68, changer le monde et nous faire vivre à la cubaine. Le voilà aujourd’hui
qui vient nous donner de nouvelles leçons, quarante ans plus tard, après il est vrai, avoir subi
une assez longue éclipse dans un pays voisin avec qui nous avons une relation du type : « je
t’aime moi non plus ».

Il est venu nous expliquer, sans rire, qu’il était favorable à un péage urbain à Paris au prétexte
que la circulation y était catastrophique. Puis‐je émettre l’opinion que si les élus à la mairie de
Paris ainsi que ceux d’autres villes ne s’étaient pas évertués depuis près de dix ans, à empêcher
toute circulation par des aménagements saugrenus, le problème ne serait peut‐être pas aussi
crucial ?

Cependant, force est de constater que ça marche et, bien pire encore, les décisions les plus
abracadabrantes, que dis‐je, abracadabrantesques, deviennent, pour le grand public, force de
loi.

Ainsi :  :

‐  Il faut acheter des voitures, soutenir nos constructeurs en difficulté pour sauver nos emplois,
mais il est très mal vu de les utiliser. Trop polluantes, trop encombrantes dans nos villes et
trop dangereuses car comme chacun sait, nous sommes tous des irresponsables qui ne savent
pas conduire, leur destin est nécessairement de finir enroulées autour d’un arbre et elles sont
donc à bannir. Ainsi, voyez uniquement dans l’achat de votre prochaine voiture, un acte de
soutien aux actionnaires de Renault ou de PSA

‐  Il faut se chauffer au bois, c’est plus sain. Je ne sais pas si le maire de Paris apprécierait de
me  voir  scier  les  quelques  platanes  maigroulets  situés  devant  mon  immeuble  mais  cela
pourrait être amusant et puis cela éviterait de voir quelques voitures s’enrouler autour. Je
rappelle que la combustion du bois est tout aussi, voire plus polluante que celle du charbon.
Je connais l’argument massue de l’écolo de base qui m’expliquera que, durant sa vie, l’arbre
a absorbé plus de CO2 que durant sa combustion, ce à quoi je rétorquerais : « Et si on le laissait
sur pied ? »

‐ Il faut prendre les transports en commun. A l’heure de l’individualisme forcené, c’est le seul
lieu de collectivisme non seulement toléré mais fermement recommandé. Qu’importe qu’ils
soient  saturés,  puants,  sales,  peu  pratiques  et  peu  fiables,  il  s’agit  d’un  acte  citoyen
incontournable. Allez hop ! Tous dans la bétaillère !
‐ Il faut de la croissance, c’est à‐dire produire plus : plus d’objets inutiles, plus de placebos
pour  lutter  contre  la  vieillesse  et  les  chairs  flasques  (certains  sponsors  précités  ne  vivent
presque  exclusivement  que  de  ce  mirage)  et  de  pseudo  solutions  du  genre  éoliennes,
panneaux  photovoltaïques  ou  bouse  de  vache  à  la  production  poussive  et  inversement
proportionnelle au taux d’aide qui leur sont accordées

Tout cela, bien sûr, financé par un contribuable apathique et des clients d’EDF captifs. Ceux
qui payent des impôts et ne s’éclairent pas à la bougie paieront deux fois.

Ce  ne  sont  que  quelques  exemples  mais  ils  démontrent  à  quel  point  une  immense
schizophrénie s’est emparée de ce monde qui veut tout et son contraire.

Remarquez, cela nous vaut de très grands moments télévisuels.

Ainsi cette illuminée ayant subitement décidé de vivre dans une yourte sur des  sommets
enneigés et se lavant à la neige fondue ou ces étudiants bobos stockant leur compost dans la
commode du séjour de leur studette de 18m² en attendant que les vers accomplissent leur
œuvre.  L’idée  que  la  vermine  grouillante  qui  peuple  ce  tiroir  se  développe  dans  mon
appartement me fait frémir.

A bon entendeur salut !

xxx

 

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