Des sentiers

Une humeur est un sentier, elle n’est pas un point final qui chute et qui reste même toute la vie, c’est un chemin d’herbes folles qui serpente entre les différents paysages des sens, une route de galets encombrants qui s’efface souvent en croisant trop de fois d’autres lignes plus nettes. Une humeur s’allonge, se modifie, s’adapte selon le terrain et même parfois disparaît sous la pluie, remplacée par une autre. Le soleil peut la rendre trop rigide, les nuages la ternissent et la neige la cache sous un manteau de froideur. Ces sentiers sensibles sont les trésors les plus imparfaits, les plus magnifiés de tous nos paysages et la plupart courent sans trouver d’aboutissement à leur avancée. On ne contrôle pas les animaux qui creusent ces sillons et forment les forêts diverses, ils sont insaisissables, à peine visibles, tout comme leurs traces.

 

Le rêve

 

Le sien n’était pas rien, plutôt des moins communs
Il reliait la bise au froid grain de la terre
Deux ailes grandes ouvertes à l’alizé si fier
La colombe songeait, jamais aux lendemains.
Amie des grands espaces, le voyage en personne
Qui donc pouvait l’atteindre en haut de ces sapins
Sachant ceux-ci bien sûr que purs jeux anodins ?
Plumes d’argent lunaire n’a pas besoin d’aumône.
D’un mouvement gracieux elle sait mettre à ses yeux
Le pays des merveilles, le mystère qui s’éveille
Une vallée d’or bleu, une soirée vermeille
Animer de passion tout ce qui rend heureux.
Volant dans les courants de pensées enfantines
Elle voit soudain passer, tout juste à ses côtés
Incroyable animal qui lui semble affilié
Peut-être par ses ailes, des ailes qu’elle n’imagine.

 

Débordante tendresse

 

Dans un chemin de terre aboie craintif un chiot
En son cœur amoureux tremble effroi du rejet
Il a parfois si peur de quitter le foyer !
Parfois c’est si peu dire, assumons que c’est faux.
Le contact l’attire quand tendresse se montre
Osant alors aimer les caresses de l’esprit
Effarouché du ciel il disparaît sans bruit
Il paraît si fragile qu’on ne peut être contre
Son trop plein de câlins qu’il déverse à tout va.
Dansent les fleurs rouges à l’odeur capiteuse
A l’ombre des yeux tristes de son humeur honteuse
Ainsi qu’avait lancé le Malin tant de fois.
Faisant appel aux soirs, aux nuits qui se languissent
Le tendre chiot bien tard devant la lune espère
Qu’un jour il osera devancer tous ses frères
Aller plus loin encore qu’une carte factice.

 

Vices et maléfices

 

Se riant des souffrances il blesse son chemin
Exprimons tolérance il pervertit l’idée
Biscornu et tordu il rend le monde laid
C’est ainsi que vous êtes ! Prétentieux, fous et vains.
Sa peau est si vilaine, flétrie jusqu’à son cœur
Caquetant des misères ses longues langues pendent
Corruptions soumissions c’est tout ce qu’ils attendent !
Je ne peux révéler ses pensées et ses mœurs
Vous blêmiriez d’horreur, de dégoût mélangés
Car quand il apparaît, son sentier seul gémit
Sous la pression grotesque de pensées perverties
Arriver à pourrir le moindre doux sujet.
Aussi lorsque soudain il lève ses orbites,
Grouillant de vers humains, sa bouche s’agrandit
D’affreuses dimensions, autour de l’ennemi
Mais l’oiseau nostalgique d’un sourire le délite.

 

La colère

 

Surplombant un rocher ses yeux mi-clos foudroient.
La violence en attente et la haine ramassée
Sous ses ailes pliées et ses muscles échauffés
Font de lui un être qui ne connaît les lois.
Que de sombres pensées, de destructions souhaitées !
Un vent de rage souffle et c’est l’apocalypse
Aucune distinction, l’on dirait une éclipse
Alors dans son regard, deux iris en fusion.
Et sa blancheur d’écaille allume les carnages
L’univers est une proie qu’il lui faut écraser
Qu’une machine à tuer, massacrer et raser
Voilà ce qu’il devient, quel est son apanage !
Absolu dragon blanc, il n’a ni dieu ni maître
Mais souvent ses accès n’amènent aucun bonheur
Car il ne peut ainsi voler dans les hauteurs
Tout comme cet oiseau. Il ne pourrait l’admettre.

 

Vide affectif

 

Matière tangible et claire à l’obscure volonté
Immense iris azur qui ne côtoie personne
C’est l’art du grand silence auquel toujours s’adonne
Insensible au pluriel ainsi qu’au singulier
Ni sourd ni muet, il n’entend ni prononce
Espace céruléen des bonheurs solitaires
Il gouverne les airs, il gouverne la terre
Et quand le moment vient, jamais il ne s’annonce.
Son sentier invisible aux mirages parfaits
Fait croire aux promeneurs des émotions cachées
Or rien ne peut prétendre aux secrets camouflés
Son immensité bleue oublie tous les passé.
Un voleur de nuages disparaît dans l’azur
Ses longues ailes noires contrastent dans l’éther
On le croirait vouloir éveiller ses mystères
Ou peut-être qui sait en briser les armures.

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