Les huit photographies (1880-1930)

(1885) Plic-ploc. Sur la charpente, les gouttes glissent. Je ne perçois de ton regard que deux plis rieurs. A tes oreilles s’amuïssent doucement les échos de la pluie tandis que tu serres dans ta poigne d’enfant ton petit train de bois.

(1894) Quel étang glacé ! Tes joues bleuies en témoignent, ainsi que la rougeur de ton corps. Dans un ciel limpide, le coup de pinceau de deux oies semble se collapser à un rayon de soleil. Les galets font le dos rond.

(1900) Au bord du quai, équipé du canotier, une rame déjà dans la main. Mais je ne vois pas ton visage, tu es trop occupé à maintenir ta barque qui embarde. Les flots scintillent, une jeune femme au bord du cadre t’observe.

(1903) Clac. Toc. Clac. Chapeau melon, canne et redingote. Ton charisme en marche est presque éblouissant sur celle-ci ! A moins que ce ne soit la tache pâle qu’a laissée le soleil au centre du cadre et masquant ton col ? Un fouillis architectural à l’arrière plan m’interpelle: il s’agit d’une des faces de la Sagrada Familia, celle qu’a créée Gaudi.

(1911) A l’abri de l’angoissant futur sous une charpente qui m’est familière. Vaincu par quelques mélancolies, te serais-tu tourné vers ton enfance ? Les tuiles s’assèchent sous le vent. Une jeune femme à tes côtés (celle du « quai » ?) pastiche l’éternelle Psyché de François Gérard. D’une main elle retient sa jolie coiffe à volants.

(1916) Comme si l’on avait voulu enfermer ses nouvelles à travers l’objectif, sans vouloir l’introduire dans la réalité, une lettre est photographiée ici. Elle est floue mais je parviens à distinguer un souhait d’amour sincère. La guerre détruit sans distinction. Qui a immortalisé cette douleur ?

(1922) Rue sombre. Quelques fils à linge, des vêtements flottant. Sa netteté cependant contraste avec la précédente. Inconsciemment j’écoute le roucoulement des pigeons aux balcons. La vue est assez large pour que je puisse remarquer un marchand de bijoux tentant de t’achalander. Mais tu souris à l’objectif, debout, sur ton unique jambe.

(1930) Attendrissement. A vos visages radieux, je réponds par un soupir nostalgique. La belle Psyché, ton aimée aux boucles ornées de lumière solaire, a passé un bras derrière ton dos. Elle te soutient et tu vis. Des chaussures à talon la haussent presque à ta taille. Un papillon folâtre sur son épaule. Plic-ploc. Papa, maman, vous me manquez.

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